Houphouët Boigny 22ans déjà : quel souvenir?


07 Déc. 2015

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Ce lundi 7 Décembre 2015, cela fait 22 ans que Félix Houphouët Boigny est mort. J’avais 5 ans lorsque le premier Président de la Côte d’Ivoire a passé l’arme à gauche. C’est peu de dire que je n’ai aucun souvenir de ses mandats successifs. J’ai donc pour repère les réminiscences des autres.

Dites du mal de Nanan Boigny devant ma grand-mère maternelle et attendez-vous à une réponse virulente. Pour elle, le père de la nation était un homme irréprochable. Ses succès effaçaient et rendaient pardonnables toutes ses erreurs. D’ailleurs a-t-il commis une seule erreur à ses yeux, à part celle de mourir trop tôt ? C’est qu’elle a connu la colonisation ma grand-mère. Elle se rappelle encore de comment tôt le matin sa mère et elle fuyaient le village avec d’autres pour ne pas avoir à subir les corvées des blancs. Elle se rappelle des longues heures à pagayer et à marcher dans la brousse. Elle a toujours en mémoire comment les « gardes flôkô », ces noirs qui avaient prêté leur bras pour battre leurs frères qui rechignaient à la tâche, maniaient le fouet sans la moindre once de pitié. Boigny pour elle est donc le libérateur. Celui qui a redonné à l’ivoirien sa dignité bafouée. Ceux qui disent du mal de lui ne sont que des ignorants. Des gens qui sont nés libres et qui croient que cette liberté est une évidence. Elle pense qu’une marche de protestation organisée quelques années avant sa mort, où des enfants en tenue scolaire ont scandé « Houphouët voleur », n’a pas été étrangère à sa mort. Le chagrin.

Pour la génération de mes parents, le nom Félix Houphouët Boigny évoque la nostalgie de l’abondance. « Quand doux était doux » aiment-ils à dire. Quand les étudiants avaient des bourses colossales, quand il y avait des terrains en-veux-tu en voilà, à bas prix, où un ingénieur avait un salaire plus que convenable et pouvait sans craindre avoir un crédit pour sa maison. C’était l’époque où le problème de l’emploi ne se posait pas. Ils voient clairement les insuffisances du « vieux » qui n’a pas su préparer sa succession et qui a planté pendant son mandat les germes des souffrances que nous subissons aujourd’hui. Cependant, dans la balance, les bénéfices pèsent bien plus que les aspects négatifs. Sous Houphouët Boigny jamais la Côte d’ivoire n’aurait connu guerres et tribulations.

Pour mes aînés, Félix Houphouët Boigny est synonyme d’un manque de liberté d’expression, de l’oppression d’un parti unique et d’une pensée unique. Des combattants comme Laurent Gbagbo par exemple ont permis de se défaire de ce joug pesant. Pour eux, le père fondateur a fait des choix exécrables en matière de contrats de partenariats internationaux. L’indépendance qu’il a acquise pour nous ne l’était que de nom. Il a hypothéqué l’avenir des ivoiriens dans des accords qui ne sont pas à notre avantage. Il a participé à la déstabilisation de nations voisines en prêtant le territoire ivoirien comme base arrière à des rebelles. C’est le créateur de faux complots visant à emprisonner ses adversaires. Houphouët Boigny c’est la révolte des Guébié violemment matée.

Pour moi et ceux de ma génération, il est donc bien difficile de se faire une idée juste de l’homme d’Etat et de l’homme tout court. Documentaires, documents historiques, témoignages et autres sont toujours entachés d’une coloration particulière en fonction de l’origine même de ceux qui racontent Houphouët Boigny. Le père de la nation est donc réduit à des traits de sagesse comme « la paix, ce n’est pas un mot c’est un comportement » ou « le vrai bonheur, on ne l’apprécie que lorsqu’on l’a perdu ». Il est le nom d’un aéroport, d’un stade, d’une université, d’un pont. Il est l’époux de Thérèse, la femme dont la beauté et l’élégance traversent les âges.

Je me demande qui il sera pour mon fils.

Qui il est pour vous.

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

Un commentaire sur “Houphouët Boigny 22ans déjà : quel souvenir?

  1. Pour moi qui suis aussi jeune adulte, FHB est le Père de la Nation parce qu’on nous l’a appris à l’école, le chef du parti unique de l’époque, l’homme de paix mais aussi le dur politicien qui ne laissait aucune place à ses adversaires. Je crois surtout qu’il est le président qu’aucun successeur n’a réussi à éclipser et ce ne sont pas seulement les édifices qui portent son nom qui l’attestent. Il est vrai qu’il n’a pas su préparer sa succession, mais le voulait-il vraiment? Mais ce qui est fondamental c’est qu’il a eu une vision du développement de notre pays qu’aucun président n’a eu y compris le président actuel. Il a fait preuve d’intelligence dans des moments difficiles, voire de compromission, mais il a mis notre pays à un certain niveau dans le concert des nations. Je trouve lamentable que l’on se réclame de sa pensée au lieu de chercher à démontrer que les candidats au Palais du Plateau en ont une. Tout continue 22 ans après sa mort à tourner autour de lui. En vérité qu’est-ce le FPI devenu de façon éphémère LMP si ce n’est une construction anti-FHB? Et bien plus encore le RHDP, si ce n’est une revendication d’un héritage FHB?

    Pour moi FHB reste une idée, celle qu’on peut faire ‘un petit territoire, un pays, puis une nation qui compte avec juste du cerveau et un peu d’huile de coude. Pour l’instant je n’ai vu aucun politicien ivoirien faire cela.

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