ABIDJAN: QUE LA LUMIÈRE SOIT…ENCORE !


Comme des promoteurs de concours de beauté, les initiateurs de Abidjan perle de lumières, avaient réussi à justifier leur «brillante» initiative. Les prétextes étaient tout trouvé pendant la première édition : redonner le sourire aux ivoiriens qui sortaient de plusieurs mois de crise, montrer qu’il y avait encore matière à espérer… Déjà à l’époque, j’avais eu du mal à saisir le bien fondé de la démarche. Armée de mon clavier, j’avais exprimé mes préoccupations et mes doutes.

Quel sourire quelques ampoules pouvaient-elles faire germer sur les visages de personnes dont les parents étaient morts, emprisonnés ou en exil ? Quel espoir des feux d’artifices pouvaient-il faire naître en un homme affamé et appauvri par la guerre ? Quel plaisir à éclairer à coup de millions des bâtiments défraîchis et tombant en décrépitude comme la pyramide, au lieu de penser à les rénover ou tout le moins à leur faire un lifting à la peinture ? Je n’ai pas jugé utile d’effectuer le déplacement. Cet argent à mon avis avait été gaspillé, même s’il venait des poches d’un sponsor. Il avait été jeté à travers les mêmes fenêtres d’où on avait déjà défenestré tant de milliards de nos francs en futilité.

Les reportages diffusés sur la RTI ont battu en brèche mes élucubrations de trouble-fête. Des familles entières venaient de toute part pour voir le Plateau à Noël version nouveau gouvernement. Émerveillements rires, chants étaient au rendez-vous. Les appareils photos immortalisaient ces instants féeriques. Les rues de la cité des affaires étaient bondées. Debout, assis à même le sol, étendus sur des pagnes, « les pèlerins de la lumière » arrivaient par flots ininterrompus. Cette année encore, Abidjan à la faveur des fêtes de fin d’année redevient « perle de lumières ». La pyramide et ses compagnes d’infortune se dressent toujours aussi crasseuses…des feux tricolores aveugles continuent d’orner les routes, et coïncidence malheureuse, les coupures d’électricité sont devenues monnaie courante. Abobo cette fois bénéficie d’un traitement de faveur comme j’ai pu le voir sur Facebook. « Abobo ville de solidarité et de générosité » peut-on lire sur un cliché. Est-ce un vœu pieu ? Une prophétie ?

Je continue de me demander les réelles motivations de cette illumination d’Abidjan qui s’annonce récurrente. Quelles sont les anguilles qui se cachent sous cette roche phosphorescente ? Hisser Abidjan au diapason des grandes capitales occidentales comme on l’entendait l’année dernière ? Non ! Je ne crois pas qu’il nous manquait juste un peu plus d’éclairage en fin d’année pour atteindre les sommets. Si on ne peut vivre d’amour et d’eau fraîche, ce n’est pas en se nourrissant de lumière et de feux d’artifices frais qu’un pays évolue. Des retombées financières peut-être? Sûrement !

L’année dernière j’espérais au moins que les ivoiriens saisiraient la métaphore pour devenir des « cœurs lumière » en se pardonnant sincèrement et en se réconciliant véritablement. Cela n’a pas été le cas. Devant l’échec du cœur un autre endroit à présent me semble prioritaire à l’éclairage : l’intellect. Une part belle doit être faite à l’éducation dans ce pays. Je ne parle pas seulement d’infrastructures adéquates, je parle du remodelage de l’esprit de la jeunesse qu’on s’est plu à empoisonner à forte dose de « travaillement », de « Atalaku », « de broutage », de mauvais modèles…

Redonner le goût du travail à la jeunesse est donc tout un programme. C’est un véritable défi et je n’ai pas l’impression que cela soit perçu comme tel. Bien-sûr l’éducation n’est pas le seul aspect prioritaire. Pour un pays sous développé comme la Côte d’Ivoire, tout ou presque est une priorité. Santé, nourriture, logement, voies et moyens de communication… faites votre liste.

« On ne mettra pas nos vies en pause tant que nous ne serons pas sorti du sous-développement. Il faut bien s’amuser » disait quelqu’un.

C’est vrai. Mais sachons que pendant que nous nous amusons, pendant que nous dansons, pendant que nous chantons les autres avancent. Même pour illuminer Abidjan nous n’avons pas trouvé d’entreprise locale capable de le faire. Cela doit nous donner à réfléchir.

Le choix nous appartient de déterminer une politique adéquate pour atteindre nos objectifs de 2020. Je me fais peut-être des illusions, mais ne peut-on pas canaliser le Sponsoring? L’état ivoirien ne peut-il pas demander à ceux qui aiment investir dans les émissions musicales, les concerts, les lumières, d’injecter ces fonds dans l’éducation par exemple ?

Quitte à vouloir illuminer Abidjan à tout prix, j’aurais même apprécié qu’une entreprise répare les feux tricolores, et les utilise comme support pour un Branding…

Peut-être que cette année j’effectuerai aussi le pèlerinage tout en espérant que après cette pluie de lumière, vienne le beau temps!

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

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