LA BATAILLE DE CARLALIE OKOU…LA BATAILLE DE TOUS LES CRÉATIFS


02 Jan. 2012

Depuis la feu d’artifice « spectaculaire » qui a été offert aux ivoiriens pour la fin d’année, c’est une autre histoire bien moins glorieuse qui fait bouger la toile. Le #carlaliegate. 
Les faits
Carlalie Okou, jeune photographe ivoirienne a eu la surprise de voir ses photos de l’évènements, qu’elle avait publié sur son profil facebook, reprise par de nombreux journaux. (Le jour, L’intelligent d’Abidjan, Le nouveau réveil, abidjan.net,… ).
Le problème
D’aucun dirait que c’est une énorme visibilité pour Carlalie qui n’a vraiment pas de quoi se plaindre. Mais là où le bât blesse, c’est que aucun de ces organes de presse n’a eu la courtoisie de lui demander la permission d’utiliser son travail et que pis, certains ont poussé la fourberie jusqu’à tronquer les photos pour  ne pas que son nom, mentionné en bas à gauche des clichés (Watermark), ne soit identifié.
La mobilisation
C’était sans compter le Dieu des jeunes talents qui n’a pas permis que Carlalie passe cet évènement honteux sous silence. Aujourd’hui, le nombre de membre de la communauté web ivoirienne  qui soutient sa campagne de restitution de son droit à ses images va croissant .
Les propositions de dédommagements

Abidjan.net a purement et simplement retiré les photos de son site.
L’intelligent d’Abidjan a proposé la compensation suivante: reprise de la photo avec son nom, à l’intérieur du journal mais pas en première page, une collaboration pour que les photos soient rémunérées, l’envoi pendant UN MOIS, de la version PDF du journal, à Carlalie. Avant cela, ce journal a fait plusieurs interventions sur le net qui méritent d’être décortiqué, sans doute dans un autre article.
Carlalie, qui a fait appels à des conseillers juridiques ne peut plus s’exprimer sur le sujet, mais la dernière fois que je l’ai eu, les autres organes de presse n’avaient pas réagi à ses tentatives de communication. 
Mes questions 

Cette situation, qui peut arriver à chacun de nous, utilisateurs du web et créateur de contenu, soulève plusieurs questions :
1-Internet est-il vraiment un « no man’s land » ici en Côte d’Ivoire? Chacun fait-il ce qu’il veut selon ses moyens? C’est à se demander sur quelle base on pourchasse les  » brouteurs », ses ruminants des temps modernes qui eux font remonter les économies des autres pour les mâcher en un temps record ?
2-Le fait d’avoir mis un article, une photo, ou tout autre contenu privé, sur internet, le fait-il automatiquement tomber dans le domaine du public ? Est-ce que, comme le dit Edith Brou, elle peut retrouver un matin, une des photos de son profil facebook, à la une d’un journal, sans son consentement, juste parce qu’elle l’a publiée sur internet ? 
3-Si mettre un énorme watermark peut être une solution pour les photographes, qu’est-ce que moi, Yehni Djdji, bloggeuse, je dois faire pour empêcher par exemple que mes articles soient repris sans mon autorisation ? Insérer mon nom à chaque deux mots ? Yehni Djidji, Yehni Djidji ?
Mon avis
La bataille de Carlalie Okou,…un coup d’épée dans l’eau disent certains, une tempête dans un verre continuent d’autres. Je fais partie de ceux qui pensent que c’est  le début d’un changement.
Au delà de Carlalie, et d’un quelconque dédommagement pécuniaire qui viendra ou pas, c’est à une véritable prise de conscience que ce cas nous appelle. 
D’une part les journalistes, qui deviennent de plus en plus paresseux et versent dans la facilité, voire même le vol, gagneraient à faire un peu plus d’efforts pour redorer le blason de leur corporation. Blason qui gît dans la boue de la corruption et de la cupidité, l’éthique et la déontologie étant pour certains, passés de vie à trépas depuis longtemps. En plus, là où des excuses et un arrangement à l’amiable aurait suffit, ils laissent l’affaire dégénérer. Quel manque de professionnalisme !
D’autres parts, nous utilisateurs du web et créatifs, qui ne connaissons pas nos droits et/ou qui ne savons même pas s’il existe un droit qui nous protège, nous  devons nous organiser afin de ne plus nous faire docilement spolier. Nous devons être formés.
Il y a des organisations liées au Web qui existent ici en Côte d’Ivoire, plus ou moins influentes, plus ou moins professionnelles et qui peuvent servir de tremplin à ce combat. Au lieu de se réunir uniquement pour parler, concours, innovations technologiques, avec ou sans repas, le volet de la formation à nos droits et devoirs doit impérativement et urgemment être exploré.
Les résolutions

