Election présidentielle: Affi N’Guessan face aux électeurs


17 Oct. 2015

faceauxélecteurs

“Face aux électeurs” épisode 4, c’était hier avec Affi N’Guessan, Candidat du Front Populaire Ivoirien.

Côté journaliste

Lassiné Fofana, Michel Digré et Marcelline Gneproust ont formé le tiercé gagnant de cet épisode haut en couleurs. Ces trois titulaires du prix Ebony, ont su faire preuve de ce professionnalisme, de cette audace et de cette pugnacité qui manquaient dans les émissions précédentes.

Toutefois cette équipe, aussi dynamique soit-elle, n’est pas irréprochable. Gestion calamiteuse du temps. Une heure perdue sur la libération de Laurent Gbagbo, la Justice, la sécurité, l’armée et la réconciliation. Dans la 2e tranche horaire, il a donc fallu accélérer, survolant des thématiques importantes comme l’éducation, la santé, l’emploi, la promotion du genre et l’économie. Le candidat a même été invité à conclure en résumant son projet en un mot, là où d’autres ont pu s’étaler à satiété. On me contredira peut-être mais avec le candidat Affi, c’est la première fois que l’émission remplit les deux heures prévues et manque même de déborder.

Certains ont reproché aux journalistes d’être trop collés à leurs papiers. Cela ne m’a pas gênée. Par contre depuis le début, il apparait clairement que l’émission manque de journalistes spécialistes maitrisant assez leur spécialité pour conduire les invités à être plus précis en termes de chiffres, surtout dans le domaine économique. En effet, il ne s’agit pas de demander des chiffres à l’invité seulement, mais il faut être capable de le contredire s’il avance des nombres farfelus.

Côté RTI

Félicitations à la RTI pour cette équipe triée sur le volet. En plus j’ai été agréablement surprise de voir le nom de chaque journaliste marqué à l’écran, comme je le suggérais dans mon dernier article.

Les journalistes ont aussi posé une question qui fait l’objet de débat sur internet à savoir comment Affi N’Guessan compte réussir concrètement à faire sortir Gbagbo de prison. Si à défaut de permettre aux internautes d’interagir en direct, un monitoring de leurs préoccupations est fait avant, c’est toujours bon à prendre.

Il serait intéressant que la RTI publie sur son site internet les programmes des candidats qu’ils reçoivent et qui servent de base au débat.

Côté Candidat

Prenez un opposant politique, mettez le en prison, empêchez le de s’exprimer pendant plusieurs années, puis lâchez le sur les antennes à la faveur d’une élection et vous aurez la prestation du candidat Affi N’Guessan hier. J’ai pu voir un homme rompu à l’exercice mais surtout bien préparé, au discours structuré, qui a mené le débat et refusé de se laisser marcher sur les pieds.

L’opposant semblait avoir retrouvé son habitat naturel et avait énormément à dire sur la gestion du gouvernement en place. Il a asséné ses vérités sans sourcilier. Même si certaines paroles étaient dures et peut-être infondées, cela change du discours unique habituel. Nous avons besoin d’une télévision où nous pouvons assister à des débats d’idées où la contradiction et la critique pourront se faire dans le respect de l’autre, car aussi performant que puisse être un gouvernement, il y a toujours une marge pour l’amélioration.

Le candidat Affi, ayant déjà fait partie d’un gouvernement il aurait pu faire l’économie de certains griefs qui entachaient déjà la Côte d’Ivoire sous son autorité. Cependant, il n’a pas eu la langue de bois. Visiblement, c’est une renaissance et un renouveau qu’il prône tant au FPI que dans toute la Côte d’Ivoire. Il est décidé à faire mieux. Mieux que Gbagbo et mieux que Ouattara.

Malheureusement, à la fin du débat, on ne sait toujours pas avec exactitude quels sont les 15 engagements fermes qu’il propose aux ivoiriens. Je peux tenter de résumer son propos à travers les points suivants :

