Africtivistes : garantir la sécurité de l’activiste


30 Nov. 2015

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Nous attendions la navette qui devait nous conduire au restaurant quand j’ai vu ce participant au sommet Africtivistes de Dakar traîner derrière lui une valise à roulettes.

-Tu pars à l’aéroport ? ai-je demandé.

-Non, mais je ne me sépare jamais de mon ordinateur.

J’ai réalisé qu’il n’était pas le seul dans ce cas. D’autres avaient leur sac contenant leurs ordinateurs vissé en permanence sur leur dos. Il était hors de question pour eux de laisser leurs appareils sans surveillance dans la chambre d’hôtel.

Quand on a choisi d’impulser un changement dans un environnement politique réfractaire au renouveau, il est important de penser à sa sécurité. J’ai pu constater lors des échanges qu’il y a des pays Africains où des gens sont mis en prison pour les choses que je publie tous les jours sur mon blog sans être inquiétée. Les voyages ouvrent véritablement l’esprit et il faut aller à la rencontre des autres pour mieux apprécier ce qu’on a.

Comment assurer sa sécurité était donc un des sujets débattus pendant ce sommet des blogueurs et cyber activistes africains. Réaliser que nos activités comportent des risques est la première étape. Ensuite, il faut se renseigner un minimum sur les méthodes d’espionnages existantes et les solutions préventives. Je note cependant que tout le monde d’ailleurs devrait s’informer. Citoyen  engagé ou non. J’ai appris que des logociels permettaient de prendre le contrôle à distance d’une webcam par exemple. Alors que nombreux sommes nous qui laissons notre ordinateur connecté à internet ouvert, sous prétexte que la webcam est éteinte. Pas besoin d’être activiste pour ne pas avoir envie qu’une vidéo de nous entrain de nous dévêtir ou dans toute autre posture gênante soit détenue par une personne mal intentionnée qui nous soumettra à un chantage. Si vous n’en avez pas besoin, fermez donc votre ordinateur ou masquez la lentille avec un autocollant.

De plus, pas non plus besoin d’être militant pour avoir des mots de passe forts, voire même des phrases de passe. Il existe encore une fois des outils parfois même disponibles gratuitement en ligne pour « casser » des mots de passe. Personne n’a la même clé pour ouvrir sa voiture, sa maison et son placard, mais nous avons parfois le même mot de passe pour toutes nos adresses. Il faut être attentif à tout cela.

Un autre volet de la sécurité dont il faut tenir compte quand on est à la tête d’un mouvement citoyen ou dans une posture qui dérange est la prise en compte des « anonymes » qui soutiennent la lutte et en réalité lui donnent une légitimité. J’ai été profondément touchée par cette phrase d’un commissaire rapportée par un activiste Sénégalais « Vous qui êtes à la tête et connus, je ne vous ferai rien. Mais tous les anonymes qui vous suivent, je les traquerai, je les battrai, je les ferai emprisonner et torturer, jusqu’à ce que vous soyez tous seuls dans votre lutte ».

Il faut impérativement penser au bien-être de tous quand on mène un combat. Mieux encore, il faut que chacun travaille pour ne pas être un anonyme mais quelqu’un dont la voix porte, quelqu’un dont la vie compte.

Le besoin de formation est aussi apparu comme un impératif. Il faut former les blogueurs et cyber activistes à leurs droits et devoirs afin qu’ils demeurent dans la légalité et la légitimité dans la mise en œuvre de leurs actions.

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

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