La piraterie, cette banalité !


10 Sep. 2014

téléchargementJe marchais dans mon quartier, un soir après avoir raccompagné une amie, quand j’ai entendu une forte musique. N’étant pas loin d’une zone pleine de maquis et bars, je me suis dit que c’était de là que venait le bruit. Mais le son semblait se rapprocher à grande vitesse et je n’ai jamais vu, jusqu’à présent en tout cas, un maquis ambulant.

J’ai repéré un véhicule de type minicar en train d’évoluer vers moi. Une horde de jeunes cavalant après lui. J’avoue, j’ai eu peur. Qu’est-ce qui se passait? Le phénomène des microbes étant en vogue, ces adolescents qui dépouillent les gens armes au poing et n’hésitent pas à poignarder ceux qui se montrent récalcitrants ou un peu trop nonchalants, je me demandais s’il fallait que je prenne mes jambes à mon cou ou que je demeure stoïque. Je n’avais pas d’argent sur moi et je sais que certains filous ont en horreur les gens qui n’ont rien à se faire voler. « Toi vieux comme ça tu n’as rien », et vlan, une gifle!

Mon mari m’a rassurée alors que deux jeunes à la mine patibulaire s’avançaient vers nous. « Ce sont certainement des vendeurs de CD piratés. Ils font ça souvent. Ne t’inquiète pas. »

Effectivement, les deux jeunes hommes ont agité sous mon nez des CD compilant des chansons en provenance du Nigéria.

« 1000 F CFA seulement la tantie ». Pendant que je déclinais poliment l’offre, un autre concluait une vente fructueuse avec une dame installée dans un taxi à l’arrêt. J’ai remarqué également que certains passants en achetaient. Ils ont dû faire une belle recette.

Pour vendre un CD à 1000 F CFA, louer un minicar et des jeunes gens pour mener une opération terrain de ce genre, il faut vraiment avoir des coûts de production réduit. Même si les CD avaient un STICKER (dont je doute fortement de l’authenticité), j’ai dû admettre que c’était à une activité illicite que ces jeunes se livraient, sans peur et à grand renfort de musique.

Mais en réalité, de quoi devraient-ils avoir peur ? Sinon de qui ? On le voit même pendant la journée, des gens qui vendent des CD piratés à des carrefours où la circulation est régulée par des forces de l’ordre, comme si c’était une activité normale. La piraterie est devenue un geste tellement banal, exacerbée par l’évolution constante des TIC. J’ai reçu au moins deux fois le livre de Valérie Trierweiler directement dans ma boîte mail sans avoir rien demandé. Est-ce qu’un jour on pourra un jour en arriver à bout?

En voyant cette effervescence ce soir-là, j’ai pensé à une chanson de l’artiste FITINI « Producteur va t’achever, Manager va te tuer, Burida paye cercueil oh, tes fans vont t’enterrer. Au lieu de payer CD oh, ils ne font que graver ».

Cette chanson, que j’ai écoutée dans une voiture, sur un CD piraté.

 

categories coup de gueule

A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

Un commentaire sur “La piraterie, cette banalité !

  1. Tellement vrai, et avec les nouveaux smartphones et appareil, le prix des CD, 3 000 désormais, n’empêche toujours pas la piraterie. Pour le livre de Valerie Trierweiler, on le télécharge sans gène, je ne parle même pas du crocodile du bostwanga qu’on a vu alors qu’il n’est pas sorti ici, 🙁 la piraterie a le dos dur

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