Côte d’Ivoire : les mutins auront leur bonne année l’argent


14 Jan. 2017

Pour les mutins, les armes ont payé

Cela fait quelques jours maintenant que la Côte d’Ivoire vit au rythme de l’insatisfaction de certains mutins. A coups de balles tirées en l’air et de routes barrées, les mutins réclament au Président de l’argent et certains avantages. Argent et avantages promis par on ne sait trop qui. Si Bouaké est la ville où les premières étincelles jaillissent, plusieurs autres entrent dans la danse à chaque fois.

Ce Vendredi 13 Janvier encore, on a eu droit à notre lot de pétarade, de frayeur, de frustration, d’impuissance et d’indignation. Vers 23heures, on apprenait qu’un accord avait été trouvé. 5 millions pour chacun des mutins à partir de lundi. Et un million par mois sur les 7 mois à venir. Même si rien d’officiel n’a encore été déclaré (ce serait d’ailleurs étonnant qu’ils osent déclarer ça officiellement), le principe même dérange.

7 millions ou 50 000 F CFA, la facilité avec laquelle le bruit des armes a permis à ces mutins d’avoir gain de cause rend perplexe. Cela ne laisse rien présager de bon pour l’avenir. A-t-on un jour suffisamment d’argent au point de ne plus actionner les leviers qui nous permettent d’en avoir en un claquement de doigts ?

Entre le marteau et l’enclume

C’est un malheureux précédent qui vient d’être créé. Un gros échec pour le gouvernement en place. Il avoue ainsi ne pas posséder toutes les cartes en main afin d’exercer son pouvoir pleinement et en toute quiétude.

Il faut reconnaître que le gouvernement était pratiquement entre le marteau et l’enclume. On a presque pitié de lui.  Ne pas céder aux exigences des mutins, c’était exposer le pays à une nouvelle spirale de violence, gâcher les efforts consentis pour offrir une image séduisante de la Côte d’Ivoire au monde, risquer de perdre ses privilèges. Céder à leurs demandes, c’était montrer son incapacité à tenir une armée hétéroclite avec trop d’éléments incontrôlés. Montrer qu’il n’y a que la menace des armes qui permet d’avoir gain de cause. Finalement, le gouvernement a choisi la deuxième option. La bourse contre la vie. Et bien entendu c’est le petit peuple qui va rembourser cette promesse qu’il n’a pas faite par taxes et impôts interposés.

Quantité négligeable

Et on ne peut qu’avoir mal pour tous ces fournisseurs de l’Etat de Côte d’Ivoire qui traînent des impayés depuis des années alors que notre pays à autant de millions à offrir à des mutins mécontents. On repense à tant de gens. Mandjara Ouattara, qui s’est immolée par le feu devant la Présidence en Mai 2014, fatiguée de réclamer ses impayés sans succès.  Les employés du CNPRA qui attendent encore, pratiquement 3 ans après de recevoir leurs droits. Tous ceux qui ont travaillé sur des projets comme les jeux de la francophonie, mais à qui on a fait croire qu’il était difficile de trouver un budget pour les rémunérer régulièrement. Or l’Etat a une caisse où puiser pour satisfaire les revendications, pour peu qu’elles soient armées.

On ne peut qu’avoir mal pour nos parents fonctionnaires qui revendiquent depuis une semaine pour des arriérés de paiement et des irrégularités au niveau de leurs pensions, sans qu’un interlocuteur ne soit venu vers eux pour s’entretenir. Zéro conseil de ministre extraordinaire. Zéro ministre dépêché en urgence sur le dossier. Le gouvernement aurait même pu faire semblant. A défaut de résoudre les problèmes, montrer qu’ils étaient au moins vus et entendus. Mais non. Quantité négligeable. Non évènement. Voici l’impression que cette grève a donnée.

Des questions légitimes

On dit qu’ils ont mal choisi leur moment pour se plaindre. Parce que les mutins eux, ont bien choisi leur moment ? Eux qui n’ont donné aucun préavis avant de manifester ? La réalité est celle que j’énonçais il y a peu : tout est une question de capacité de nuisance. La légitimité des revendications n’est pas le plus important. Fais peur ou tais-toi.  Alors, les fonctionnaires ont reconduit leur mot d’ordre de grève. 5 jours supplémentaires à partir du Lundi 15 Janvier. 5 nouveaux jours où les écoles publiques seront fermées et les enfants à la maison pendant que ceux du privé avanceront allègrement dans le programme scolaire. 5nouveaux jours où les hôpitaux publics fourniront le service minimum. Tout ça ne fait pas peur à des gens qui ont les moyens de s’offrir des soins dans des cliniques privées et dont les enfants étudient dans des écoles privées ici ou à l’étranger. On peut se demander si nous sommes importants à leurs yeux. Sommes-nous autres choses que des voix dans les urnes, des chiffres dans les tribunes ? Sommes-nous plus que des statistiques ? Notre bien-être leur importe-il vraiment ? Perdent-ils le sommeil quand nous n’avons rien à manger ? Est-ce qu’ils ont mal quand nous ne pouvons pas nous soigner ? Sommes-nous autre chose que du bétail électoral taillable et corvéable à souhait ? Et sans honte, alors que le bateau prend l’eau en plusieurs endroits, nous aurons les yeux fixés sur la Coupe d’Afrique des Nations, qui elle aussi a englouti sa part de milliards.

Faire amende honorable

Pourtant, il n’est pas encore tard pour bien faire. Puisqu’ils ont eu la main forcée pour donner aux mutins de l’argent qu’ils ne méritent pas, pourquoi ne pas faire amende honorable en étant juste avec ceux qui le méritent ? Verser enfin les honoraires des fournisseurs de l’Etat, payer les arriérés et les primes des fonctionnaires, se pencher sur le cas de leur retraite, payer les indemnités des salariés des entreprises d’Etats qui ont fermé par exemple…..

Que Dieu protège la Côte d’Ivoire !

 

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


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