CONFESSIONS D’UN MARTYR (1)


08 Nov. 2010

J’ai pris d’assaut les rues,
Et dans ma naïveté j’ai cru,
Que répondre à l’appel de la patrie,
Nécessitait que je paye le prix.

En faisant de ma vie, l’ultime sacrifice,
Je pensais écrire les prémices,
D’un avenir radieux pour les générations prochaines,
qui je l’espérait, elles aux moins, naîtraient sans chaînes.

Je me rends compte aujourd’hui de ma bêtise;
Car si ma vie était comme en ‘pause’,
Ma mort non plus, n’a pas décanté grand chose.

Et puis si! Elle a permis de justifier la crise,
La crise, grâce à qui ce ne sont plus les mêmes qui s’enrichissent!
Ce sont d’autres personnes qui rient, mangent et bâtissent,
Pendant que mes os, eux, pourrissent.

Oui, ce sont d’autres qui s’enrichissent depuis 10 ans ,
Mais ce sont les mêmes qui s’appauvrissent depuis 50 ans,
A quoi ma mort a-t-elle servie?
A rien tout comme ma vie!

Même le trottoir a refusé d’être marqué de mon sang,
et a laissé les eaux de ruissellement l’emporter dans leur courant,
A quoi ma mort a-t-elle servie?
A rien tout comme ma vie!

Moi qui n’avait aucun bien de mon vivant,
Je suis devenu le copropriétaire d’un boulevard et de monuments.
Coincé entre ciel et terre dans un éternel tourment,
Je ne souffre pas des flammes, mais de l’abondance des méchants.

J’ai vu des pseudo-sauveurs, les refondateurs, les insolentes exhibitions,
Je me rappelles encore des houphouétistes , les luxueux caprices,
Je me souviens, des rebelles, les terribles exactions,
J’entends encore, du peuple, le silence complice,
Je garde dans ma mémoire toutes ces cicatrices.

Pourquoi as-tu oublié tout cela, jeune,encore plein de vie?
Pourquoi musèles tu ton intelligence à cause de ton ethnie?
Pourquoi tombes-tu dans le fanatisme politique,
Quand pour les politiciens, tout ceci est ludique?

Ne vois-tu pas que tu es un vulgaire pion,
dans la partie d’Awalé que jouent les grands?
Ils sont prêt à te sacrifier pour leurs ambitions,
et tu te laisses ‘bouffer’ pour quelques billets craquants.

Tu te contentes des vulgaires miettes,
Qu’ils veulent bien laisser tomber de leur assiette.
Et tu bombes partout ta poitrine frêle,
Chien du roi, se croyant roi des chiens,et pourtant tu bêles!

Tu n’es qu’un mouton anonyme dans le bétail noir
qui suit docilement son bourreau à l’abattoir
Tu es en sursis dans ce vaste mouroir
que j’ai tellement de mal à appeler ‘ma’ Côte d’Ivoire.

(A suivre)

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

21 thoughts on “CONFESSIONS D’UN MARTYR (1)

  1. Que dire de plus puisque tout a été dit.Il n’y a pas plus aveugle que celui qui refuse de voir. Merci encore pour ces vers remplient de sens et d’objectivités.Puisse Dieu nous accorder la lucidité et l’amour du prochain.

  2. Un beau texte saisissant de vérité et d’humilité.Espérons qu’il soit lu et propagé.
    merci pour cri de conscience.

    aidmsurlez

  3. @Stéphane: c’est le blog Des Mots Des Images qui m’a aidé à renouer avec la poésie. Vous faites tous du très bon travail. J’espère avoir l’esprit assez fertile pour maintenir votre rythme.

