Ces réformes qui nous déformeront


22 Avr. 2017

« Selon les dispositions transitoires portant modalité de passage en classe supérieure dans l’enseignement primaire et secondaire pour l’année 2016-2017, les élèves en classe de CP1, CE1 et CM1 passent automatiquement en classe supérieure.

Pour les classes de CP2 et CE2, l’élève passe en classe supérieure si sa moyenne  générale annuelle (MGA) est supérieure ou égale à 4/10. Si cette note annuelle est inférieure à 4/10, l’élève redouble.

Dans l’enseignement secondaire, de la 6ème à la 3ème  la MGA minimale pour accéder en classe supérieure est 9/20. Si la moyenne de l’élève est comprise entre 7/20 et 8,99/20, l’élève redouble. Si la moyenne est inférieure à 7/20, l’élève est exclu, sauf cas d’exception. » 

Quand je lis ces réformes et autres créations de notre ministère de l’éducation nationale, je ne peux que penser à mon père. Mon père et moi nous ne nous entendions pas sur les études. Hum! Il me trouvait fainéante. Toujours à amuser la galerie au lieu de travailler. Quand j’avais de mauvaises notes et que j’osais manger avec appétit il me disait « toi là, tu es inconsciente ou quoi? Tu as eu 5/20 et puis tu manges? Moi quand j’avais de mauvaises notes je ne mangeais pas. Je réfléchissais à ce qui n’a pas marché. J’étudiais. »

Il ne comprenait pas que je noyais mon chagrin dans la nourriture. Lol. Plus sérieusement, j’étais convaincue que j’allais rattraper cet accident de parcours et c’était toujours le cas. Malgré ça, il n’était pas satisfait.

« Tu ne travailles pas assez! Regarde tes moyennes alors que tu n’étudies même pas! Est-ce que tu es consciente de ce que tu pourras réaliser si tu te concentres? Tu aimes trop te contenter de peu. »

Est-ce que c’était mon problème? J’avais développé une manière bien à moi de lui dire mes notes quand j’étais au Lycée Sainte Marie de Cocody. Lycée d’excellence où, de la meilleure élève de mon école primaire, j’étais devenue une élève moyenne.

« Moi: On a fait un devoir aujourd’hui, la classe n’a pas bien travaillé.

Papa: Et toi?

Moi: La plus forte note c’était 14.

Papa: Et toi?

Moi: Les gens ont eu les 6 en pagaille.

Papa: Je me moque des gens! Et toi?

Moi: J’ai fait mieux que le devoir passé. Mais je crois que peu de gens ont bien assimilé ce cours là. La classe a mal travaillé en général. Moi j’ai eu 13.

A ce niveau, Papa exaspéré était déjà passé à autre chose en me laissant avec « ma conscience professionnelle ».

Je me rappelle de ce jour en grande école où je suis revenue avec le relevé de moyenne qui montrait que j’étais première de ma classe avec 16 ou 17 je ne sais plus. Il m’a dit « attends ils sont tous idiots dans ta classe ou bien? Toi qui ne bosse même pas? Tu es première! « 

Il ne comprenait pas que je n’avais pas beaucoup d’amis, que je suivais donc très bien le cours, que je n’avais pas besoin d’étudier à la maison, que la plupart des matières n’étaient pas vraiment des challenges au vu de l’endroit d’où je venais.

Mon père a eu un AVC il y a 6 ans. Parfois je me dis que si la maladie ne l’avait pas frappé à l’époque, toutes les « réformes » actuelles auraient tôt ou tard créé une maladie chez cet homme qui a une sainte horreur de la paresse et voue un culte au mérite.

Aujourd’hui je comprends ce qu’il a essayé tant bien que mal de m’inculquer à l’époque. Oui nous sommes en compétition avec les autres, mais nous sommes surtout en compétition avec nous-mêmes et le potentiel que Dieu a déposé en nous. On en fait quoi?

Beaucoup de personnes jugées extraordinaires sous nos cieux n’auraient pas eu de mérite dans un système normal. Mais le niveau baisse, les valeurs se perdent et il suffit de peu pour transformer des gens ordinaires en icônes. Peu. Voici le mot clé. Nous sommes en train de baisser peu à peu nos standards, nos exigences, nos attentes, vis-à-vis des autres et de nous-mêmes.

Avec ces réformes qui déformeront encore plus nos jeunes déjà malformés, n’est-ce pas l’obsolescence de la future génération de dirigeants ivoiriens que nous sommes en train de programmer? N’est-ce pas les futures forces vives de la nation que nous sommes déjà en train d’affaiblir?

Ne nous laissons pas tirer vers le bas. Ne nous contentons pas de peu. Refusons de laisser nos enfants se complaire dans la médiocrité. Ils valent plus que ça. Nous valons mieux que ça.  Parents, tenons bon ! Encourageons nos enfants à l’excellence. A viser le plus haut niveau que leurs capacités leur permettent d’atteindre. Comme disait l’autre, « un jour, il fera jour »…forcément.

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


3 thoughts on “Ces réformes qui nous déformeront

  1. Yes!!!! je savais que de l’autre coté de la clôture, il y avait forcement des pères aussi parano que le mien. Des hommes qui ont la culture du travail bien fait. Des Hommes qui aime que vous alliez toujours chercher du tréfonds de votre intelligence et de votre courage pour vous hisser à un niveau plus haut. Chapeau à ces PERES et brava à toi Yehni pour ce recit. Que ce qui savent lire comprennent

  2. Constat juste ma soeur. Je ne comprend pas pourquoi notre société aujourd’hui veut se contenter de  »peu » alors que les autres visent l’excellence. La seul réforme qui serait la bienvenue serait une réforme spéciale pour justement ceux qui sont  »moyen » ou qui ont  »peu » pour qu’ils puissent aller plus haut au lieu de les faire croire qu’ils sont  »arrives ». Pour papa, le mien était pareil mais en pire, car paysan il ne connaissait même pas une MGA. Donc malheur pour toi si t’étais pas premier ou deuxième… Il ne connaissait que ces 2 rangs. Mais aujourd’hui j’en suis plus que fier. Paix a ton âme papa.

  3. Je suis entièrement d’accord avec cette analyse.C’est inadmissible ce qui est en train de se passer.Cette réforme encourage le moindre effort et la médiocrité.Bravo Yehni Djidji.

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