Ces lois et décrets qu’on n’applique pas…ou juste un peu !


06 Fév. 2014

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C’est la deuxième fois que cela m’arrive. Je prends un taxi, la sonnerie du téléphone du conducteur retentit, il s’excuse, stationne le véhicule sur le bas-côté de la route et répond. La première fois j’ai été surprise, la seconde un peu moins, voire même légèrement agacée. En effet, le bon monsieur a même éteint son moteur, signe qu’il était bien décidé à prendre son temps sans penser à mes propres contraintes horaires.

Depuis Octobre 2013, un décret interdit l’usage du téléphone au volant en Côte d’Ivoire. S’il n’est pas scrupuleusement respecté par tous les conducteurs, les policiers eux, prennent leur travail de répression très au sérieux, ce qui donne droit à des scènes assez étranges.

« Policier : Vous téléphoniez au volant Monsieur!

Conducteur (après avoir dissimulé son appareil) : Qui ? Moi ? Jamais !

Policier : Sortez donc votre téléphone, nous allons voir le dernier appel !

Conducteur : J’ai oublié mon téléphone à la maison.

Policier : Donnez votre numéro de téléphone… »

Bref ! Les conducteurs n’hésitent pas à mentir comme des arracheurs de dents, même quand leurs enfants sont assis sur la banquette arrière (bonjour l’exemple). Les policiers quant à eux ne badinent pas avec l’amende de 10 000 F CFA que le coupable doit donner. C’est écrit, c’est la loi, et je me demande à chaque fois si le chauffeur de taxi est plus préoccupé par ma vie et la sienne ou par ses 10 000 F CFA qu’il ne veut pas perdre.

Quand je vois le zèle et la promptitude des forces de l’ordre à faire appliquer ce décret ; je me pose la question suivante: pourquoi autant de sérieux n’est pas mis dans l’application d’autres mesures qui, pour certaines, sont survenues bien avant cette affaire de téléphone au volant?

Si j’ai bonne mémoire, un décret interdisant de fumer dans les lieux publics a été signé depuis Octobre 2012 ! Et pourtant, des cheminées ambulantes continuent de cracher leur fumée au visage des passants dans la rue. Tu ne peux pas te rendre en discothèque sans revenir les vêtements imbibés d’odeur de cigares et de cigarettes alors que le décret mentionne clairement les discothèques et les boîtes de nuit comme étant des lieux publics. De plus, le montant des amendes dans ce cas est bien plus élevé que les 10 000 F CFA liés au téléphone au volant. J’ai encore plus de mal à comprendre.

« Article 9 : Est puni d’une amende de quinze mille Francs (15.000 F) CFA à cent mille Francs (100.000 F) CFA, tout contrevenant à l’interdiction de fumer dans les lieux publics clos ou ouverts ou dans les transports en commun.

Article 10 : Sont punis d’une amende de cinquante mille Francs (50.000 F) CFA à deux cent cinquante mille Francs (250.000 F) CFA, les propriétaires ou les personnes ayant la responsabilité des lieux publics clos ou ouverts ainsi que les propriétaires ou les personnes ayant la responsabilité des transports en commun qui n’observent pas les dispositions de l’article 8 du présent décret. »

Autre exemple, celui de l’occupation illégale des espaces publics. Depuis Août 2013 les vendeurs ambulants et les mendiants ne devraient plus exercer dans les rues. Or, il n’est pas rare de voir des policiers réguler la circulation à un grand carrefour, où une femme et ses jumeaux de faciès et de taille différents demandent l’aumône, non loin de commerçants qui déambulent impunément.

Il est vrai que ce sont pas les seules lois et décrets ivoiriens qui souffrent d’oisiveté après avoir été annoncés à grand renfort médiatique, mais ces exemples font partie des plus récents. Est-ce qu’il y a des lois prioritaires sur d’autres quant à leur application? Si oui quels sont les critères de sélection?

categories Débat

A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

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