dialogue avec la société civile sur le genre, les données et le développement durable africain


28 Nov. 2017

Le 23 et le 24 Novembre 2017 la Banque Africaine de Développement a été le siège d’un dialogue avec la société civile sur le genre, les données et le développement durable africain. Pendant ces deux jours, plusieurs organisations de la société civile, venant de Côte d’Ivoire, du Kenya, du Sénégal, du Burkina Faso, du Mali, du Cameroun et de l’Egypte pour ne citer que ces pays ont échangé sur l’utilisation de données statistiques pour une meilleure prise en compte des besoins des femmes. L’évènement a été organisé en partenariat avec la World Wide Web Foundation.

Les données statistiques, un outil capital pour le changement

Depuis plusieurs années, les données statistiques, datas, sont à l’honneur dans les colloques, conférences et ateliers. On prend de plus en plus conscience de leur importance dans la prise de décision et la conduite efficace d’un changement durable. Les participants ont pu se pencher sur des questions liées aux datas en rapport avec le genre.

Pourquoi il n’y a pas suffisamment de données statistiques sur le genre? Comment s’assurer la fiabilité du peu de données disponibles? Comment les organisations de la société civiles peuvent prendre une part active dans le processus de collecte et de diffusion des données?

Il ressort des échanges que le genre n’est toujours pas une priorité pour beaucoup de gouvernements, malgré ce qu’ils veulent faire croire à l’opinion publique. Il y a un véritable manque de volonté politique pour soutenir la recherche et le changement en ce qui concerne les droits et besoins des femmes. En outre, la mauvaise coordination entre les acteurs qui collectent les chiffres entraîne une grande disparité dans les résultats obtenus. Par exemple, le ministère de la femme peut avoir des chiffres différents sur l’emploi des femmes, que le ministère de l’emploi, qui lui-même aura des statistiques différentes de celles d’une ONG militant pour l’insertion professionnelle des femmes.

Le manque de fonds a aussi été évoqué. En effet, conduire des études à grande échelle nécessite de gros moyens que les Etats bien souvent ne sont pas prêts à investir et surtout pas régulièrement. Ainsi, quand bien même on retrouve des données statistiques dans un domaine, ces données ne sont généralement pas d’actualité. Ceux qui souhaitent conduire des études sont donc obligés de les réaliser à petites échelles. Le corollaire est que les résultats ne sont pas pris au sérieux par les instances dirigeantes qui estiment que les échantillons étudiés ne sont pas assez représentatifs pour mener une action quelconque.

Enfin, on a mentionné les compétences techniques limitées en matière de collecte de données statistiques dans beaucoup de pays. Ne conduit pas une recherche de ce genre qui veut, mais qui a la formation nécessaire et l’expérience requise pour non seulement collecter de façon efficace mais analyser et interpréter.

Il faut aussi noter qu’un véritable problème de fiabilité se pose quand aux résultats des recherches publiés par les Etats. Pour y remédier il faut de la compétence et des processus aux normes internationales. Les organismes comme la BAD pourraient exiger des pays que les bilans qu’ils doivent produire chaque année prennent en compte la variable genre par exemple.

Le droit numérique des femmes

Le deuxième jour a été consacré à des discussions en petits groupes. J’ai participé aux échanges sur les droits numériques des femmes. Nous avons identifié quelques raisons pour lesquelles les femmes ne sont pas suffisamment connectées. Les défis cités entre autres, sont l’insuffisance des espaces d’accueil pour les femmes (cybercafés, bibliothèques connectées) ou leur emplacement dans des lieux que les femmes ne peuvent pas fréquenter. Il y a aussi l’insuffisance de contenus qui intéressent les femmes sur internet, ainsi que leur indisponibilité en langue locale, élément clé pour une meilleure pénétration d’internet dans les mœurs des populations en zone rurale. Le coût élevé de la connexion a aussi été mentionné. Les prix sont encore trop élevés. On ne peut pas demander à des gens qui gagnent 1000 F CFA par jour de débourser 12 000 F CFA le mois pour quelques gigas de données. L’absence d’espace juridique dans certains pays pour réguler l’utilisation d’internet démotive aussi les femmes qui bien souvent sont victimes de maltraitance et de harcèlement ligne. Et finalement, on peut citer le manque de volonté de politique.

La conversation continue sur les moyens d’obtenir des données statistiques fiables sur le genre et les utiliser pour répondre aux problématiques féminines. Cet atelier n’est que le début d’une longue série de concertations. Suivez #genderdata sur twitter.

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


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