FIEVRE EBOLA : ET LA VIANDE DE BROUSSE ELEVEE EN VILLE ?


03 Avr. 2014

 ebola

Quand j’ai lu les conseils du Ministère de la Santé et de lutte contre le Sida pour réduire les risques de propagation de l’Ebola en Côte d’Ivoire, notamment ceux relatifs à la consommation de la « viande de brousse », j’ai pensé au Moaye.

Le Moaye est un espace gastronomique niché dans une broussaille dans la zone de Bingerville. La première fois que mon beau-frère nous a invités à y manger, je ne m’attendais pas à faire un voyage » aussi long avant de pouvoir me restaurer. Si nous n’étions pas en famille, avec le taux d’insécurité grandissant, j’aurais vraiment douté de la nature des intentions de mes accompagnateurs. Comment pour un simple repas, laisser derrière soi la « civilisation » pour s’enfoncer dans une savane herbeuse, couper par des pistes cahoteuses à une seule voie, rouler encore et toujours plus loin pour enfin tomber, au moment où on a perdu tout espoir, sur un petit « campement » dans un chemin en cul de sac.

Toutefois, grande a été ma surprise quand j’ai vu plusieurs voitures, et non des plus désuètes, déjà stationnées là. Air frais, grands arbres, quelques hamacs, une petite aire de jeu pour les enfants, une ferme et dans les assiettes, des animaux que l’on n’a pas l’habitude de consommer tous les jours. Voici ce qui fait le charme du Moayé et des espaces similaires.

En effet, les endroits où l’on peut déguster, les pieds dans le sable, agoutis, hérissons, pangolins, chauves-souris et autres petits animaux se multiplient aux périphéries des grandes villes. Ce qui attire les consommateurs, c’est la particularité de leur menu mais aussi leur petit air de village, leur brise fraîche, les chansonnettes que poussent parfois des jeunes artistes accompagnés par une guitare, un tam tam, des grelots.

Les citadins sont fatigués des bruits de la ville, des musiques tonitruantes, de l’air pollué. Comme ils ont aussi perdu l’habitude de se rendre au village pour plusieurs raisons, ils recherchent ces oasis gastronomiques et environnementaux pour se relaxer, s’évader. Certains y passent toute la journée en famille ou entre amis, à boire à petites gorgées des bidons de Bandji ou des bouteilles de vin accompagnées d’une pâte amer à base de gnangnan.

Donc, quand j’ai lu les conseils du Ministère de la Santé et de lutte contre le Sida pour réduire les risques de propagations de l’Ebola en Côte d’Ivoire, j’ai pensé à tous ces espaces gastronomiques qui connaîtraient de grosses pertes.

Le fait qu’ils élèvent eux-mêmes, en ville, la viande de brousse qu’ils vendent devrait-il les exclure de la liste rouge? Est-ce qu’il y a des mesures prises pour les accompagner dans ces moments qui s’annoncent difficiles ? Il est vrai qu’ils proposent des mets plus classiques comme le poulet ou le poisson à côté des « viandes de brousse » mais combien de clients voudront prendre le risque ?

De plus, des informations de toutes sortes circulent sur la fièvre Ebola. Chaque jour, les interdits augmentent. Puisque le communiqué du Ministère de la Santé ne donne pas une liste exhaustive des aliments à éviter, chacun y va de sa fantaisie, réduisant les options de ces restaurateurs à une peau de chagrin.

 

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

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