Elections en Côte d’Ivoire: on ne sait jamais


25 Sep. 2015

yeswepagne
Yes We Pagne est une initiative civique apolitique pour promouvoir des élections apaisées.

Dans certains pays, on va aux élections comme on prend un café, comme on va au marché ou à l’école. Bien qu’elle impacte fortement l’avenir du pays, voter est une action banale parce qu’on l’effectue avec la certitude que le meilleur gagnera ou que celui qui voudra contester les résultats utilisera des voies de recours légales et non la force. Dans tous les cas de figure, la vie poursuivra son cours jusqu’au prochain scrutin.

Mais ici en Côte d’Ivoire et dans bien d’autres pays africains malheureusement, ce n’est pas avec la même désinvolture qu’on attend la période électorale. C’est la peur au ventre qu’on regarde les jours s’égrener jusqu’à la date fatidique. On va aux élections comme on va faire son test de dépistage du VIH quand on est convaincu d’avoir eu un comportement à risque.

Sous nos cieux, quand les élections approchent, ceux qui ont les moyens prennent leur mois de congé et s’envolent loin, pour être à l’abri d’éventuels échauffourées parce qu’on ne sait jamais.

Sous nos cieux, quand les élections approchent, pas la peine de déposer son CV pour un emploi, son projet pour financement ou de fixer un quelconque rendez-vous à fort enjeu. On vous conseille subtilement ou non d’attendre après les élections parce qu’on ne sait jamais. On dit que l’administration, c’est une continuité. En théorie. En pratique, on ne sait jamais si un remaniement ministériel ou un réaménagement de poste ne rendront pas caducs les validations d’hier.

Sous nos cieux, quand les élections approchent, il faut faire des provisions de denrées alimentaires parce qu’on ne sait jamais. Ne soyez pas donc étonnés, si vous êtes étrangers, de voir les populations dévaliser les marchés et supermarché ou, fait assez surprenant pour ceux qui ne sont pas habitués, prendre d’assaut les boulangeries pour faire le plein de baguettes de pain. On fait aussi des provisions d’eau en faisant l’achat de grands futs car les ruptures d’eau sont monnaie courante sans compter les rumeurs d’empoisonnement des châteaux d’eau qui augmentent la dose de stress. S’il y avait un moyen à bas prix de faire une provision d’électricité, gageons que chaque famille aurait une petite réserve parce qu’il suffit d’une longue coupure d’électricité pour se retrouver avec le réfrigérateur plein de nourriture assez bonne pour fertiliser le sol ou donner une indigestion sévère aux estomacs les plus téméraires.

Sous nos cieux, quand les élections approchent, les banques ne sont plus fiables. Le canari prend donc le relais pour accueillir des économies suffisantes au cas où il faut partir de façon précipitée vers une destination inconnue. Enfoui dans le sable pour ceux qui ont la chance d’avoir un jardin, ou coincé sous le lit et ni vu ni connu.

Sous nos cieux, quand les élections approchent, c’est le moment de faire le bilan de sa vie, demander pardon à Dieu pour ses péchés, se tenir prêt pour l’ultime voyage au cas où ça dégénère. Car soit le vaincu peut refuser de reconnaître le vainqueur, soit le vainqueur peut décider que le vaincu n’a pas bien retenu la leçon d’humilité et y ajouter l’humiliation. Ici, les recours légaux sont trop lents pour exprimer son mécontentement. On préfère brûler des pneus ou vandaliser des bus quand on s’est levé du bon pied ou prendre des armes plus létales et se jeter dans la rue pour en découdre avec nos opposants. C’est aussi une des raisons pour lesquelles, même si le gain pécuniaire peut se montrer alléchant, on déconseille d’offrir publiquement son soutien à un candidat. En cas d’échec, et tout aussi curieux, même en cas de victoire, vous pouvez subir amèrement les frais de votre dévouement.

Sous nos cieux , même longtemps après la proclamation des résultats le cœur ivoire ne reprend jamais son rythme normal. Pourquoi ? Parce que si une élection se déroule sans incidents, chose que nous peinons à voir depuis plusieurs années, la peur subsiste parce que tout simplement…on ne sait jamais.

Le jour où nous saurons enfin, peut-être alors pourrons-nous espérer avoir cette émergence que nous recherchons tant.

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

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