J’ai lu: rattrapé par mon enfance de Vance Abissa


Rattrapé par mon enfance

18 Jan. 2017



Fernand William Ayé est un jeune homme brillant à la tête de sa propre entreprise, un hypermarché de 3 étages avec un bar et un restaurant inclus. Son comportement exécrable envers ses employés installe rapidement une atmosphère délétère dans l’entreprise. Petit à petit, ces derniers perdent leur passion pour le travail, fournissent très peu d’efforts et finissent par rendre le tablier. L’entreprise voit son chiffre d’affaires dégringoler. Finalement, elle met la clé sous le paillasson.

Une enfance difficile

 

On aura tôt fait de juger négativement William Ayé qui est le portrait parfait du patron que personne n’a envie d’avoir. Pourtant, les humiliations et les injures qu’il fait subir à ses employés, ne sont que le résultat d’une enfance particulièrement difficile. Des corrections injustifiées et des bastonnades mémorables infligées par son géniteur ont été son lot quotidien.

« Il élevait son fils à coups de fouet, comme un dresseur de bêtes sauvages. » p28

« Pour parfaire sa punition, le père colérique ordonna à sa femme d’écraser du piment rouge qu’il étala sur tout le corps frêle de l’enfant, en insistant sur ses blessures ouvertes ». p 30

Malgré la ribambelle de sœurs et de parents qui logeaient en permanence chez eux, William Ayé a grandi seul. L’amour de son père, véritable tyran, qui imposait son point de vue et ne laissait aucune place au dialogue, lui a manqué. Plus encore, lui a manqué l’affection de sa mère morte en couches. En dépit de toutes ces difficultés, William Ayé réussit au prix de mille sacrifices à braver les obstacles que la vie lui met sur son chemin. Seulement, il s’en sort avec des séquelles indélébiles qui affectent ses relations avec les autres. Communiquer n’est pas son fort. Ce n’est pas son épouse, de laquelle il n’accepte aucune critique négative, qui dira le contraire.

Une structure inattendue

 

« Rattrapé par mon enfance » a deux parties majeures. D’abord l’histoire romancée, qu’on devine à la lisière de la fiction et de la réalité, quand on a pris la peine de lire la biographie de l’auteur. Ensuite, une analyse du comportement de Willy qui nous rappelle les études de cas  faites à l’école. C’est une façon de faire qui peut surprendre, car inhabituelle. Mais elle n’est pas forcément déplaisante. Toutefois, on a un sentiment d’inachevé en lisant l’œuvre. La quatrième de couverture en dit un peu trop sur le contenu. Alors en lisant on espère beaucoup plus de la première partie.  La seconde partie, une fois découverte, aurait aussi pu être beaucoup plus étoffée. J’aurais aimé savoir comment on aide les gens comme Fernand à guérir de leur blessure. En effet il est bon d’inciter les gens à ne pas maltraiter les enfants. Il est aussi intéressant d’encourager chacun à comprendre les victimes et à être patient avec elles. Mais la problématique de la guérison demeure. Sont-ils irrémédiablement cassés ? Sont-ils condamnés à entretenir des relations exécrables avec leur entourage ? En outre, l’auteur aurait pu aller au delà de l’analyse du comportement de Fernand William Ayé en décortiquant l’attitude du père Bernard Ayé, de son épouse amorphe et complice. Il aurait pu parler aussi du comportement des employés ou de celui de l’épouse de William.

Rattrapé par mon enfance

Un parcours inspirant

 

Une chose est indéniable, le parcours de Fernand William Ayé est impressionnant. Sa détermination à enfoncer les portes fermées, son endurance, sa persévérance sont inspirants. J’ai un coup de cœur particulier pour la façon dont il a obtenu son stage.  Ne jamais accepter  « non » comme réponse. Le parcours scolaire de William Ayé, et son entrée dans le monde professionnel, devraient servir d’exemple à la jeunesse.

Un appel au changement

 

Après lecture, on retient que l’ouvrage a été écrit d’une part pour inciter à mettre fin à la maltraitance et à la traite des enfants. En effet, en dehors des séquelles émotionnelles, certains enfants maltraités préfèrent fuir la maison et se retrouver dans la rue où ils sombrent dans la délinquance. D’autre part l’auteur souhaite nous enseigner sur les bienfaits de la pensée nuancée, qui consiste à manifester de l’empathie, nous mettre à la place des autres pour mieux les comprendre. Il y a toujours une raison derrière une attitude.

Le prix du livre est un argument commercial de taille : 1350 F CFA pour 80 pages environ. Procurez-vous le vôtre et discutons-en.

 

 

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

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