Forum de la Société Civile 2018 : l’industrialisation de l’Afrique au coeur des échanges


11 Mai. 2018

Du 07 au 09 Mai, Abidjan a abrité l’édition 2018 du Forum de la Société Civile organisé par la Banque Africaine de Développement. Plus de 200 participants se sont réunis au siège de la BAD. Le thème de cette première édition séparée des Assemblées Annuelles était « Engager la société civile pour accélérer l’industrialisation de l’Afrique ». Des blogueurs venant de la Zambie, du Congo, du Burundi, du Maroc et de la Côte d’Ivoire ont uni leurs forces pour amplifier l’écho des travaux en ligne. J’ai été ravie d’y participer via les hashtags #csoforumabidjan et #industrializeafrica

Les réflexions en plénière ou en atelier ont tourné autour des moyens de mutualiser les forces des différents acteurs (la BAD, les entreprises, les gouvernements et la société civile) pour accélérer l’industrialisation de l’Afrique. La création d’un département spécial chargé du genre, des femmes et des sociétés civiles avec à sa tête Vanessa Moungar répond d’ailleurs à la volonté de la BAD d’inclure davantage les Organisations de la Société Civile (OSC) dans sa stratégie.

Vanessa Moungar au Forum de la Société Civile
Vanessa Moungar, Directrice du département chargé du genre, des femmes et des sociétés civiles

4 déficits majeurs qui retardent l’Afrique

Célestin Monga, Economiste en Chef de la BAD, a relevé dans son intervention 4 déficits majeurs qui retardent l’Afrique. D’abord, le déficit d’estime de soi. Pour lui les Africains ne croient pas qu’ils sont les meilleurs. Ils attendent toujours quelqu’un de l’extérieur pour valider ce qu’ils font. Ensuite, le manque de curiosité intellectuelle pour ce qui est utile. Cela est visible dans nos gouvernements, chez nos dirigeants, chez nos jeunes. On a un véritable déficit de connaissance et d’apprentissage. En outre, l’Afrique a un déficit de leadership. Or c’est un facteur important pour le développement économique. La société civile peut justement aider à faire émerger de bons leaders soucieux du bien être des populations. Enfin, le quatrième déficit est la capacité à gérer les conflits. Nous n’avons pas une bonne stratégie et nos conflits prennent toujours des proportions démesurées même à l’échelle familiale.

Pour Célestin Monga, le problème de l’Afrique n’est donc pas d’ordre économique. C’est son manque de promptitude à faire ce qui doit être fait qui l’handicape. Et l’industrialisation est indéniablement une des choses que l’Afrique doit faire rapidement si elle souhaite connaître une véritable croissance économique.

Célestin Monga au Forum de la Société Civile
Célestin Monga, Economiste en chef de la Banque Africaine de Développement

Industrialiser l’Afrique pour impulser la croissance

« Au cours des 15 dernières années la part de la manufacture en Afrique n’a pas changé. Elle représente 1,5% environ de l’industrialisation mondiale » Kapil Kapoor, Directeur de la Stratégie et des politiques opérationnelles.

Pourtant le continent africain regorge de matières premières achetées à vil prix par les pays du Nord et revendues à prix d’or sur notre sol une fois manufacturées. Accélérer l’industrialisation de l’Afrique doit donc être une priorité. Or, l’industrialisation a ses conditions, comme le disait Pierre Guislain Vice Président du secteur privé, des infrastructures et de l’industrialisation. Vous ne pouvez-pas industrialiser un pays s’il n’y a pas d’électricité, pas d’énergie.

D’un autre côté, il faut penser également aux débouchés du fruit de cette industrialisation. Nos marchés sont petits, mis à part le Nigéria. Il est donc important d’améliorer les échanges commerciaux internes et d’être les premiers consommateurs de nos produits. Il ne faut pas non plus oublier l’éducation car une main d’œuvre qualifiée pour travailler dans les industries qui seront mises en place sera nécessaire.

Kapil Kapoor au Forum de la Société Civile
Kapil Kapoor, Directeur de la Stratégie et des politiques opérationnelles

L’industrialisation, une solution au chômage

Pour Mamadou Cissokho, Président d’honneur du ROPPA, nous devons suivre notre propre modèle d’industrialisation. Au lieu de robotiser nos industries, on doit en profiter pour créer des emplois pour les jeunes. Il faut implanter des usines dans les localités qui produisent les matières premières pour favoriser le développement local. Un avis partagé en plusieurs points par Fatma Ben Rejeb, CEO de la PAFO

« L’important quand on parle d’industrialisation de l’Afrique, c’est de stimuler des industries de proximité: promouvoir le marché intérieur et répondre aux besoins des populations. »

Mamadou Cissokho au Forum de la Société Civile
Mamadou Cissokho Président d’honneur du ROPPA

Collaborer pour mieux atteindre les objectifs

Après les 3 jours de travaux du Forum de la Société Civile, on comprend très vite que les 5 priorités de la Banque Africaine de Développement sont étroitement liées. Eclairer et fournir de l’énergie à l’Afrique, nourrir l’Afrique, industrialiser l’Afrique, intégrer l’Afrique et améliorer la qualité de vie des Africains sont les maillons d’une même chaîne de croissance inclusive.

Ainsi, pour relever ces 5 défis, il faut impérativement une collaboration des différents acteurs dans la parfaite connaissance du rôle dévolu à chacun. Plusieurs propositions ont été faites sur le sujet.

Les gouvernements doivent penser à long terme et arrêter de remettre en question les stratégies des prédécesseurs à chaque nouvelle prise de pouvoir. Ils doivent faire preuve de plus de transparence dans la gestion du bien public et tenir réellement compte des zones rurales ainsi que de la variable genre dans leurs politiques de développement.  Ils doivent penser industrialisation mais tout en étant respectueux de l’environnement. Se défaire des textes coloniaux défavorables est aussi une condition sine qua none pour être véritablement maîtres de leurs décisions.

La BAD doit s’assurer que les fonds qu’elle alloue aux banques commerciales sont véritablement injectés dans des PME et PMI. La BAD doit faciliter des rencontres par pays avant le forum annuel de la Société Civile pour des discussions encore plus riches ou créer un cadre virtuel permettant à toutes les OSC africaines de s’exprimer. Elle doit s’impliquer dans la mise à disposition de plus de contenus (rapports, accords cadre) en langue locale pour toucher plus de personnes.

Le secteur privé doit assurer une bonne gestion des fonds reçus. Au delà du profit les entreprises doivent tenir compte de l’impact social de leurs projets et penser préservation de l’environnement.

Quel rôle pour la société civile ?

Les OSC ne doivent pas seulement évaluer les politiques des Etats. Elles doivent être impliquées en amont, depuis l’élaboration de ces politiques. Elles doivent conserver leur intégrité et leur crédibilité en gardant jalousement leur neutralité politique. Le rôle de la société civile peut être de faire pression pour que l’argent emprunté par les Etats puisse servir à créer des infrastructures durables qui seront utiles aux générations futures. Elles doivent être des lanceuses d’alerte en cas de mauvais usage des fonds.

Le Forum de la Société Civile a été également l’occasion de présenter le comité BAD-OSC, un organe qui portera la voix des OSC auprès de la BAD et participera désormais à l’organisation des prochains Forum de la Société Civile.

Quelques membres du Comité BAD OSC
Quelques membres du Comité BAD OSC

Crédit Photo: Banque Africaine de développement

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

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