JEUX DE LA FRANCOPHONIE: FUIR OU NE PAS FUIR !


13 Sep. 2013

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Avant de partir pour les jeux de la francophonie à Nice tous les compétiteurs et encadreurs ivoiriens ont été reçu pour une réunion avec un responsable du consulat de France ( je ne sais pas si c’est le consul lui-même). De sages conseils nous ont été prodigué sur notre responsabilité en tant que vitrine de l’Afrique et miroir de notre pays (prochain pays organisateur). Nous devions profiter au maximum des jeux et de l’ambiance autour car nous n’étions pas des prisonniers, mais nous devions savoir nous montrer dignes, avoir un bon comportement et revenir dans notre pays d’origine avec des médailles. Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en pensant à l’affaire Dramé Bousso, à ces remarques qu’on aurait pu targuer de « infantilisantes » et qui auraient pu pousser quelques révoltés à refuser le visa. Bien-sûr que chacun allait retourner chez lui. Je me suis même dit: »J’espère que nos différentes ambassades donneront les mêmes conseils à ceux qui viendront en Côte d’Ivoire en 2017. Il ne faut pas que des blancs s’évadent chez nous aussi. »

Quelques jours à peine après notre arrivée, voilà que des nouvelles de disparition fusent de toute part. 2 par ci, 7 par là, le nombre des disparus des jeux ne fait que s’accroître, plongeant dans l’embarras les délégations concernés.  C’est triste de voir que la délégation ivoirienne fait partie du lot. Cela fait d’autant plus de peine que quelques fugueurs n’ont même pas attendus de finir leur compétition avant de prendre la poudre d’escampette. Cela montre bien l’intention avec laquelle ils effectuaient le voyage.

Y a-t-il un avenir en Côte d’Ivoire dans la lutte, dans la danse, dans la jonglerie, dans le basketball ? Fuir…Fuir un pays qui s’annonce émergent à l’horizon 2020 mais qui pour le moment demeure immergé. Fuir la pauvreté, le chômage, la souffrance. C’est presque un instinct de survie et on serait tenté d’excuser ses actes  à la lumière d’une éventuelle précarité vécue dans le pays d’origine par ses athlètes. Cependant, en toute sincérité, peut-on vraiment fuir des maux communs à toutes les nations? En France aussi il y a la pauvreté, la crise, des clochards, des gens qui ont du mal à joindre les deux bouts. J’ai vu cet homme dans un complet veston un peu froissé venir se coucher derrière des cartons empilés en plein centre-ville. En France aussi il y a la discrimination. Pourquoi se jeter dans la mêlée?

La vie en Côte d’Ivoire n’est pas facile et assurer le confort quotidien est de plus en plus problématique. Cependant, quitte à souffrir, je préfère le faire dans mon pays, dans une société qui prône encore des valeurs de solidarité, d’entraide, où j’aurai toujours quelqu’un chez qui je peux venir manger sans prévenir, si mon estomac me tenaille trop,  plutôt que de me jeter dans l’incertitude et le risque d’une vie de fugitif, sans papiers et avec des ressources limitées dans une société individualiste.

Certaines délégations ont eu bien du mal à avoir le visa comme celle de Congo Brazzaville par exemple. C’était l’objet de conversations indignées , de projets de pétition, puisqu’il est aberrant d’organiser des jeux, sélectionner des artistes dans des pays « à risque » pour plus tard dire qu’ils ne peuvent pas avoir le visa justement à cause du risque. Mais toutes ces disparitions viennent apporter encore plus d’eau aux moulins des détracteurs de l’Afrique.

Au début j’ai vraiment voulu croire en la bonne foi des uns et des autres. « Qui sait? Ils sont peut-être perdus. Tout le monde n’a pas pu s’acheter de puce téléphonique française à l’arrivée. Il est possible qu’ils soient quelque part en difficultés et dans l’impossibilité de joindre les encadreurs ».  Aujourd’hui, on approche de la fin de notre séjour et je ne sais plus.

