Ce voleur sous ma fenêtre !


28 Déc. 2015

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Cette image a été prise à titre d’illustration

Il y a quelques jours, alors que je dormais paisiblement dans les bras de Morphée, des cris m’ont éveillée. « Tonton pardon, je vais à l’école. Tonton pardon, je vais à l’école ». Je croyais être en plein rêve mais l’insistance des suppliques m’a poussée à quitter mon lit. J’ai regardé par la fenêtre de la chambre, puis je me suis rendue au balcon du salon pour mieux voir. Un voleur venait de se faire prendre la main dans le sac.

Nu, recouvert de sable, assis sur le sol sablonneux, c’était lui qui plaidait pour que ceux qui l’entourent soient cléments. Et il avait bien raison. Son assaillant principal le tenait en respect avec un gros et long bois. Je ne donnais pas cher de sa peau. Qu’est-ce qu’il a tenté de voler pour mériter ça ? Les larmes me montaient aux yeux.

J’ai regardé ce jeune homme qui pour une bagatelle risquait de perdre la vie si la bastonnade dégénérait. Un mauvais coup et il passait de vie à trépas. Vous savez que les yeux sont des organes têtus et le regard parmi les sens les plus incontrôlables. Je ne voulais pas regarder mais j’étais comme hypnotisée. Ses cris faisaient peine à entendre. Que faire ? Appeler la police ? Le regarder souffrir ? Il parait que j’ai pitié des voleurs parce que je n’ai pas encore eu affaire à eux. Je prie donc pour que ça dure et que je conserve mon humanité.

Heureusement pour lui, profitant d’un instant d’inattention, le jeune homme a pu prendre ses jambes à son cou, non sans être poursuivi par l’homme au bâton. Seules ses performances de sprinter lui ont valu la vie sauve, car il a réussi à disparaître dans la nuit.

J’apprendrai plus tard qu’il rodait autour des véhicules garés dehors et qu’un gardien l’ayant surpris l’a poussé à sortir de sa cachette en faisant semblant de posséder une arme à feu. Il voulait peut-être voler une radio ou des phares.

Je ne sais pas comment ça se passe ailleurs mais sous nos cieux, l’auteur d’un vol perd automatiquement sa dignité. On le déshabille sans scrupule, le crible de coups sans vergogne, le laissant pour mort après l’avoir passé à tabac. Parfois on va même jusqu’à finir le travail en le tuant littéralement. Et la cause de ce déferlement de violence est souvent ridiculement modeste : un téléphone…un morceau de pain. Quand il s’agit d’une femme, vous imaginez bien qu’à tout cela s’ajoute les mains baladeuses et les sévices sexuels.

Inculquons à nos frères et sœurs l’amour du travail, car il est tout simplement aberrant de mettre sa vie en danger pour de telles futilités. Ce voleur a eu comme cadeau de noël une chance de se reconvertir. Cependant, sensibilisons aussi nos frères et nos sœurs au respect de la vie humaine. Il y a eu des cas où des erreurs de jugement ont scellé le destin de pauvres innocents. Dans ces courses-poursuites à travers la ville, celui qui a été victime du vol se retrouve quelques fois bien loin de l’endroit où la foule ameutée par les cris intercepte le prétendu « voleur ». Je ne peux pas oublier ces 4 jeunes nigérians brûlés vifs pour rien. Venus recouvrer une créance, ils avaient été surpris de voir le mauvais payeur crier « au voleur ! ». Dans un quartier inconnu, face à une foule solidaire et en colère, qui ne voulait rien entendre mais juste en découdre, la justice populaire a fait son office et arraché la vie de ses 4 jeunes universitaires. Comment vit-on après avoir pris injustement la vie d’un autre ? Je ne sais pas et je prie de ne jamais le savoir.

Ph: News2.onlinenigeria.com

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !