Jeunesse sacrifiée vs jeunesse scarifiée


10 Mar. 2016

J’ai vu sur les réseaux sociaux les photos de ces trois bambins attablés devant des bouteilles d’alcool, posant avec le sourire pour la caméra dans une attitude on ne peut plus normale. Jusqu’à présent je tente de me convaincre que ce ne sont que des opportunistes qui sont venus s’incruster sur une table vide préalablement occupée par des adultes pour prendre la pose et donner l’impression à leurs amis qu’ils sont dans l’air du temps.

Que mon hypothèse soit vraie ou pas, cela donne quand même matière à réfléchir sur la signification des termes « être cool » ou « être branché » de nos jours.

La drogue, l’alcool, le sexe, l’argent facile sont devenus l’activité principale de cette jeunesse et l’école l’activité secondaire. La violence devient monnaie courante avec les microbes qui gagnent de plus en plus de terrain.

Je regarde cette jeunesse désœuvrée et je me demande à qui profite le crime. 15 ans en arrière c’était impensable de voir les dérives auxquelles on assiste aujourd’hui impuissant. On a laissé faire, on a laissé passer et force est de constater qu’on est débordé. La guerre a eu bon dos. On l’a prise comme prétexte pour déstresser avec le coupé décalé sans savoir ou en faisant semblant de ne pas comprendre que la cybercriminalité (et désormais la criminalité tout court) allait s’y greffer pour longtemps. On l’a utilisée pour instrumentaliser les jeunes, les recrutant et les pervertissant de plus en plus tôt afin de pouvoir mieux les manipuler. On est passé de la génération sacrifiée à la génération scarifiée, celle qui porte les stigmates des erreurs, de la négligence, des honteuses ambitions politiques des générations précédentes et qui ne semble pas possédée en elle une volonté suffisante pour se régénérer.

Aujourd’hui les réseaux sociaux sont incontestablement un miroir qui nous renvoie clairement le faciès hideux de notre jeunesse. Elle est là, livrant son corps en pâture en tenue indécente, l’injure et la vulgarité au bout des doigts, les fautes aussi d’ailleurs. Des filles à peine sortie de la puberté, qui recherchent des « secrets » pour attirer un homme, le garder, le rendre fou. Juste ciel ! Des adolescents qui n’ont même pas trois poils au menton, s’alliant à des puissances occultes pour obtenir de l’argent qu’ils seront heureux de lancer en boîte de nuit pendant que les DJ scanderont leur nom en rythme.

Voilà ceux qui prendront les rennes de notre pays demain. L’émergence peut-elle survenir sans des hommes qualifiés et de qualité ? Si oui elle sera factice et condamné à une mort programmée. Elle ne saurait être pérenne. Jamais.

Est-il encore temps de renverser la vapeur? J’avoue ne pas savoir. Ce que je sais avec certitude cependant, c’est que tant que la télévision continuera de prôner des faux modèles et d’offrir ses plateaux à des personnes porteuses de contre-valeurs, tant que la radio servira à distiller la vulgarité à forte dose, tant que les journaux se feront les griots de la dépravation, tant que les parents garderont les bras croisés sous prétexte qu’il n’y a plus rien à faire, tant que l’école ne retrouvera pas sa poigne d’antan, nous continuerons de nous enfoncer.

Car l’école non plus n’est plus ce qu’elle était. Dans certains établissements le professeur n’est qu’un épouvantail qui en plus ne fait même pas peur. Interdit de taper l’élève. Interdit de le mettre à genoux. Interdit de lui donner 0. Interdit de le mettre dehors s’il perturbe les cours. Tout ce qu’on peut faire c’est de lui demander de recopier X fois qu’il se taira en classe. Et s’il ne recopie pas, tant pis. Les parents convoqués ne viendront pas, trop occupés ou fatigués tout simplement.

Il faut une véritable synergie des efforts à tous les niveaux de la chaîne pour espérer sauver les meubles. Ne pas se contenter de donner à la masse ce qu’elle aime mais ce qui est bon pour elle.

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

14 thoughts on “Jeunesse sacrifiée vs jeunesse scarifiée

  1. « Ne pas se contenter de donner à la masse ce qu’elle aime mais ce qui est bon pour elle. »

    Les médias ne jouent plus leur rôle ? Au fond, leur a t-on vraiment donné un rôle ? A-t-on donné des limites ou orienté les médias ?

    L’émergence devrait d’abord commencer par là. Créer centres commerciaux sur centre commerciaux sans dire aux jeunes qu’il faut gagner son pain de manière honnête c’est comme conserver un plat frais dans un réfrigérateur en panne. A quoi s’attend-on ?

  2. Dumont disait « L’Afrique noire est mal partie », moi je dis « la jeunesse est mal partie ». Ces dernières années ont contribué à créer un modèle de réussite sans effort, et tous les enfants semblent s’y identifier. Jeunesse réveille-toi ! Il y a urgence…

    1. Le pire c’est que tout le monde ne perçoit pas cette urgence! On se dit qu’ils sont jeunes. En grandissant, ils vont s’assagir comme leur aînés. Or,rien n’est moins sûr!

  3. Je pense que les médias et plus précisement le ministère de la communication ont une part importante dans ce fléau que nous constatons aujourd’hui. On a laissé escalader la vulgarité à force de surenchère d’obscénités. Aujourd’hui on entend sur les ondes radio Kiff No Beat chanter « y’a les kpôclés de 200, … » répété en choeur par nos jeunes filles de 10 ans et aucune censure ne se manifeste. Il est bien loin le temps où Georges Aboké interdisait l’accès aux plateau télé aux artistes du mapouka …

    1. Moi je suis toujours surprise d’entendre qu’on a censuré tel ou tel programme alors que comme tu le dis il y a des choses ahurissantes sur nos antennes. On dira que nos enfants on le câble s’ils veulent. Ils peuvent avoir au contenu qu’on va leur interdire. Mais au moins notre télévision nationale, étatique, aura joué son rôle.