1) Désormais, nous devons indiquer clairement les sources de toutes photos et tout contenu qui ne nous appartient  pas,  que nous reprenons sur nos blogs, sites et autres parutions. Et je commence dès aujourd’hui. Même si l’on ne connais pas toujours l’auteur, le site où on a pris l’image ou le texte est quand même connu : mentionnons le ! Ne faisons pas aux autres ce qu’on aimerait pas que l’on nous fasse.
2) Chacun de nous doit entreprendre des recherches pour en savoir plus sur ses droits et devoirs en tant que utilisateurs du Web et créateur de contenu en attendant qu’une organisation puisse faire de cette formation son fer de lance.
3) Il nous faut suivre les organes de presse de près. Ceux qui affectionnent le vol de l’oeuvre de l’esprit d’autrui ne doivent pas le faire en toute impunité.
4) Nous devons être plus unis, quand ce genre de cas arrive. C’est purement honteux d’entendre des personnes vouer cette initiative à l’échec, uniquement parce qu’elles ont été une fois victimes d’une telle injustice et que leur protestation n’a aboutit rien. Il y a toujours quelqu’un par qui la lutte commence. Si ce n’est pas vous, cela ne doit pas vous rendre amer. Il faut plutôt rejoindre le mouvement. Nous devons nous soutenir mutuellement, à moins bien sûr que l’on pense que l’initiateur de la mobilisation a tord ! Mais affirmer que la personne est dans son bon droit et baisser les bras par défaitisme prématuré, je dis non ! Il est temps, que l’on voit un peu plus loin que le bout de notre nez épaté. 
Courage à Carlalie et à tous les créatifs ! On gagnera ou on perdra cette bataille, mais à mon avis, la guerre ne fait que commencer. Nous ne passerons plus sous silence le vol de nos créations !
A bon entendeur !
photo : carlalie okou http://www.carlalie.blogspot.com
categories coup de gueule

A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


14 thoughts on “LA BATAILLE DE CARLALIE OKOU…LA BATAILLE DE TOUS LES CRÉATIFS

  1. Ton article est un article précieux car il jette les bases d’une réflexion profonde qui peut-être va aboutir à la détermination du thème du prochain Barcamp Abidjan 2012.

    Voici les points qui ont retenu mon attention:
    1.  »Il nous faut suivre les organes de presse de près. »…Oui, une véritable pige communautaire doit s’opérer

    2. « Carlalie, qui a fait appels à des conseillers juridiques ne peut plus s’exprimer sur le sujet »…Je pense que dorénavant chaque éditeur de contenu doit avoir la culture de l’avocat

    3. »Il y a des organisations liées au Web qui existent ici en Côte d’Ivoire, plus ou moins influentes, plus ou moins professionnelles et qui peuvent servir de tremplin à ce combat. »…Franchement, Akendewa devra mettre les bouchées doubles pour organiser une conference, un workshop sur les droits et devoirs des editeurs de contenus numeriques

    4.  »Désormais, nous devons indiquer clairement les sources de toutes photos et tout contenu qui ne nous appartient pas, que nous reprenons sur nos blogs, sites et autres parutions. Et je commence dès aujourd’hui. »…Moi également.

    5.  »Chacun de nous doit entreprendre des recherches pour en savoir plus sur ses droits et devoirs en tant que utilisateurs du Web et créateur de contenu en attendant qu’une organisation puisse faire de cette formation son fer de lance. »…ce sera  »mon devoir de maison » pour les prochaines semaines

    6. « Nous devons être plus unis, quand ce genre de cas arrive. »…et ce sera le cas.

    EXCELLENT ARTICLE consoeur. j’attends le prochain avec impatience.

  2. Tres bon article Yehni tu as fait une tres bon synthèse et par dessus tu a donner ton avis , il faut que nos Journaliste qui sont encore dans le néandertale apprenne a être de bon hackerpress par des hackerphotos à bon a attendeur salut mention Yehni

  3. Bon, en ce qui concerne la seconde question, les gens d’Abidjan.net auraient du faire une recherche sur Google avant de rédiger leur communiqué.

    « The fact that something is posted on the Internet does not give you or me the right to copy and distribute it freely. Unless a work’s creator expressly gives up his or her rights, those right are reserved. If you use a copyrighted work without permission and your use doesn’t qualify as a fair use, that’s copyright infringement. »

    source : http://www.publicdomainsherpa.com/10-misconceptions-about-the-public-domain.html

    Mais bon, vu que copier-coller du contenu web est aussi facile que faire un clic droit de souris…

  4. Merci Yehni pour cet article qui peut aisément être assimilé à une prise de conscience ! Les points qui devront faire l’objet d’une profonde reflexion dès maintenant sont à n’en point douter contenus dans le paragraphe des résolutions. Affaire à suivre !

  5. Article pertinent même si on peut être moins rude avec les journalistes lol.

    En tout état de cause, je ne pense pas que vous ayez à chercher trop loin concernant vos droits en tant qu’artistes ou blogueur etc…, la CI dispose d’une loi qui protège la propriété intellectuelle.

    Il s’agit de la loi n° 96-564 du 25 juillet 1996 relative a la protection des œuvres de l’esprit et aux droits des auteurs, des artistes-interpretes et des producteurs de phonogrammes et videogrammes.

    Pour résumer, vos écrits, vos photos même s’ils sont offerts gratuitement au public, constituent des oeuvres de l’esprit et à ce titre vous rendent titulaires de droits:
    Ces droits sont protégés quelquesoit genre, la valeur, la destination, le mode ou la forme d’expression.
    Vous jouissez de ces droit du seul fait de la création de ces oeuvres et sans formalités aucunes.
    Ceux ci vous permettent de revendiquer la paternité de vos oeuvresn d’en contrôler l’exploitation et même de les faire retirer…

    Par conséquent, je suis d’avis qu’il vous faut faire encadrer juridiquement vos talents.
    Et de mon opinion, Carlie ne devrais pas, sauf mauvaise foi, rencontrer de difficulté à se faire rétablir dans ces droits.

  6. Bravo à toutes deux, Edith et Yehni d’avoir aussi rapidement réagi. Solidarité féminine, professionnelle ou dynamisme qui vous caractérisent toutes deux ? Probablement tout à la fois. e ne suis pas compétente dans cette branche du droit mais suis ravie et fière (là je parle en tant qu femme) de voir que Carlalie ne se laisse pas faire Quelle que soit l’issue judiciaire, le combat vaut la peine d’être mené. Moi aussi je pense et veux croire que « c’est le début d’un changement. »

  7. On sait que les photos sont protegées, le droit d’auteur commence tout de suite sans aucune formalité. La vraie question dans le cas de Carlalie est comprendre si le mur public de Facebook est assimilable a le public domain dans le sens que lorsque on affiche une photo sous « public » (donc pas sous « amis ») , elle devien automatiquement de domain public. Facebook est une societé americaine, leur serveurs ou les photos sont physicament present (en forme de bytes) sont aux Etats Unis. Il s’agit donc aussi de savoir quelle legislation, quel droit faut appliquer. L’ivorien vu que les partis en cause sont ivoriennes (Carlalie versus la presse ivorienne) ou le droit americain? Les advocats vont s’occuper de ca, faut avoir des conaissances de droit assez developpès pour donner une reponse. Surement le cas est interessant, et la suite servira comme lecon a tirer pour tous.

  8. Je me permets d’apporter des éléments de réponse à David.

    A ce niveau, la question de la nationalité du site qui sert de support n’est pas une question essentielle.
    En effet, selon la loi relative aux droits d’auteur, les auteurs jouissent de leur droit peu importe le support ou la forme d’expression.
    Il en résulte que le fait pour un artiste de présenter ces oeuvres au public ne le dénue pas de ses droits, au contraire.
    en sus, aux termes de cette même loi, les oeuvres produites à l’étranger par des ivoiriens sont régies par ses dispositions. D’où même si l’on veut considérer la nationalité américaine de Facebook, les oeuvres de Carlie bénéficie de la protection de cette loi, sous réserve des précisions et autres exceptions prévues dans les conditions d’utilisation de facebook.
    Enfin, il existe des limitations au droit d’auteur mais celles ci sont exhaustives, entre autres l’utilisation à des fins pédagogiques. Mais la loi exige toujours que le nom de l’auteur soit cité.

