Agrobusiness, un drame humain se prépare


agrobusiness

16 Mar. 2017

Agrobusiness. J’étais de ceux qui en riaient au début. Je me moquais un peu des souscripteurs mais surtout de la promptitude de l’Etat à vouloir s’ingérer dans des affaires qui ne le concernait pas. Alors qu’il y a d’autres chantiers sur lesquels la population l’attend. Prompt à sécuriser l’argent des gens, quand les corps de ces mêmes gens sont sans cesse menacés par les microbes?

J’ai fini par comprendre la position de cet Etat soudainement si protecteur. Nos gouvernants ont par bien des manières contribué à donner de la crédibilité à l’activité. Alors plutôt que d’attendre que tout s’écroule et être pris dans les vents houleux d’un « harmattan burkinabé » ils ont voulu arrêter l’hémorragie. Mais comment soigner quelqu’un qui n’estime pas être blessé et qui n’a absolument pas confiance au médecin qui s’approche de lui avec un sourire d’empoisonneur? Là résidait et réside encore toute la difficulté d’une affaire qui ne me fait plus rire.

Agrobusiness, un problème de confiance

 

Entre la population et le gouvernement, le pacte de confiance est rompu. Et ce ne sont pas les dernières sorties sur le sujet qui vont régler les choses. Le remboursement annoncé a montré ces limites. Donner à quelqu’un 0,78 % de son capital ou 12 % ce n’est pas du remboursement, ce n’est même pas du dédommagement. Mais pour les besoins de la communication il faut continuer à employer le mot « remboursement » qui positionne l’Etat comme le sauveur des pauvres souscripteurs naïfs.

C’est vrai que certains souscripteurs pourront percevoir l’intégralité de leur capital, ceux-là dont les entreprises disposaient de suffisamment de fonds pour l’opération. Mais ils sont une minorité. En outre, ils ne doivent pas être satisfaits non plus de voir leur identité divulguée ainsi. En effet, les données personnelles des souscripteurs ont été publiées sur internet par les structures en charge du remboursement. Noms, numéros de pièces administratives, montants investis, montant à percevoir, étalés sur la place publique au su et au vu de tous. Il ne manque que la photo et le contact téléphonique pour boucler la boucle.  De plus, ces documents montrent ceux qui ne sont pas concernés par le remboursement parce qu’ils ont déjà perçu des RSI supérieurs au montant souscrit.

Un drame humain en perspective

Est-ce que nos gouvernants se rendent compte du drame humain qui se prépare par leur faute?  Dans les familles? Entre amis? Dans les lieux de service? Monsieur n’a peut-être pas dit à Madame qu’il a souscrit et vice versa. Les souscripteurs ont peut-être réinvesti les RSI pour espérer gagner plus au lieu de rembourser de vieilles dettes. Les gens n’ont peut-être pas envie qu’on sache qu’ils percevront bientôt neuf millions ou douze millions. Je ne parle même pas des problèmes de santé qui ont découlé de cette situation d’incertitude financière. Des gens qui font déjà l’objet de railleries, qui sont traités de naïfs, affichés ainsi sur la place publique. Pour un Etat si soucieux du bien-être de sa population, la méthode laisse à désirer.

Les souscripteurs ont été clairs. Ils veulent que les comptes soient dégelés, que les nouvelles inscriptions soient suspendues, que le remboursement se fasse par les entreprises d’agrobusiness sous surveillance de l’Etat. Pourquoi ne pas leur accorder cette faveur ? S’il s’agit d’une affaire de Ponzi, tout le monde le saura et cette fois c’est entre les souscripteurs et les sociétés d’agrobusiness que la confiance n’existera plus. Les yeux s’ouvriront et il sera plus facile de leur faire accepter leur défaite. Si jamais ce n’est pas un système pyramidal, mais un vrai business, ils sortiront gagnants et l’histoire se tassera.

