DÉCOURAGEMENT N’EST PAS IVOIRIEN


Paru dans l’intelligent d’Abidjan du 7 Février 2013

Lorsque vous publiez une offre d’emploi sur les réseaux sociaux, vous recevez les premières demandes dans les vingt minutes qui suivent, parfois dans un délai encore plus court. L’affluence ne faiblit pas un seul instant. D’ailleurs, bien longtemps après la date limite insérée dans l’annonce, les lettres de motivations continuent d’inonder votre boîte de réception. Le chômage sévit sévèrement en Côte d’Ivoire, or le travail procure satisfaction, épanouissement mais aussi indépendance.

Hélas, quand on observe les conditions des « travailleurs », force est de constater que leur emploi n’est souvent qu’un passe-temps, un subterfuge pour éviter les récriminations de la famille. En effet, la contrepartie pécuniaire est loin d’être décente. « Tout travail mérite salaire » dit l’adage. Mais le penseur n’a pas poussé l’analyse jusqu’à définir clairement la proportion entre le degré de travail et la somme due. Le salaire est réduit à une portion congrue. Cependant, faute de grives on mange des merles. Et leurs os bloqués en travers de la gorge, expliquent bien des humeurs désagréables de bureaucrates.

Il faut se faire une raison quand on ne peut avoir raison. Alors, on se forge des excuses. Les entreprises ne sont pas en quantité suffisantes. On ne trouvera jamais mieux. Ailleurs, un poste n’a pas le temps d’être vacant qu’il est occupé par une main d’œuvre puisée dans les ressources familiales du patron. Ailleurs ont fait valoir le droit de cuissage.

Pourtant, une autre solution existe : l’entrepreneuriat. La fonction publique déjà saturée ne pourra jamais employer tout le monde. Les entreprises privées ne foisonnent pas non plus. Il faut réfléchir à un projet susceptible de rapporter des revenus fixes et réguliers, capable si possible de créer d’autres emplois. Identifier des problèmes et proposer un produit ou un service qui répond aux préoccupations de la population. Pour un pays en voie de développement comme la Côte d’Ivoire, les secteurs en jachère sont nombreux. Mais il faut trouver la bonne idée, puis se pose  le problème du financement.

Les banques ont besoin de garanties et la situation du promoteur n’est pas rassurante. L’Etat ivoirien a ainsi décidé de soutenir les jeunes et d’encourager l’entrepreneuriat en finançant des projets à travers le Fond National pour la Jeunesse. On aurait cru qu’il y aurait une bousculade comme c’est le cas après la publication d’une offre d’emploi.  Au contraire, les chiffres disponibles sur le site internet sont bas.

Certains justifient leur réticence par les déceptions antérieures : plusieurs projets déposés et jamais financés, volés et propulsés plus tard par de grandes sociétés. Il n’est pas rare de voir différentes personnes avoir la même idée : il ne s’agit pas forcément de vol. Mais quand bien même ce serait le cas, cela arrive, il ne faut pas céder au découragement. Personne ne pourra jamais mettre en œuvre un projet avec la perfection et la plénitude de celui qui a émis l’idée originale. Des milliards sont décaissés çà et là pour la reconstruction du pays. Que la jeunesse ne reste pas en marge du partage utile. Qu’elle prenne la part qui lui revient. Sinon, elle n’aura plus d’excuses. Découragement n’est pas ivoirien ne doit pas être un slogan pour supporters déçus, mais le leitmotiv d’une jeunesse entreprenante qui n’a pas peur de tomber, parce qu’elle se relèvera avec une nouvelle idée pour franchir l’obstacle. En réalité, une marche sur l’escalier de son plein accomplissement.

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


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