  1.  La Côte d’Ivoire est dans un mariage forcé avec un régime qu’elle n’a pas choisi. Un régime qui asservi le peuple et jette ses fils en prison. Elle est prise en otage par des gens qui ne veulent pas la délivrer. C’est à nous le peuple de décider. Hier nous n’avions pas la parole. On nous a imposé la loi des armes. Votons parce que la force des armes ne doit plus primer. Le sort de la Côte d’Ivoire ne doit plus être décidé par ceux qui ont eu recours à la violence. Il faut reconstruire la paix et la démocratie sur des bases solides.
  2. L’attaque du 19 Septembre a révélé les faiblesses de notre système de défense. Aujourd’hui il faut renforcer la sécurité, surtout en cette période de terrorisme international. Si nous avions une véritable armée en 2002, nous n’aurions pas basculé dans la violence. Confier la défense extérieure à la puissance coloniale, a aussi été une erreur. Des casernes seront bâties avec le concours du secteur privé. Il souhaite aussi des prisons plus humaines et soucieuses de la correction et la réinsertion des pensionnaires.
  3. Le pouvoir en place dit que 46% d’ivoiriens ont voté pour le Président Gbagbo en 2010. Ce chiffre non négligeable n’a pas donné sa voix à Gbagbo pour qu’il soit à la CPI. Il compte utiliser les textes de la CPI et les compétences diplomatiques pour faire revenir Gbagbo. Si cela a été possible avec Kenyatta, c’est qu’il y a des options.
  4. L’ombre de Gbagbo plane sur la Côte d’Ivoire, voilà pourquoi autant d’hommes politiques sont allés le voir pour cette élection. Affi n’a pas encore reçu l’autorisation de s’y rendre.
  5. La prison permet un exil intérieur. Elle permet de prendre de la hauteur. De réfléchir. La prison vous rapproche de Dieu. C’est là qu’Affi a pensé aux états généraux de la république. Nous sommes dans une justice des vainqueurs. Or, victimes et bourreaux ont besoin de se pardonner mutuellement. Des cadres croupissent en prison dans un pays, sans avoir vu un magistrat, d’autres vivent sous des tentes en exil.
  6. Dans un pays moderne il ne peut pas y avoir des Programmes Présidentiels d’Urgence où on a l’impression que le Président va tout faire. C’était avant. Souvent c’est à l’occasion de campagnes déguisées qu’on fait le bitume. Les infrastructures sont évidemment de mauvaises qualités parce que réalisées dans la précipitation. Le PPU c’est un moyen pour récompenser les amis, corrompre, dilapider les fonds de l’Etat et il faut y mettre fin.
  7. Il ne faut pas confondre croissance et performance économique. On construit beaucoup d’infrastructures ce qui nous donne l’impression d’une croissance. En plus, elle est basée sur des emprunts. La logique de s’endetter pour construire est vouée à l’échec parce qu’un jour nous ne serons plus solvable. Il faut mettre les gens au travail.
  8. Notre système donne trop de pouvoir au président de la république. Dans une démocratie il faut un équilibre. Toutes les institutions sont étouffées sous Ouattara. Il fait la pluie et le beau temps. La justice est caporalisée. On doit s’assurer que le Président de la République ne fasse pas n’importe quoi.
  9. Le plus important est d’engager les activités. Le reste n’est que formalité. Quand vous lisez les programmes d’Ado, il n’y avait pas le pont de Bouaflé ou de Jacqueville. Ce sont les idées du FPI. Ce sont eux qui ont fait les croquis, trouvé les financements, les architectes, pour toutes ces infrastructures faites aujourd’hui par Ado.
  10. Tout est concentré à Abidjan. Il faut être audacieux et généreux en rendant effective la décentralisation à tous les niveaux. Yamoussoukro deviendra effectivement la capitale de la Côte d’Ivoire.
  11. Une économie forte est une économie basée sur l’industrie. Nous devons construire une économie compétitive qui va produire des richesses et permettent de recruter d’avantage de fonctionnaires. Nous devons refaire le système éducatif. L’emploi est le virus de la société ivoirienne. Il y a trop de chômage.
  12. Nous devons repositionner la Côte d’Ivoire dans la sous-région Ouest Africaine.
  13. Il faut faire des appels à candidature pour les hauts postes de l’administration. Par exemple, nn ne peut pas être directeur de la RTI parce qu’on a un nom qui s’inscrit dans la logique du rattrapage.
  14. Une nation c’est un contrat et ce contrat doit être satisfaisant pour tout le monde. La constitution doit être revue.
  15. Il faut battre Ouattara dans les urnes et non dans la rue comme pensent certains membres du FPI.
  16. La culture sera un ministère important. La Chine et l’Allemagne ont pu se relever grâce à leur culture. Il faut faire en sorte que les langues nationales puissent être écrites et que les ivoiriens parlent leur langue.
  17. On monte le prix de l’électricité de façon inopinée. Les entreprises sont étranglées par la politique de ADO. Les intrusions intempestives du fisc dans les entreprises ne facilitent pas le travail et poussent certaines à partir.
  18. Il faut professionnaliser les métiers informels, recenser et identifier les actifs. L’absence de financement innovant est la grande faiblesse de notre système. Une banque des métiers entre la microfinance et la banque classique sera créée.

Paroles fortes

d1 d2 e1 e2 E3 E4 t1 t2 t4

Ce soir je ne sais malheureusement pas qui sera face aux électeurs ou si il y aura une émission.

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

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