ENTRETIEN AVEC…CEDRIC MARSHALL KISSY


09 Juil. 2011

La lecture, lorsqu’on y prend goût, nous forme et nous informe. Que ceux qui en ont horreur se ressaisissent. Il n’est pas tard pour bien faire.

1-Qui est Cédric Marshall KISSY ?

Je suis étudiant ès licence de lettres à l’université d’Abidjan-Cocody. Je réside à Cocody, à la cité des arts quand bien même il m’arrive parfois d’être en famille à Bonoua, ville dont je suis d’ailleurs originaire. Je suis issu d’une famille de 5 enfants dont je suis le 2e enfant et le seul fils (J’ai 4 sœurs, Evelyne, Liliane, Laetitia et Alexandra, que je salue au passage).

2-Tu as été lauréat du concours manuscrit d’or 2009. Les promesses faites ont-elles été tenues?

Les promesses ? (Rires). J’ai reçu mes lots tels que indiqués. Seulement, il est un bémol, un hic qui « gâche » la fête. Il s’agit de la publication du recueil collectif censé regrouper tous les textes primés. Cela aurait certainement permis de découvrir l’œuvre des nombreux autres lauréats. J’ignore les raisons qui ont entraîné cela, à moins que la situation politique du pays y soit pour quelque chose. Je ne vais donc pas en vouloir à l’éditeur, tout en espérant que le recueil soit publié dans la mesure du possible.

3-Quels sont les lots que tu as remportés ?

Avec le 1er prix, j’ai reçu :
– Un « Netbook » (Sorte d’ordinateur, vraiment lilliputien)
– Un téléphone fixe (dont je devais moi-même payer les factures « RIRES)
– Une connexion ADSL (3 mois de connexion gratuite)
– Quelques gadgets (T-shirt, stylo…)
– Des livres
– Une prise en charge pour une formation en BTS (Que je n’ai moi-même pas retiré « RIRES »)
– Inscription au centre culturel allemand pour un an je crois bien !


4-Quel a été l’impact de ce concours sur ta vie et particulièrement sur ta carrière ?

Pour la petite histoire, je me suis mis à écrire des poèmes après avoir lu le texte « Retour » (in La ronde des jours) de Bernard Dadié. Mais pour être franc, je n’écrivais que pour me faire plaisir. Le jour où j’ai eu la grâce divine d’être sacré « Manuscrit d’or » (1er prix en poésie) alors que je n’avais pas pu soumettre mon texte à correction auprès d’un éventuel aîné ou correcteur – c’est-à-dire avant de le déposer – j’ai compris que mon travail était loin d’être de la fumisterie. J’ai alors davantage pris au sérieux mes productions.

5-Que recherches-tu dans l’écriture?

Avec l’écriture, je veux surtout rencontrer des personnalités, du monde littéraire notamment. Et essayer d’inscrire mon nom dans le fleuron de la littérature ivoirienne. Cette tâche, cette quête, je le sais, ne sera pas une sinécure, j’en suis conscient. Mais « qui veut peut » !

6-Combien d’œuvres as-tu déjà publiée ? Et dans quelles maisons d’éditions ?

A ce jour, j’ai publié deux (2) recueils de poésie, qui sont
– Ciel d’Amour, terre de haine (à Edilivre, en France)
– Tréfonds de cœurs de pierre (aux Editions Harmattan, Paris, France).

7-Pourquoi avoir publié tes livres à l’étranger ? Est-ce lié à des difficultés rencontrées au niveau des éditeurs ivoiriens ?

Très belle question, d’une pertinence viscérale dirais-je ! Si toutes mes publications à l’heure actuelle ont été faites à l’extérieur, en France précisément, ce n’est pas par complaisance. Tant s’en faut ! Au contraire, comme votre question le laisse entendre, cela s’explique par un certain nombre de difficultés réelles. Les Editeurs ivoiriens mettent un peu trop de temps sur les manuscrits que nous leur proposons. A titre d’exemple, j’ai proposé un manuscrit à un Éditeur dont je tairai le nom pour éviter toute polémique, mais après 1 ans 3 mois, je n’ai encore reçu aucun signal. C’est désolant ! C’est fâcheux ! C’est triste. Un Éditeur sérieux, selon moi, ne devrait pas mettre plus de 4 mois à étudier un manuscrit. C’est de la négligence outrée !

8-Quelles sont les démarches que tu as effectuées avant d’être accepté chez Edilivre et à l’harmattan?

Les démarches sont quasiment les mêmes, sauf que des deux, l’Harmattan, c’est avant tout un Éditeur mondialement connu. Il s’agit de préparer son manuscrit, en évitant au maximum les fautes, (c’est très important de proposer un projet propre, impeccable). Après l’avoir imprimé et relié, il n’y a plus qu’à l’expédier à l’adresse de l’Editeur souhaité, sans oublier de marquer ses nom et prénom, ses coordonnées (Adresse postale, ville, pays). Après 2 mois en moyenne, l’auteur reçoit par voie postale, le verdict du comité de lecture. Il ne faut pas perdre de vue que le plus clair des grands Editeurs ne publie pas de poésie (Ex : le Seuil). Alors, il serait intéressant de vérifier Ce que j’apprécie chez les Editeurs de l’étranger, c’est que la personne de l’auteur ne leur importe peu (élève ? étudiant ? travailleur ? …) Ils s’en tamponnent le coquillard (s’en foutent). Ils ne se fient qu’aux écrits proposés lors de l’évaluation. Du coup, chacun a sa chance, pourvu que le travail proposé soit sérieux, et non de la fumisterie.

