ENTRETIEN AVEC…JOSUE GUEBO


06 Juil. 2011

L’Association des Écrivains de  Côte-d’Ivoire  doit véritablement aller à la recherche des jeunes talents, œuvrer à leur formation par des ateliers réguliers, des séminaires, voire des bourses et des résidences d’écriture.

1-Qui est Josué Guébo

Josué Guébo est un  petit guitariste qui s’est mis à rêver un matin  de poésie et de philosophie. Pour la poésie,  certains critiques, comme le réalisateur Marc-Laurent Turpin lui ont fait l’amitié de le déclarer – avec une exagération évidente –  « supérieurement alerte ».  Pour la philosophie, un gentil  jury l’a fait Docteur, non sans y ajouter une mention très honorable et d’autres choses tout aussi ronflantes. Mais Josué Guébo ne se laisse pas corrompre. Il reste guitariste, sans plus. Au plan familial, il répond, sauf erreur ou omission de sa part, de deux charmants garçons.  Pour ne pas  faire de jaloux il évitera de dire qu’il file le parfait amour avec son épouse, la mère de ses deux lieutenants …
2Tu as été super lauréat du concours manuscrit d’or 2007, dans les catégories nouvelles et poésies. Les promesses faites ont-elles été tenues?
Oui la maison d’édition Vallesse, que je salue au passage, a tenu toutes ses promesses. Elle m’avait promis deux ordinateurs. Elle me les a livrés avec célérité. Je les ai vendus avec la même diligence, vu que j’avais déjà un ordinateur. Vallesse m’avait aussi promis des livres et l’édition de mes deux textes primés, elle n’a  failli à  aucune de ses promesses.

3-Quel a été l’impact de ce concours sur ta vie et particulièrement sur ta carrière ?
La carrière,  la vie sont  de bien grands mots, rapportés  à un concours de ce type ! Déjà en 2000, l’Association des Ecrivains de  Côte-d’Ivoire – l’AECI des grands jours si j’ose dire – m’avait déjà décerné un premier prix national poésie. Etre manuscrit d’Or n’a  donc pas spécialement  modifié  le timbre de ma voix. Par contre, c’est toujours très rassurant d’être primé.

4-AECI des grands jours? As-tu des reproches à adresser à cette association telle qu’elle se présente aujourd’hui? Des suggestions?

Oui, je pense que l’AECI, malgré le travail formidable réalisé par le Président Foua de saint-Sauveur, n’a pas forcément été à la hauteur des attentes de la littérature ivoirienne. Il y a une réelle cassure générationnelle dans nos lettres. Ce qui a manqué à cette décennie, c’est le mécanisme de l’émulation. Le dernier concours de Littérature auquel l’association nous a donné de participer remonte, à ma connaissance, à 2000. Une oeuvre collective avait d’ailleurs été promise à la suite du concours. Bandama est parti, cela fait onze ans aujourd’hui et pas une seule page de ce livre n’a été réalisée. A mon humble avis, l’AECI doit véritablement aller à la recherche des jeunes talents, œuvrer à leur formation par des ateliers réguliers, des séminaires, voire des bourses et des résidences d’écriture.
En tant que principale association des gens de Lettres de ce pays, cette association, de mon point de vue, n’est pas à la hauteur de la Côte d’Ivoire. Il faut rendre à cette structure sa réelle dimension et son authentique vocation!

5. Que recherches-tu dans l’écriture?
La question  que je poserais volontiers   serait « que recherche l’écriture en moi ». C’est que je ne perçois pas l’écriture comme une activité heuristique.  Dans la lecture oui, on peut rechercher quelque chose  mais pas dans l’écriture à mon avis, parce que finalement l’écriture est plus en moi que je ne suis en elle. Qu’est-ce qu’elle me veut ? Pourquoi me cherche-t-elle des poux, même tard dans la nuit, alors que je converse tranquillement dans un coin d’alcôve ? Que me veut-elle à la fin ? Quand l’écriture m’aura avoué ses intentions, je lui déclarerais aussi mes marchandises !
 
6-Combien d’œuvres as-tu déjà publiées et dans quelles maisons d’édition ?
 
