Fallait-il donner deux milliards à l’équipe ivoirienne de football?


18 Fév. 2015

FBL-AFR-2015-CIV

L’accueil triomphal réservé aux Éléphants grâce à la prestation héroïque du gardien de but Copa restera à jamais gravé dans les mémoires. La foule était incroyablement dense sur le parcours prévu pour le tour d’honneur des pachydermes le lundi 9 février.

Le lendemain, les grands vainqueurs de la CAN 2015 ont été reçus par le chef de l’État, Alassane Ouattara, qui les a décorés pour avoir honoré le peuple de Côte d’Ivoire. Le président de la République les a aussi et surtout généreusement récompensés. 2 milliards de francs CFA distribués aux joueurs, à l’équipe technique, à la fédération et aux supporters [un peu plus de 3 millions d’euros, NDLR].

Même les journalistes qui ont effectué le déplacement pour couvrir la Coupe d’Afrique des nations n’ont pas été épargnés par cette manne financière présidentielle.

Ce montant fait l’objet de débats enflammés et comme toujours les réseaux sociaux sont le lieu d’échanges passionnés entre les deux principaux camps qui s’opposent. D’un côté, il y a ceux qui trouvent la dépense excessive face aux gains engrangés : « Si j’ai bien compris on a dépensé trois milliards pour récolter 800 millions et récompenser à hauteur de 2 milliards nos éléphants ? », peut-on lire comme exemple d’argument du débat sur Facebook.

Et c’est sans compter les pertes relatives au jour férié octroyé aux Ivoiriens. De plus, une telle dépense spontanée de milliards est un peu écœurante pour certains quand les hôpitaux, par exemple, peinent à avoir du matériel fonctionnel ou que le système d’évacuation des eaux montre ses lacunes à chaque saison des pluies, endeuillant de nombreuses familles.

Sur la toile, ça donne ça : « On attend en juin, pendant les inondations s’ils enlèveront 3 milliards pour résoudre nos problèmes. »

Ou encore : « Le coût de la participation, ça encore, on peut l’admettre, mais à quoi rime cette récompense farfelue quand on sait les nombreuses grèves sociales ici et là, juste pour arrêter de racler sa marmite pour se nourrir et à qui on répète « y a pas l’argent ». »

D’autres par contre trouvent le geste d’Alassane Ouattara à la hauteur de l’exploit réalisé par les pachydermes. Pour eux, l’enjeu de la Coupe d’Afrique n’est pas pécuniaire. « Combien ça coûte le bonheur d’un peuple ?, interroge un internaute. Un peuple uni pour célébrer la victoire après ce qu’on a vécu ça n’a pas de prix. »

Par ailleurs, il ne faut pas selon eux se limiter à de simples calculs arithmétiques puisque certains bénéfices ne sont pas facilement quantifiables. « Les retombées indirectes qui découleront de cette victoire dépasseront en majesté les 5 milliards dépensés, peut-on lire dans un commentaire. Le respect du pays vainqueur, son rayonnement, sa localisation sur la carte du monde, sont autant de valeurs non quantifiables pour le moment. »

Pour ou contre, la promesse a déjà été faite et le pactole promis sera bel et bien distribué aux heureux bénéficiaires. Toutefois, ces milliards dépensés pour les footballeurs mettent aussi en lumière les profondes inégalités dans le traitement des sportifs ivoiriens. On se rappelle par exemple l’équipe féminine de basketball qui avait rapporté une médaille d’or des jeux de la francophonie de Nice en 2013 et qui n’a pas eu droit à autant d’honneur et de gratification.

Publié sur Wazaonline.com 

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

3 thoughts on “Fallait-il donner deux milliards à l’équipe ivoirienne de football?

  1. On restera toujours divisé sur certaines questions.
    Les choix politiques font toujours l’objet de débat. Le plus important selon moi, est que ce Président (et les futures après lui) réalise des actions avec droitures et sens de la justice, surtout dans le partage des richesses de l’Etat. Qu’il soit très bien éclairé pour agir efficacement à temps voulu.
    Maintenant en matière de goût et de couleur, que chacun reste sur sa position en respectant celle d’en face.

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