L’athlète avec qui tu as souri la veille, peut s’être volatilisé le lendemain matin. On ne sait pas le numéro de la prochaine chambre dont l’occupant va disparaître. On se regarde en chien de faïence, interpellant amicalement ou non les personnes qui flânent hors de la résidence sac en main: »j’espère que tu n’es pas entrain de fuir hein ». On essaie de deviner derrière les visages « innocents » des envies de déshonneurs.

Une réelle impuissance semble régner au sein des délégations. Comment empêcher un athlète de s’enfuir? Confisquer son passeport, l’affubler d’un encadreur qui le marque à la taille, instaurer un couvre-feu et fermer les portes des résidences à partir d’une heure prédéfinie pourraient être des options.  Mais il parait que toutes ces mesures violent les droits de l’homme et ici, en France, on respecte les droits de l’homme, même celui de fuir, surtout que le visa n’est pas encore arrivé à expiration. Le « crime » n’est pas encore consommé.

Il ne reste donc plus que la sensibilisation, en espérant que les oreilles ne soient pas déjà bouchées par des promesses farfelues d’eldorados occidentaux et des projets ficelés depuis Abidjan.

En effet je ne suis pas du tout de l’avis de ceux qui pensent que les fugueurs ont été influencé une fois arrivés en France. A moins que le mal se trouve dans l’air ou dans la nourriture de Nice, j’imagine mal quelqu’un venir participer aux jeux, avec la ferme intention de repartir dans son pays retrouver sa famille et ses amis, ses études ou son travail, et se laisser distraire par des discours aussi mielleux soient-ils, fuyant vers l’inconnu sur un coup de tête. Si cela est vrai, alors il faudrait à l’avenir évaluer le niveau d’âge mental de tous les participants au voyage parce que nous ne sommes plus des enfants ici.

Un autre jour se lève, nous espérons ne pas pleurer de nouveaux disparus…

categories Débat

A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

5 thoughts on “JEUX DE LA FRANCOPHONIE: FUIR OU NE PAS FUIR !

  1. that is THE question! c’est vrai que c’est la honte pour le pays mais en même temps, qui sait ce que ces gens vivent? je ne suis pas dans leur tête, mais je peux comprendre que des gens se cherchent un avenir meilleur et pense le trouver en occident… surtout avec les vendeurs d’illusion qui galèrent en France et vont faire croire au pays qu’ils ont réussi facilement!

  2. En tout cas je suis entièrement d’accord sur le fait que c’est mieux de vivre la galère au Pays qu’à l’Etranger… Bel article… Merci

  3. Ce paragraphe m’enjaille: »Y a-t-il un avenir en Côte d’Ivoire dans la lutte, dans la danse, dans la jonglerie, dans le basketball ? Fuir…Fuir un pays qui s’annonce émergent à l’horizon 2020 mais qui pour le moment demeure immergé. Fuir la pauvreté, le chômage, la souffrance. C’est presque un instinct de survie et on serait tenté d’excuser ses actes à la lumière d’une éventuelle précarité vécue dans le pays d’origine par ses athlètes. Cependant, en toute sincérité, peut-on vraiment fuir des maux communs à toutes les nations? En France aussi il y a la pauvreté, la crise, des clochards, des gens qui ont du mal à joindre les deux bouts.  »
    En tant que voyageur, jeune expatrié rentré en bonne et du forme selon, les termes de mon contrat, je ne plaints pas les fuyards. J’accuse l’Etat, les Fédérations, les Ministères,…Tout ce système qui moralise et qui à lui même besoin d’être moralisé. Personnellement, je ne condamne point ces types et ses femmes dont les actes devraient INTERPELLER, nos dirigeants. Chacun à son argument. Ainsi va la vie, Puissent-ils trouver leur Chemin. Et enfin Félicitation à toi. et bon retour au Pays. Toi, la belle plume qui n’a aucune raison, de te fondre dans la nature. Si on a la force, on ira accueillir nos médaillés avec tous les camions podiums du pays. Mais je sais qu’ils ne vont pas se donner cette peine, de nous mettre à disposition, un seule bus.

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