Mais non, l’Etat a insisté pour « rembourser ». Peut-être qu’un remboursement de la totalité du capital aurait poussé les souscripteurs à changer d’avis progressivement. Mais là c’est plutôt des pleurs et des grincements de dents dans le camp des personnes qu’on est supposé avoir sauvé d’une ruine certaine.

Ce genre de décisions conforte plutôt la position de ceux qui pensent qu’il y a anguille sous roche. Elle donne du blé à moudre aux théoriciens du complot qui affirment que le gouvernement ne veut pas que la population devienne riche. C’est connu la richesse si elle est généralisée perd de sa valeur. Qui fera la courbette pour ouvrir la porte à l’autre? Qui se laissera marcher dessus par un patron acariâtre? La richesse doit être élitiste ou ne l’est pas. Attention! On peut jouer avec beaucoup de choses, mais pas avec l’argent des gens. Pas avec les économies de toute une vie.

Des craintes légitimes

 

J’avoue que j’ai peur pour la suite. Quelqu’un qui n’a rien à perdre est dangereux et dans le lot des souscripteurs ils sont nombreux ceux qui n’ont pas su s’arrêter à temps. Ceux qui ont investi, réinvesti, se sont endettés pour réinvestir encore plus et se retrouvent sans rien. On m’a parlé de quelqu’un qui attend un RSI de 300 Millions. Comment faire comprendre à cette personne qu’elle doit se contenter de miettes désormais, parce que l’Etat l’a jugé  « majeur incapable » et prend les choses en main pour son propre bien?

Plus de 50 000 personnes sont concernées. En Côte d’Ivoire et à l’étranger. Elles sont de tous les corps de métiers et possèdent toutes les compétences. Déjà des hackers souscripteurs revendiquent des perturbations du réseau électrique et bancaire. Attention ! Il faudra plus que des gaz lacrymogènes pour faire plier tout ce monde. Attention! Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. On rencontre souvent son destin sur le chemin qu’on prend pour l’éviter.

 

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


25 thoughts on “Agrobusiness, un drame humain se prépare

  1. il ne faudrait pas s’etonner de la suite des evenements car comme l’a dit ci haut notre frere dans sont exposé les gens qui n’ont plus rien a perdre sont dangereux car si voit les premier attentat a la bombe c’est le pouvoir qui l’aurait voulu et c’est eux et leur famille qui seront visés

  2. ….Thanks. Mais comme on continue de decouvrir des comptes « cachés », gageons que c’est la le signe que le pouvoir commence à prendre véritablement conscience de la puissance de cette bombe sociale!!!!!

  3. Merci cher ami pour la qualité l’écrit.
    En Revanche je ne partage pas entièrement votre point de vue. Je pense lEtat essaye de jouer sa parlé pour anticiper sur les éventuels difficultés des souscripteurs à percevoir leur dû.

  4. Les dossiers de l’agro-bussiness ont été passés au crible par au moins une centaine de personnes- gouvernement, justice, cabinets d’audits-… Notre gouvernement aurait effectivement pu choisir la solution de facilité consistant à fermer les yeux ou à se boucher les oreilles. Mais ce n’est pas ce que les populations attendent d’un gouvernement responsable

    1. Le problème n’est pas pourquoi l’Etat intervient. C’est normal de vouloir protéger la population. Mais comment l’Etat intervient. Les Plus de 50 000 souscripteurs n’ont pas le même profil. Ces personnes n’ont pas les mêmes problèmes. On ne peut pas leur appliquer la même « solution » de remboursement. La preuve! Quand certains se retrouvent avec tout leur capital investi d’autres ne touchent que 0,78%. Ce n’est pas du remboursement. A leur place, quitte à tenter ma chance, j’aurais préféré qu’on laisse l’entreprise travailler. Même si elle me gruge je n’aurai perdu que 9 000 ou 15 000 F CFA.