9-Pourquoi avoir choisi le genre poétique pour t’exprimer ?

J’ai surtout opté pour la poésie pour son sens de la sensibilité et pour les jeux de mots et autres transpositions de sens qu’elle permet. J’adore cette particularité qu’elle offre. Mais j’aimerais signifier que je ne me limite pas qu’à la poésie – mon genre préférentiel –. J’ai produit des romans et des recueils de nouvelles qui paraîtront le moment venu.

10-On dit que les ivoiriens n’aiment plus lire. Quel est ton point de vue à ce sujet ?

C’est une réalité – une bien triste réalité-. Je me dis qu’au fond, ceux qui abhorrent la lecture, et les livres par ricochet, ignorent totalement ce que l’on peut en tirer. Il faut faire face, aujourd’hui, à l’évolution. Tu as beau être le plus grand mathématicien de la Côte d’Ivoire, tu ne t’exprimeras oncques avec des « a+b=c » ou des 2×2 et j’en passe. Un médecin à son tour ne parlera pas d’Alzheimer, de schizophrénie (maladies) ou toute autre chose de ce genre, pendant qu’il sera avec un groupe d’amis ou d’illustres personnalités. J’éviterais de parler de l’économiste et tous ses termes sui generis (spécifiques), de peur d’être long. Tout ce babil, simplement pour dire que la lecture ; lorsqu’on y prend goût, nous forme et nous informe. Que ceux qui en ont horreur se ressaisissent. Il n’est pas tard pour bien faire.

11-Peut-on trouver tes livres dans les librairies ivoiriennes ? Comment peut-on se les procurer ?

Pour ce qui est des livres, le premier n’est disponible que sur commande (sur www.edilivre.com) Quand au second livre « Tréfonds de cœurs de pierre », il sera bientôt accessible à la librairie des Editions l’Harmattan situé à Cocody, vers l’Ecole Nationale de Gendarmerie. Le retard accusé est dû à la crise que nous avons tous endurée. Je profite de cette parenthèse pour inviter tous les ivoiriens à plus de discernement à l’avenir pour obvier à un pareil drame, un tel carnage, une telle hécatombe.
12-Le langage dans lequel tu t’exprimes est plus qu’étonnant pour un jeune ivoirien, parles-tu de temps en temps le nouchi ? (Rires) Qu’est-ce que tu penses de cet argot ?
Waouh ! Quel honneur… Merci ! J’essaie au mieux de peaufiner mon expression. L’écriture l’exige, je crois. Même si en même temps, j’évite autant que faire se peut d’être hermétique, d’être incompréhensible. Pour revenir à la question, je concède ; j’avoue qu’il est rarissime de m’entendre parler « nouchi ». Une anecdote à ce propos, lorsque je suis avec mes amis, notamment sur la fac, lorsque je sors un mot nouchi, ça crée un « tollé », un petit soulèvement (Rires). Je crois que cela est dû au milieu dans lequel j’ai grandi. Je n’étais pas souvent en contact avec les jeunes de l’extérieur, excepté à m’école. Je suis un casanier en général, c’est-à-dire quelqu’un qui aime rester chez soi. L’habitude m’est restée. S’agissant de cet argot, je pense que c’est une bonne chose, car relevant du « made in Cote d’Ivoire ». Il existe même un roman écrit dans ce dialecte. Seulement, les ivoiriens, surtout les jeunes, doivent apprendre à faire la part des choses. A chaque milieu son langage. C’est déplorable que des élèves s’expriment en nouchi pendant les cours. C’est cela, le nœud, l’écueil, le problème que je fustigerais.


13-Un conseil aux jeunes ivoiriens qui veulent se lancer dans l’écriture?

Je dirais dans un premier temps, à ceux qui le pensent à tort, que l’écriture est loin d’être l’apanage des littéraires. Moult scientifiques sont aujourd’hui de brillants écrivains. Deusio, à ceux qui souhaitent s’aventurer dans l’écriture, je dirais que tout est une question de volonté. Il faut vouloir avant tout. Et il est bon de lire d’autres auteurs afin d’éventuellement s’en inspirer pour donner une certaine orientation à ses idées, à ses productions.
Je reste disponible pour tous ceux qui auraient des préoccupations sur quelque question que ce soit. usmarshallone@yahoo.fr

14-Merci pour ta disponibilité !

Interview réalisée par Yehni Djidji

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


3 thoughts on “ENTRETIEN AVEC…CEDRIC MARSHALL KISSY

  1. Marshall t'es mon grand champion! je t'ai connu au lycée et depuis une de nos dernière causerie (je me souviens plus à quel honneur) ,j'ai eu une image positive de toi notamment par ta façon de parler.
    J'aimerais que tu continues sur ce même chemin avec ton attitude humble et Dieu te poussera au sommet.

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