Interdiction des sachets plastiques: les ivoiriens sont-ils prêts?


01 Déc. 2014

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Depuis Mai 2013, un Décret portant interdiction de la production, de l’importation, de la commercialisation, de la détention et de l’utilisation des sachets plastiques a été publié en Côte d’Ivoire. La mesure qui devait entrer en vigueur six mois plus tard, avait connu une prorogation compte tenu de la difficulté d’adhérer à une telle décision tant pour les fabricants de sachets plastiques que pour les usagers.

En effet, il y a certains achats que l’on imagine mal sans sachet plastique. Que vont devenir les vendeuses de bouillie et de galettes ? Les commerçants d’eau en sachet ? Comment emporter à la maison plusieurs plats d’alloco, s’il n’y a pas de sachet… Que de questions futiles et pourtant existentielles pour le citoyen lambda, plus sensible à son confort immédiat qu’à une hypothétique aisance qui doit survenir une centaine d’années plus tard parce qu’il aura arrêté d’utiliser des sachets plastiques…

Depuis l’annonce du décret, plusieurs commerces ont adapté leurs emballages. Des boulangeries et des pharmacies par exemple privilégient de plus en plus des emballages papier où on peut lire les inscriptions « Produit naturel, 100% recyclable, 100% biodégradables ». Certains supermarchés ont tenté d’imprimer dans les habitudes de leur clientèle l’usage des emballages écologiques, lavables et réutilisables à souhait. Une caisse rapide était réservée spécialement aux clients soucieux d’épouser le changement. Caisse rapide, car peu fréquentée en vérité. La majorité préférait faire la queue. En réalité, plusieurs éléments militent contre l’acceptation de cette réforme des supermarchés. D’abord, les sacs écologiques sont vendus à 500 F CFA ou 1000 F CFA contrairement aux anciens qui étaient remis gratuitement aux clients. Ensuite, les courses au supermarché n’étant pas toujours programmées, la clientèle refuse d’acheter plusieurs fois un sac qu’elle a déjà à la maison.

 « J’ai plusieurs sac bio chez moi mais je les oublie à chaque fois. On ne planifie pas toujours les courses au supermarché. On ne va pas non plus se promener partout avec ces sacs. » disait une internaute.

Les ivoiriens sont-ils vraiment prêts pour une vie sans sachets plastiques ? Est-ce le moment de faire de telles réformes quand le gouvernement s’attèle à créer au moins un million d’emplois avant l’échéance de 2015 à travers plusieurs  de l’Etat ?

« L’application de cette mesure va coûter au bas mots 100.000 emplois directs dans le secteur des entreprises de la sacherie, » déclarait dans la presse M. Djihi Michel, membre du Collectif des travailleurs du secteur plastique. Côté diminution du chômage, c’est donc le serpent qui se mord la queue.

Comme nous sommes dans le pays où les gens continuent de fumer dans les lieux publics malgré l’interdiction, où les mendiants et les vendeurs ambulants continuent leur besogne sur le boulevard bien que cela soit proscrit, d’aucun pensait que les sachets plastiques aussi, profiteraient des failles du système.

Mais après la sensibilisation, place à la répression.  Des contrôles sur le terrain sont effectués par l’Agence National de Salubrité Urbaine (ANASUR). « Neuf personnes arrêtées et déférées au parquet pour avoir utilisées des sachets plastiques » titrent les journaux. En prison pour des sachets ! Presque aussi comique que le cas de Bernard Guéi, condamné à cinq ans de prison ferme par le tribunal de Guiglo pour avoir mangé un rat attrapé par son propre piège. Ebola oblige, on ne joue pas avec la viande de brousse. Avec l’environnement aussi, on ne joue plus. 15 à 20 ans de prison et une amende de 100 mille à 100 millions fcfa sont désormais encourus par les personnes qui ne respectent pas le décret N°2013-327 du 22 Mai 2013. En réalité, pour l’instant, les juges se montrent cléments en donnant des amendes raisonnables et quelques mois de réflexion entre quatre murs aux contrevenants. Mais jusqu’à quand ?

La guerre des sachets plastiques aura-t-elle lieu ? Tandis que les syndicats exerçant dans le secteur de la sacherie envisagent des manifestations dans les jours à venir, les supermarchés durcissent le ton.? Sacs écologiques ou rien à la caisse. Les sachets bios dégradables, tolérés, seraient en pénurie, comme par hasard. Contradiction notable cependant, les fruits en vrac et la charcuterie, continuent d’être servis dans les grandes surfaces commerciales, bien emballés dans de bon vieux sachets plastiques transparents et polluants.

 publié sur Wazaonline.com

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


Un commentaire sur “Interdiction des sachets plastiques: les ivoiriens sont-ils prêts?

  1. C’est cela le vrai problème de nos états , de la politique africaine on ne pense jamais à préparer « l’après » des decisins qui sont prises. On prend des tonnes de décisions et on se dit ‘on verra ce que ça donne. » pourquoi ne pas avoir , avant d’imposer cette mesure » mis en place un circuit serieux de confection de sacs en papier. biodégradable pour proposer un debut d’alternative aux petites vendeuses par exemple?
    A la tête de nos états , des docteurs ,professeurs ..A croire que avoir fait des « siècles » d’études ne rime pas forcément avec avoir un minimum de logique et de pragmatisme.
    Pauvre peuple africain.

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