      1. Madame Yehni Djidji, j’ai un problème avec votre manière de traiter l’information de façon interessée. Pourquoi voudriez vous pousser les souscripteurs vers un soulèvement alors que les deux observations que vous faites ne tiennent pas la route ?
        1. D’abord, c’est une activité illégale et illicite. Illégale parce que ces entreprises ne faisaient pas ce que disait leur objet sociale. Pour faire l’appel public à l’épargne (plus de 100 personnes qui n’ont aucun lien entre elles qui apporte un capital) il faut être une institution financière et avoir un agrément selon l’OHADA. D’ailleurs nous ne sommes pas les seuls à avoir un tel cadre de réglementation, Agronomix Canada a été épinglé par le tribunal des marchés financier du Canada, les comptes ont été gélés et une action en justice est en cours contre les prmoteurs et les bnaques qui lui ont ouverts ses comptes.
        Illicite cette activité car elle est belle et bien une arnaque à la Ponzi. Lorsque les dirigeants ont été sommés par l’état de venir faire la preuve de la réalité de leur activité agro-business, les promoteurs ont commencé à faire du dilatoire et de la divagation financière. Les plus promptes ont réussi à quitter le pays.
        L’état à pris ses responsabilités et a gélé les comptes et engagé des poursuites contre ces entreprises.
        2. la règle du mode de remboursement a été retenue pour toutes les sociétés dite d’agro-business, soit le remboursement du Capital souscrit au prorata des sommes disponibles sur les comptes de la société. Le hazard fait que certains souscripteurs se retrouvent avec 100% et d’autres avec beaucoup moins.
        En aucun cas il ne peut être envisagé de prendre de l’argent d’une société X pour payer des souscripteurs de la société Y quelque soit la situation de ceux-ci.

        1. Monsieur Dolourou, j’ai un problème moi avec le fait que l’Etat ait pu mettre 8 ans avant de réaliser qu’une activité qui a bénéficié des antennes de la télévision nationale, du soutien public du CEPICI et de certaines personnalités, est illégale ou illicite. J’ai un problème quand on dit vouloir le bien de sa population et qu’on ne tient pas compte des spécificités de cette population. J’ai un problème quand vous dites que je traite l’information de façon intéressée alors que je n’ai justement aucun intérêt dans l’affaire. Par contre je peux vous affirmer qu’il n’y aura aucun soulèvement. En tout cas pas à cause de mon article. Les gens sont trop intelligents pour se soulever à cause d’observations qui ne tiennent pas la route.

  5. L’objectif du Gouvernement, dit-il, est d’éviter de faire de la Côte d’Ivoire une plaque tournante du blanchiment d’argent. L’Etat s’est engagé à rembourser le capital souscrit sur la base des fonds disponibles.

    1. Le problème n’est pas pourquoi l’Etat intervient. C’est normal de vouloir protéger la population. Mais comment l’Etat intervient. Les Plus de 50 000 souscripteurs n’ont pas le même profil. Ces personnes n’ont pas les mêmes problèmes. On ne peut pas leur appliquer la même « solution » de remboursement. La preuve! Quand certains se retrouvent avec tout leur capital investi d’autres ne touchent que 0,78%. Ce n’est pas du remboursement. A leur place, quitte à tenter ma chance, j’aurais préféré qu’on laisse l’entreprise travailler. Même si elle me gruge je n’aurai perdu que 9 000 ou 15 000 F CFA.

  6. On accuse, on soupçonne, on présuppose mais aucune preuve! Diantre! Pourquoi l’État s’entête tant? Tous aurons pour leur compte.

  7. Debloquer les comptes des societes d agrobusiness et associer l etat au paiement des rsi.c est tout ce que les gens demande.merci cher analyste pour tes analyses pousses

    1. Belle écriture et belle structuration quant à la forme mais quant au fond c’est un peu léger. Qui est victime de ses propres turpitudes perd le droit de s’en plaindre. Les souscripteurs d’agrobusiness doivent s’estimer heureux de ne pas perdre tout leur argent comme les victimes de « popote assurée » dans les années 90 et des « maisons de placement » dans les années 2000. Laisser à agrobusiness le droit de rembourser c’est comme demander à un voleur d’aller restituer les objets qu’il a volé à ses victimes. Qui assure le risque d’une telle opération ? Il faut bien divulguer les identités pour qu’on puisse juger de la réalité du remboursement des souscripteurs. Il faut qu’une fois pour toute les ivoiriens ouvrent les yeux gagner l’argent sans effort ça n’existe nulle part.