À ce jour, six œuvres publiées dont deux collectives  et quatre  individuelles, toutes de poésie. Dans l’ordre « L’or n’a jamais été un métal » publiée à Abidjan, aux Editions Vallesse en 2009,  « D’un mâle quelconque » publiée à Paris aux Editions Apopsix en 2010, puis « Carnet de doute » et «  Mon pays, ce soir », publiées fin juin 2011 à Dakar aux Editions  Panafrika/Silex/Nouvelles du Sud. Au plan collectif, il y a « La paix par l’écriture » parue à  Abidjan aux Editions Vallesse en 2007, et « Des paroles de Côte-d’Ivoire pour Haïti, notre devoir de mémoire », publiée également à  Abidjan Aux Editions Ceda/Nei, en 2010.

7-Pourquoi avoir choisi la poésie pour t’exprimer ?
Je me sens poète mais je ne compte pas limiter le champ de mon écriture à ce seul horizon. Et puisque je n’aime pas communiquer sur les projets, mon propos sur ce sujet, si tu le permets, pourrait s’arrêter  là.

8-On décrie souvent la lenteur du processus éditorial en Côte d’Ivoire, peux-tu partager avec nous ton expérience avec Vallesse éditions ? Quelles sont les étapes et le temps que tu as mis avant que ton document ne soit validé ?
Oui, les textes que j’ai publié en Côte-d’Ivoire sont ceux dont la réalisation a été la plus lente. « L’or n’a jamais été un métal » n’a pas passé moins d’une année dans les tiroirs de mon éditeur. J’avoue quand même y avoir une part de responsabilité puisque je n’étais pas toujours pressé de rendre les épreuves corrigées. Pas pressé, non plus, d’effectuer telle ou telle démarche que me demandait de réaliser l’éditeur. Disons que j’ai soumis mon texte à Vallesse qui l’a fait évaluer par son comité de lecture. Quand il a reçu l’accord favorable, l’éditeur m’a recontacté pour me soumettre une variété de possibilités de partenariat  et les pourcentages liés à telle ou telle option. L’éditeur et moi avons convenu  d’un contrat de coédition. En clair, j’ai dû contribuer financièrement à la réalisation du livre, l’édition de la poésie comportant au plan commercial un certain risque.

9-Penses-tu que ton statut de super Lauréat à la première édition des Manuscrits d’or organisée par Vallesse éditions t’a fait bénéficier d’un traitement de faveur ?
Pas de traitement de faveur mais de capital de sympathie. Vallesse n’est pas une maison complaisante et cela se ressent  dans l’ascension fulgurante qu’elle connait depuis sa création.  La maison m’a signifié sa volonté de m’éditer, conformément  au rôle qu’elle s’est entre autre assignée : promouvoir ceux qu’elle estime de nouveaux talents. Cela dit,  je n’en ai pas  moins été  soumis à un comité de lecture qui a  jugé, jaugé,  pesé et soupesé ce que je proposais. C’est avec l’accord favorable de ce jury que mon texte a pu  faire son entrée en vitrine.

10-Quelles sont les démarches que tu as effectuées avant que ton manuscrit soit accepté par Apopsix ?
Alors, pour Apopsix, c’est une histoire à écrire debout.  Février 2010, je réalise  un texte et  recherche sur le net  des éditeurs, en m’adressant à cinq d’entre eux qui autorisent les candidats à envoyer leurs œuvres par fichier électronique. Je trouve cela inouï. Ca me change de la  bonne vieille procédure sclérosée qui vous rouille les articulations. Je saute sur l’occasion. Les  maisons  sollicitées sont favorables.  Elles me font parvenir un courrier d’accord et un contrat en bonne et due forme. Tout cela, en moins d’un mois. Je jubile et  signe avec la maison qui m’a répondu en premier : Apopsix. Le contrat est hyper-sympa et  les échanges avec les animateurs de la maison  plus  que cordiaux. Certains amis me conseillent de me méfier d’une éventuelle arnaque. Mais  je leur dis que je ne sais pas ce qu’un poète aurait  à perdre. En clair, je n’ai effectué aucune démarche particulière. En un clic, j’ai été publié, simultanément en France, en Belgique, en Suisse et au Canada. La maison possède un important réseau de distribution en librairie « papier » comme virtuelle.  De toutes mes œuvres, aucune n’est aussi accessible à l’achat, à l’échelle mondiale, que celle  publiée chez Apopsix !
11-Et les Editions Panafrika/Silex/Nouvelles du Sud ?
Pour les Editions Panafrika/Silex/ Nouvelles du Sud, j’ai d’abord écrit à l’éditeur qui est l’immense poète Camerounais Paul Dakeyo, pour lui dire que j’avais des textes poétiques à lui soumettre en vue de publication éventuelle. Il m’a demandé de lui faire parvenir mes écrits par courrier postal, aux adresses suivantes Editions Panafrika/Silex/Nouvelles du Sud. BP 16 658 Dakar Fann. Sénégal ou à Paris: Bâtiment 1446 rue Barbès. 94 200 Ivry/Seine.  La maison ne traite pas les envois électroniques. Au bout de deux mois, il m’a écrit et m’a signifié son accord favorable. La réalisation des œuvres, elle-même, n’a pas excédé les deux mois. A cette heure, les deux œuvres sont en lice pour le Prix Ivoire de l’Association Akwaba.
12-Avais-tu protégé tes manuscrits avant de les envoyer dans ces maisons d’édition? Pourquoi ? Si oui, comment ?
Non, je n’ai jamais pris cette précaution. On me l’a reproché. Je trouve tout à fait fondée la remarque dont j’entends tenir compte désormais. La procédure ne m’est pourtant pas inconnue. Déclarer son texte au Bureau Ivoirien des Droits d’Auteur à hauteur de 25 000 F, si je ne m’abuse. C’est une démarche que j’ai respecté pour la déclaration de certaines de mes œuvres musicales…

13-Tu as fait partie du nombre restreint d’écrivains qui ont participé à une œuvre collective sur Haïti ! Peux-tu nous parler de cette expérience ?
Je n’ai pas fait que participer à cette œuvre à laquelle ont  contribué, entre autres, des universitaires tels que Charles Nokan, Sery Bailly, Tanella Boni, Amoa Urbain et des écrivains comme Hyacinthe Kakou, Josette Abondio, Tiburce Koffi,  Regina Yaou, Henri N’Koumo, Arsène Ablo, Maurice Bandama ou Véronique Tadjo. Le Président Laurent Gbagbo,  humaniste qui, on l’oublie trop souvent, a donné à ce pays, à l’Afrique et à toutes les diasporas noires de la planète, une Société savante, l’Ascad, le Président Laurent Gbagbo, disais-je, a signé la préface de ce livre intitulé « Des paroles de Côte-d’Ivoire pour Haïti, notre devoir de mémoire ». Cette expérience m’a particulièrement marqué, parce qu’elle a  révélé une Côte-d’Ivoire unie, par delà ses divergences politiques et sociales, autours d’une cause commune. Des personnalités de toutes obédiences ont accepté de  faire chorus et cela a donné  une œuvre d’une très bonne qualité. Ce livre fera date.

14-On dit que les ivoiriens n’aiment plus lire. Quel est ton point de vue?
On ne peut  pas dire une telle chose du pays qui a  quand même inventé la technologie électorale et la titrologie. Vous savez, nous sommes une nation savante. Il se fait juste que nos universités sont passées de la bombe lacrymogène à la bombe tout court. C’est un progrès intellectuel que tout homme bien-pensant  saluera, tu en conviens. 

15-Où peut-on acheter tes livres ?
Dans les librairies de Côte-d’Ivoire et dans certaines en Europe ou en ligne par commande. Vous lancez une recherche à partir  de «  Josué Guébo » sur un moteur comme Google. Plusieurs occurrences s’afficheront concernant des boutiques virtuelles où mes livres sont disponibles.

16-Une dédicace est-elle prévue dans les jours à venir ?
Si Dieu le permet, je m’y prêterais volontiers.

17-Un conseil aux jeunes ivoiriens qui veulent se lancer dans l’écriture?
Les amis,  il y a de la place pour tous, ne baissez pas les bras. Même si des éditeurs ont pu rejeter  vos textes, il n’est  pas question de perdre courage ! Vous allez certainement y arriver. Si certains ont pu, il n’y a pas de raison que vous ne puissiez pas !

18-Merci pour ta disponibilité!
C’est moi qui te remercie et t’embrasse volontiers !

Interview réalisée par Yehni Djidji

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

Un commentaire sur “ENTRETIEN AVEC…JOSUE GUEBO

  1. Lire cette interview aura été pour moi, boire à une fontaine claire… Il est aussi plaisant qu’une Nouvelle… Merci

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