  4. Si, moi j’ai quelque chose à dire…et je dis la chose suivante : le texte devait s’intituler  » Confession d’un Dindon de la Farce ». Un martyr c’est autre chose que quelqu’un de naïf, comme est censé le confesser, par empathie, le poème. Le mot « Martyr » est si sacré qu’on ne peut l’accoler au cas de la plainte entendue ici. Le martyr c’est celui qui a une claire conscience de l’acte qu’il pose, au moment où il le pose, or cela ne semble pas le type décrit dans les vers plus haut. Tous les morts ne sont pas des martyrs ! Respectons la mémoire des martyrs. Tous. Refondateurs arrogants, rebelles impénitents… poètes sarcastiques, amoureux d’analyses bon-marché et de critique à deux sous. Tous, respectons le sang pour nous versé ! Personne n’a le droit de tenir pour profane le sacrifice des martyrs.

  5. @Anonyme: Je suis toujours heureuse quand des gens me laissent des commentaires! Peu importe leur nature tant qu’on reste dans les limites de la bienséance et de la politesse.
    Tu dis et je te cite:’Le martyr c’est celui qui a une claire conscience de l’acte qu’il pose, au moment où il le pose,’…
    Il semblerait que tu sois dans le faux. Je suis allé fouiller dans le dictionnaire pour t’aider un peu:
    ….martyr, nom
    Féminin yre.
    Sens 1 Personne qui est morte pour sa religion [Religion].
    Sens 2 Individu qui a beaucoup souffert pour sa religion [Religion].
    Sens 3 Personne qui est victime de mauvais traitements.

    Tu vois que avoir la pleine conscience de ses actes n’est nullement évoquée ici. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de nos frères et amis sont morts pour des causes qu’ils pensaient nobles alors qu’ils n’étaient que des pions utilisés pour des causes moins honorables.

    Je ne profane en rien le sacrifice des martyrs, je dis juste qu’on en a plus besoin. il ne s’agit plus aujourd’hui de mourir pour une cause, mais de vivre pour ses idéaux afin de porter haut le flambeau.

    De plus, tu as bien raison. Certains martyrs se retourneraient sans doute dans leur tombe en s’apercevant qu’ils ont été les dindons de la farce.

    PS:je ne t’en veux pas. Quand on tient des propos aussi virulents et à côté de la plaque, je comprends qu’on signe de manière anonyme.

  6. Yehini ton poème mérite bien qu’on lui réponde de manière anonyme. Et je continuerais bien sur cette lancée. Tu n’es pas un épouvantail, tu sais. Par contre, je ne suis pas sûr que tu saches te servir d’un dictionnaire, sinon tu comprendrais que mourir pour sa religion suppose, implicitement, une claire conscience des actes qu’on pose, d’autant plus que mourir pour sa religion c’est accepter de mourir malgré la persécution, refuser de se renier et donc être conscient de soi; c’est ce que j’appelle la claire conscience des actes qu’on pose. Je ne prétendais pas expliquer un mot, je le commentais juste. Deuxièmement, je te fais remarquer que tu ne sais ps ce qu’on appelle un sens littéral et un sens figuré. Si tu avais une petite intuition de ces subtilités tu ne te serais pas ruée sur le dico. Parce que si je m’en tiens à ce que glose ton dico, ma puce, les « martyrs » de ton poème n’en sont pas et ne pourraient l’être qu’au terme d’un détour (sens 3). Appeler, par exemple, des personnes victimes de mauvais traitements « martyr » est purement métaphorique.Ca a exactement le même sens que « victime » et n’est pas aussi fort pour qualifier des personnes décédées comme l’évoque ton texte. Or tu parles de morts et donc l’emploi du terme est ici plutôt proche du sens 1. Ce qui relève que tu es dans la métaphore puisque tes « martyrs » ne sont pas morts pour une religion. Or si je veux platement t’appliquer la littéralité de ton dico, je te dirais aussi que tu es à côté de la plaque, mais je pense que je n’ai pas à t’imiter. Il y a des façons plus intelligentes d’agir. Cordialement.

    PS/ Je ne t’en veux pas, non plus. Je pense même que je t’aime et ton amour me…martyrise !