    Bien à vous

  9. Salut. Je ne voudrais pas rentrer dans une polémique qui ne conduira nulle part. Vous savez que tout internaute, avant de créer un blog, une boite Email et même héberger un site Web est toujours invité à lire les droits et obligations qu’il est soit amené à accepter soit à refuser. un fois que nous acceptons les conditions, sachions que nous nous exposons au dangers de perte de droit d’auteur. C’est pourquoi, j’invite tous les internautes à ne pas publier leurs oeuvres sur le net. Carlalie ne devait pas. elle croyait bien faire, mais elle paye un temps soit peu le prix de vouloir nse faire plaisir et de faire plaisir aux internautes. La mobilisation ne portera pas. Pas que je suis défaitiste, mais la réalité est là et visible. Lisez les conditions de Yahoo, de Facebook, de Msn, Aol.. et vous comprendrez.

  10. Merci Anonyme.Mais quand j’ecris « domaine public » je veux dire le suivant: (pris par wikipedia) « En droit de la propriété intellectuelle, le domaine public est un statut sous lequel sont placés les biens intellectuels (œuvres, inventions…) pour lesquels, au terme de leur durée de protection, il n’est plus nécessaire de demander une autorisation d’exploitation quelconque » La parte importante est « ….Contrairement à d’autres juridictions (comme aux États-Unis), il n’est pas possible techniquement de mettre une œuvre volontairement dans le domaine public » Ca selon le droit francais et je presume meme ivorien? C’est important etablir la jurisdiction parce que si le cas est de competence americaine, la consequence est que ca deviene possible rendre les ouvres dans le domaine public, ce qu pourrait etre implicit dans l’acceptation des regles Facebook lorsque on affiche des photos sous « public ». Je voulais dire ca quand je parlais de lois americaines ou ivoiriennes, et de domaine public. J’espere que Carlalie va vaincre sa bataille, mais ce n’est pas la premiere fois que un photograph perd sa cause apres avoir affichè ses photos sur facebook ou twitter, etc

  11. Je remercie Justin pour sa suggestion. j’ai effectivement lu les conditions d’utilisation de facebook et voila ce que j’y ai vu:

    « Pour le contenu protégé par les droits de propriété intellectuelle, comme les photos ou vidéos (« propriété intellectuelle »), vous nous accordez spécifiquement la permission suivante, conformément à vos paramètres de confidentialité et des applications : vous nous accordez une licence non-exclusive, transférable, sous-licenciable, sans redevance et mondiale pour l’utilisation des contenus de propriété intellectuelle que vous publiez sur Facebook ou en relation à Facebook (« licence de propriété intellectuelle »). « 

    En d’autres termes le fait de poster des images sur facebook ne supprime pas les droits y afférant mais entraîne un transfert partiel de ceux ci. Plus simplement vous autorisez facebook à utiliser vos oeuvres mais de manière non exclusive. C’est dire que vous êtes non seulement toujours titulaires de vos droits mais vous pouvez les cédé ou transférer à d’autres personnes puisque le transfert n’est pas exclusif.

    En sus, le transfert ne se fait qu’à facebook d’où personne d’autre ne peut valablement utiliser ces images comme bon lui semble.

    Par conséquent, Carlie reste titulaire de son droit d’auteur et est recevable à le revendiquer.

    Merci pour tes précision Davide. Wikipedia fait état de « durée de protection ». En d’autres termes c’est seulement lorsqu’un certain délai est passé que l’oeuvre tombe dans le domaine public.
    Aux termes des dispositions de l’article 45 de la loi relative au droits d’auteur précité:

    « Les droits patrimoniaux d’auteur durent pendant les quatre-vingt-dix-neuf années, à compter de la fin de l’année civile au cours de laquelle l’œuvre a été licitement rendue accessible au public :
    – dans le cas d’œuvres photographiques ou audiovisuelles ou d’œuvre d’arts appliqués »
    C’est évident que les oeuvres de Carlie ne sont pas encore tombé dans le domaine public.

    Enfin sachant que ce sont des organes de presse ivoirien qui sont défendeurs, le Tribunal compétent sera celui de Côte d’Ivoire.

    Je vous prie d’excuser mon verbiage.

  12. Excellent article et belles contributions de tous.Pourquoi ne pas déposer le nom YEHNI DJIDJI comme une marque pour éviter les abus,dérives,fraudes et dangers.Besoin d’aide,fais moi juste signe:(mail privé)

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