      1. si tu regardes bien ce qui pourrit le plus la jeunesse est promu par les médias locaux et continentaux. Le coupé-décalé ou les chansons obscènes passent à la radio, à la télé ivoirienne ou sur trace Africa (un autre fléau). Pour ce qui est de Facebook, certains parents arrivent à garder le contrôle, mais les enfants baignent dans un environnement tellement pourri que c’en est difficile de les canaliser. Il est donc nécessaire comme tu dis d’avoir une réponse globale, allant du ministère de l’éducation nationale à celui de la communication, et que les parents reprennent les rennes l’éducation de leurs enfants.

  4. Hello Yehni,
    Il est amer de faire ce constat mais la plus grande tristesse est de savoir que les premiers responsables sont les parents. Et oui une éducation empreinte de sagesse est garant d’un choix de vie convenable car en effet l’enfant est d’abord le reflet de ses parents avant d’être impacté par la société environnant. Voilà le premier pas à faire quant à vous leader d’opinion et modèles pour certains jeunes qui vous suivent il vous faut en parler partout et transformer les réseaux sociaux en moyen d’éducation comme cela le devrait, ne dit on pas réseaux sociaux??

    1. Certains parents font carrément pitié. Aucune autorité sur leur progéniture. Ils sont carrément impuissants. Après avoir parlé à l’enfant sans succès, l’avoir puni en vain, l’avoir frappé, ils finissent par détourner le regard et se laver les mains. Concernant les réseaux sociaux ils sont vraiment un bon moyen d’éducation mais là encore, partage un contenu instructif et tu auras quelques réactions à peine, diffuse de la nudité, du sexe, de la violence et tu es sûr de faire le Buzz. Mais on va persévérer. On doit ça aux générations futures.

  5. D’accord et pas d’accord. La faute revient encore et toujours aux parents j’en suis convaincue.
    De même, je suis fière que cette jeunesse qui sous l’influence de l’internet questionne le monde dans lequel elle vit et évolue. Il y a toujours eu un cote pile et un cote face. Malheureusement, cette jeunesse perdue et abandonnée sera le boulet de l’envers du décor.

  6. Est ce que les adultes que nous sommes sont ils eux même des exemples? Nous aussi couront après le roi argent, il suffit d’arpenter nos pour voir l’incivilité se propager, c’est la peaux de banane ou de l’orange qu’on jette dans la rue, c’est le stop ou le feu qu’on brûle parce que trop pressé, c’est la file d’attente qu’on dépasse parce qu’on est « quelqu’un  » etc.
    Pourtant il suffit juste d’un minuscule effort de chacun d’entre nous pour que la situation s’améliore.
    L’état il est vrai est fautif sur divers points, mais n’est il pas la somme de nos fautes? Ne sommes nous pas nous citoyens l’état ?

  7. Hello,

    Comme celui de ton article, j’ai vu sur un réseau social (fb pour ne pas le citer) des photos d’un petit cousin à moi que j’ai d’abord trouvées effarantes, puis avec le recul, désolantes (alors qu’il est nettement plus agé que ceux vus sur cette photo).

    Un des commentateurs souligne assez bien le contexte général d’incivilité qui a cours en Côte d’Ivoire. Ne nous trompons pas il s’agit bien d’un des nombreux legs de l’instabilité chronique qu’a connu ce pays pendant 15 ans. Cela ne s’efface ni d’un revers de la main, ni d’un vœu aussi pieux soit-il.

    Les parents sont à blâmer pour certains mais pas tous. En effet comment inculquer des valeurs morales et des vertus à sa progéniture lorsque l’ensemble de la société est pervertie ? Cela demande une force de caractère et une abnégation que tout le monde n’a pas.

    Cependant, je me désolidarise du dernier paragraphe, car à mon sens rien ne saurait justifier la violence physique, ni domestique, ni scolaire faite à un enfant. Te connaissant, j’imagine la source biblique de cette position et je pense que tu fais fausse route. La correction n’est pas et ne doit pas être l’apanage de la violence physique. Je pense qu’on peut corriger sans violence, et qu’il y a une vertu à ne pas user de violence.

    Y a t-il une solution ? Je pense que oui. Si le problème réside dans l’absence de modèles vertueux de réussite pour notre jeunesse, alors il est de notre devoir d’être à notre niveau ces modèles dont la jeunesse a temps besoin. Ce sera à nous de refuser les pots de vins, à nous de refuser les raccourcis nombreux que nous propose la vie, à nous de mettre en prison le coupable et de libérer le juste, à nous de monter des affaires honnêtes et qui prospèrent afin de montrer et pas seulement de dire à notre jeunesse qu’il y a un intérêt à être vertueux.

    Désolé pour ce long commentaire. Porte toi bien. Mes amitiés à ton époux.

  8. Chaque état se dit état de droit partout dans le monde alors qu’en secret ils sont soumit à des financiers peu scrupuleux mais sans quoi, aucune économie, développement et survie possible pour les peuples…malheureusement ces financiers sont des intellectuels franc-maçon et du coup imposent aux présidents en échangent des fonds, des politiques cachée unique dont ils fournissent les enseignements et outils divers qui sont à connotations immorales d’ou la perversion du monde de nos jours malgré nous..on est harcelés jusqu’à céder malgré nous aux choses infâmes d’autant que ce que nous consommons a le pouvoir de nous faire devenir quelqu’un d’autre et ça n’ira pas en s’arrangeant et peu de gens savent cela ! Nos enfants sont plus pareil dès la naissance de ce fait…

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