      1. 1-Je ne suis pas d’accord que quelqu’un doive s’estimer heureux d’avoir réussi à sauver 9 000 F CFA sur un investissement d’un million. Il n’y a aucune joie à avoir dans un tel cas de figure. 2-Combien de victimes de vol dans notre pays sont remboursées? Comparaison n’est pas raison. On ne dit pas à l’Etat de laisser aux dirigeants de l’agrobusiness le droit de disposer de leur argent comme ils veulent, mais de leur donner l’opportunité de rembourser sous la surveillance de l’Etat. Je suis peut-être naïve mais mettre un contrôleur budgétaire qui aura sa signature obligatoire sur tous les décaissements en plus de celle des directeurs de l’agrobusiness ne doit pas être si difficile à mettre en oeuver. 3-Divulguer les identités n’est pas un gage de transparence. D’ailleurs certaines personnes ont vu leur nom apparaître alors qu’elles n’avaient jamais déposé leur contrat. J’insiste divulguer n’est pas signe forcément de transparence. 4-Gagner l’argent sans effort ça n’existe pas? Je pense en fin de compte qu’on ne réside pas dans le même pays. lol.

  8. Non, l’auteur de cet article faisse route. Oui, le papier frise l’intox. Il faut se referer à la conférence prononcée par l’Administrateur-sequestre, ce mercredi 15 mars, pour mieux comrendre les motivations du gouvernement. En écoutant M Koné Drissa, l’opinion se rend bien compte que l’Etat est dans son rôle regalien de justement prevenir les drames humains. Ainsi, soutenir que « Donner à quelqu’un 0,78 % de son capital ou 12 % ce n’est pas du remboursement, ce n’est même pas du dédommagement », l’auteur ‘’oublie’’ de preciser que les payements sont effectués au prorata des avoirs gelés des promoteurs de ce honteux business. Et cela, le ministre de l’Economie et des finances et l’administrateur-sequestre, expert comptable agrée, n’ont de cesse de l’affirmer. En réalité, l’Etat vole au secours des souscriteurs qui, à terme, seraient plus ferrés par les promoteurs. Dans certains pays, l’Etat s’est desengagé de ce sysyeme, et cest là que sont survenus les drames. En Côte d’Ivoire, le gouvernement a decidé de gerer au mieux les interêts des populations victimes d’une arnaque, et il faut s’en feliciter.

    1. Merci pour cette contribution même si je ne partage pas votre opinion. Que l’Etat décide enfin après 8 ans d’une activité dite illicte, d’exercer son pouvoir régalien ce n’est pas prévenir un drame. Mais bon admettons que ce soit le cas. On ne vole pas au secours d’une personne qui se noie et d’une autre qui tente de sauter d’un immeuble de la même façon. Surtout pas quand on a contribué à ce qu’elles se retrouvent dans cette situation précaire. Quand les profils sont différents on ne peut appliquer un même mode d’aide. De plus, je rappelle que j’ai bien précisé dans l’article « C’est vrai que certains souscripteurs pourront percevoir l’intégralité de leur capital, ceux-là dont les entreprises disposaient de suffisamment de fonds pour l’opération. Mais ils sont une minorité.  » C’est donc bien de vouloir parler d’intox mais il faut trouver les arguments pour le soutenir.

        1. Déjà que mes observations ne tiennent pas la route, permettez que je ne m’aventure pas dans des analyses plus poussées qui me feraient étaler toute mon inculture. J’ai envie de continuer d’avoir des lecteurs de qualité.

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