  7. @Anonyme: Tu ne fais que rejoindre mon point de vue mais tu es peut-être trop martyrisé pour t’en rendre compte.
    MARTYR est le nom qui a été attribué à ceux qu’on dit mort pour la liberté en Côte d’ivoire.
    de quoi devait-ils nous libérés? Et sommes nous libérés?
    Mon poème parle effectivement des victimes.
    Mais ils parlent aussi de ceux qui ont souffert pour les hommes politiques qu’ils ont érigés en Dieu et des partis qu’ils ont élevés aux rangs de religion.
    Je ne suis donc bien sur la plaque mon puceron.
    Le martyr est pleinement conscient de ses actes selon toi et décide de mourir pour cela. Il est un peu suicidaire alors.
    Tu penses que tous les martyrs ivoiriens savaient qu’ils n’allaient pas retourner dormir chez eux le lendemain. Penses-tu qu’ils savaient que la mort les attendaient au bout du chemin.
    Et ceux qui les ont envoyés dans la rue. Ils
    sont bien vivants n’est-ce pas? Où était-ils?
    Il n’y a jamais assez de poitrines pour encaisser les balles quand il s’agit de libérer un pays?Où étaient-ils?

    Ces fameux martyrs, ont-ils décidé de mourir pour le pays? Ou alors ce sont-ils fait prendre entre deux feux sans qu’il n’y ai pour eux le moyen de s’échapper?
    Je le répète il ne s’agit plus aujourd’hui de mourir pour une cause, mais de vivre pour ses idéaux afin de porter haut le flambeau.

    Au temps des dragonnades et de la persécution des chrétiens, il y a eu de nombreux martyrs. Ils ont propagés la bonne nouvelle au péril de leur vie. Aujourd’hui il y a des millions de chrétiens dans le monde.

    Nos martyrs à nous qu’ont-ils réussis à faire?
    Au sens littéral du terme, comme au sens figuré, ou même défiguré nos martyrs quel est la pierre que leur mort a apporté à l’édifice?….a part les monuments?

    PS: pour un poème qui mérite l’anonymat, tu es bien réactif. Stay blessed!

  8. @Anonyme: On est au moins unanimes sur un point: je ne suis pas un épouvantail. Le contraire aurait été décevant si on considère que j’ai mis une de mes plus belles photos!!!lol!!! Je compte publier d’ici la fin de la semaine, la seconde partie de CONFESSIONS D’UN MARTYR!! J’espère que tu me gratifieras de tes analyses tellement intelligentes!

  9. @yehni: nous sommes heureux que notre passion ait ressuscité ta passion
    il y a une nouvelle semaine Paix Now! à partir du 22 novembre.
    à vos plumes, prêts… plumez 😀

  10. l ,un des plus beau poèmes jamais encore lu celui mélange contexte politique et engagement pour la paix Sensibilisation auprès des jeunes afin qu’il comprennent que la ci a besoin d’eux

  11. Je me pose une question: que serait le monde si tout le monde avait la même compréhension des choses? Pas le monde en tout cas. Il faut bien que dans la jungle, certains mangent pour être mangés à leur tour. C’est à peu près le scénario de la politique: un discours enflamme les foules au point que certains en meurent, martyrisés… pour la cause. D’autres tirent profit de la situation etc. Malheureusement, seuls les innoncents paient toujours pour les commenditaires de politiciens. C’est peut- être fataliste, mais je suis devenu amnésique, je regarde sans voir ma Côte d’Ivoire…

  12. En général je lis pas les poèmes mais quand j’ai les commentaires, je suis retournée voir ce que tu as bien pu ecrire pour susciter tant d’engouement. Je ne suis pas déçu, c’est un très beau texte comme tous ceux que j’ai lu mais c’est la première fois que je commente. Depuis que j’ai découvert ton blog je le visite tous les jours pour pouvoir lire tous tes articles. Encore une fois bonne plume.

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