LA PERSEVERANCE PAIE TOUJOURS


Je suis allée chez le photographe aujourd’hui, pour une photo d’identité. J’ai toujours eu horreur de cela. Vous connaissez le rituel: le photographe vous arrange les épaules, vous relève la tête, recule, vous observe, s’approche vous baisse le menton, recule à nouveau, vous lance un regard qui en dit long et vous tend un mouchoir dont vous ne savez que faire. Est-ce votre visage qui brille trop? Votre maquillage qui a débordé ou même…. bref! Tout ce tralala pour vous rendre à la fin, une photo  horrible, où vous peinez à vous reconnaître (parce que si c’est vraiment vous ça, ben dis donc, il y a de quoi vous inquiéter).
Alors il y a cinq ans, j’ai gagné au Jackpot! J’ai réussi à faire la photo parfaite. J’étais pleinement satisfaite du résultat final et c’est en toute logique que je faisais développer systématiquement et joyeusement  le négatif, à chaque fois qu’on me demandait de fournir une photo d’identité jusqu’à ce qu’un jour quelqu’un de très désobligeant, charmant, me fasse remarquer que j’étais très différente de celle qu’il voyait sur la photo, j’avais vieillis. LOL!!!
J’en arrive donc à la photo du jour et à où je veux en venir. Je prends mes photos au même endroit depuis environ 8 ans. C’était au début un petit hangar en tôle et contreplaqués. Il fallait repasser prendre les photos deux à trois jours plus tard et cela variait si la pellicule était fini ou pas.
Puis, le contreplaqué à fait place au ciment et au béton. Une pièce supplémentaire a vu le jour: une chambre noire, pas très moderne mais une chambre noire quand même.
Et puis, les aménagements ont continué chez mon photographe: une salle d’attente rikiki, mais une salle d’attente quand même (il était temps qu’il se dote d’une salle de photo avec une porte. Tout le monde n’a pas à vous voir faire le petit rituel quand même. ).
Il a acheté une petite télévision pour la salle d’attente et s’est abonné quelques mois plus tard à CANAL SAT, sans publicité aucune. Il a diversifié son activité et s’est mis aux mariages et aux cérémonies. Il s’est essayé aussi aux photos de casting en achetant des décors.
Et ce soir quand j’y suis allé, j’ai été subjugué par les améliorations qui ont été faites. Tout a été carrelé et repeint. C’est un studio flambant neuf. Il a un des derniers modèles de NIKON avec carte mémoire (plus de pellicules), avec écran pour permettre au client de voir sa photo et d’en refaire une autre s’il n’est pas satisfait.
Il n’y a plus de chambre noire mais une salle de tirage avec un ordinateur et une imprimante adaptée qui vous imprime vos photos dans les minutes qui suivent la prise, en couleur et le découpage se fait avec un appareil spécial: j’étais agréablement surprise.
Ce monsieur est pour moi un exemple de réussite. Il n’a peut-être pas une grosse voiture, un château au bord de la mer, mais il a bâti petit à petit sa propre vie à force de persévérance, lentement mais sûrement.
Ne faisant pas partie de ses proches, je ne sais pas s’il a pu avoir certaines réalisations grâce à ce business, toutefois j’en suis persuadée.
Nombreux sommes-nous à vouloir commencer grand, à vouloir avoir pour notre premier job 1 500 000 F CFA avec voiture et maison de services (je ne plaisante pas). Même quand on subit les affres du chômage et que quelqu’un nous conseille de monter une petite affaire on se lance dans l’explication du deal qui selon nous va nous rendre riche. Il nous faut seulement 10 millions, 5 millions, 2 millions…
C’est nous qui voulons faire du transit international aller à Hono Lulu acheter les pagnes tissés des vahinés pour les revendre au marché de Cocody parce que c’est un créneau encore inexploité, une mine d’or.
Franchement! Ceux qui vendent des habits ou des denrées alimentaires dans ce même marché s’en sortent plutôt bien! Alors pourquoi ne pas commencer quelque chose avec 10 000 F CFA, puis 25 000, puis 50, puis 100, jusqu’à avoir assez d’argent pour se lancer dans l’expédition outre-mer qui nous tient tant à cœur?
Cela n’engage que moi mais j’ai plus de respect et d’admiration pour le photographe qui à force de labeur a eu honnêtement son confort que pour le haut fonctionnaire corrompu, versé dans l’occultisme qui exhibe à qui veut le voir ses biens mal acquis.
categories infos persoInspirés

A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


4 thoughts on “LA PERSEVERANCE PAIE TOUJOURS

  1. Cela s’apparente à la voie de la sagesse.
    Commercialement, c’est bien la loi de l’offre et de la demande que le photographe a patiemment maîtrisée.
    On sait qu’un jour les petits sont bouffés par les grands, et en Suisse, comme dans d’autres pays cela provoque, au bout du compte, de graves maladies psychiques.

    Alors, Madame, et si vous en avez le temps, je désire vous demander, quelle en est la révélation dans tout cela ? J’entends, du point de vue de la poétesse.
    Je vous remercie infiniment de lire ce petit commentaire et je repasserai sur votre blog sur vos pages.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.