Immigration clandestine : à la recherche de l’eldorado


14 Nov. 2017

Qu’est-ce qui pourrait vous pousser à prendre la mer dans la nuit profonde, sur une petite embarcation clandestine peu étanche, et instable. Agglutiné avec plusieurs autres personnes comme des sardines dans leur boite pour rejoindre les côtés européennes ? Rien? Pourtant, nombreux sont nos frères et sœurs qui se lancent dans ce périple à l’issue incertaine.

L’immigration clandestine a été au cœur des discussions lors de l’apéro organisé hier par la fondation Friedrich Naumann pour la liberté. J’aimerais revenir ici sur quelques points abordés pendant la séance ou en « off » avec quelques participants.

La pauvreté, une raison pour partir.

Certains évoquent la pauvreté comme raison pour prendre le large. Pourtant, la traversée aussi clandestine soit elle a un coût. Elle est loin d’être gratuite. Peut-on valablement dire que quelqu’un qui réunit 3 millions de francs CFA pour voyager clandestinement est pauvre ? Même si nous prenons le cas de ceux qui obtiennent cette somme après une levée de fonds de la famille entière,  cet argent réuni par l’effort collectif aurait pu servir à autre chose. Monter une entreprise ou un commerce bénéfique à tous sans mettre la vie de quiconque en danger par exemple. En plus cet argent ne garantie aucunement la réussite du voyage.

Dans le documentaire « traversée clandestine » diffusé, non content de facturer 1000 euros par passager, les passeurs les ont dépouillés du peu d’argent qui leur restait sous la menace. Ce sont les clandestins qui ont eux-mêmes dû achever la construction du bateau qui devait les transporter jusqu’en Espagne. Ce sont eux, qui ont dû fournir l’argent pour acheter un moteur neuf pour l’embarcation. C’est finalement un vieux moteur que les passeurs ont apporté, sans que personne ne puisse se plaindre. Au moment d’embarquer, les passeurs ont refusé de monter dans le bateau parce qu’ils risquent une peine de 12 ans de prison si ils sont pris. C’est séance tenante qu’ils ont montré aux clandestins comment naviguer avec une boussole. C’est quand même aberrant !

Les demandes de rançons, un cercle vicieux.

Bienheureux même celui qui arrive vivant jusqu’au lieu de la traversée. Avant d’atteindre les côtes marocaines, le chemin n’est pas de tout repos. Tombez sur les mauvaises personnes dans la « jungle libyenne » et vous connaîtrez l’enfer avant l’heure. Les témoignages sont terrifiants. Des candidats à l’immigration clandestine jetés dans des prisons insalubres, battus tous les jours, forcés à appeler leurs parents pour paiement d’une rançon pour qu’ils soient libérés.  En effet, comme toujours, il y a toute une industrie qui se fait de l’argent sur le désespoir des autres.

Les difficultés d’obtention de Visa

Les difficultés pour avoir le visa poussent certains à choisir la voie de l’eau. C’est vrai, tout le monde ne se voit pas octroyé ce précieux sésame. Mais même en étant ici, on peut créer de la valeur à sa vie au point où ce sont ces pays mêmes qui nous chercheront pour avoir le visa. Cela ne vaut vraiment pas la peine de mettre sa vie en danger.

Les réseaux sociaux, un attrape-nigaud.

Sur les réseaux sociaux chacun essaie de se montrer sous son meilleur jour, même celui qui vit pourtant dans la misère. Malheureusement cela suscite beaucoup d’envie et pousse les jeunes à vouloir mener une vie au dessus de leurs moyens, plutôt que de créer en eux une prise de conscience pour atteindre leurs objectifs de manière légale. La vie en occident semble facile avec ses nombreuses allocations financières, ses nombreuses opportunités d’emplois bien rémunérés. Seulement la réalité est toute autre. Là-bas comme ici, il faut se battre pour réussir et survivre. Et si les salaires peuvent sembler intéressants comparés à ceux d’ici, il faut savoir que la vie y est aussi beaucoup plus cher et qu’on dépense donc autant.  Et encore faudrait-il trouver du travail. En clair, nos pays ne font plus rêver la jeunesse qui commence à prêter l’oreille au chant chimérique des sirènes .

Que fait la Côte d’Ivoire ?

Aujourd’hui, à travers sa direction des ivoiriens de l’étranger ainsi que l’action concertée de plusieurs Ministères, la Côte d’Ivoire essaie de faire revenir ses ressortissants en difficultés en Lybie. Il faut noter qu’il est difficile d’identifier vraiment qui est ivoirien et qui ne l’est pas. En effet, ceux qui décident de se lancer dans cette traversée périlleuse détruisent la plupart du temps leurs pièces d’identité ou circulent avec de faux papiers. Tant que les Etats africains n’auront pas de bases de données biométriques de leurs ressortissants permettant des recherches rapides, il sera difficile d’identifier les migrants.

Aussi, il faut savoir que ces rescapés des prisons libyennes n’ont plus aucune économie. Il faut donc prévoir une réinsertion professionnelle. Mieux, il faut aussi prévoir une réintégration dans le tissu social, car ils portent souvent les espoirs de toute une famille. Leur retour est synonyme d’échec et de rejet.

Il est donc important de sensibiliser en amont, pour que plus aucun de nos frères, plus aucune de nos sœurs, ne se lance dans ce projet fou de rejoindre l’Europe clandestinement. Voyager c’est bien, mais partir dans la dignité et la légalité c’est encore mieux.

 

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


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