LA PLACE DU POSTILLON


J’étais dans le waren. Rassurez-vous, cela ne vas pas devenir une habitude pour moi de parler de mes mésaventures dans le waren. Même si elles sont nombreuses. Par exemple ce matin, le chauffeur s’est garé, pour lire les titres de journaux, sans aucune considération pour nous les passagers. Mais bon, ce n’est pas de lui que je veux parler. Je veux parler du chauffeur du waren que j’ai pris ce soir. Il me donne l’occasion de m’essayer à un nouveau style d’écriture que je baptiserai : le coq à l’âne lié. On verra bien ce que ça va donner.
Je monte dans un waren. Je suis assise à la place du mort, celle à côté du chauffeur ! Pourquoi on appelle cette place ainsi? Pour la petite histoire, avant les progrès réalisés en matière de sécurité, le passager avant avait satistiquement plus de chances d’être tué dans un accident.  Il n’y avait aucun obstacle pour l’empêcher de traverser le pare-brise en cas de collision. Il était aussi le plus exposé en cas d’accident lié au refus de la priorité à droite. Fin de la leçon macabre.
Je suis donc à la place du mort. Cette place devient pour un instant : la place du crachat…ou du postillon. Palabre entre le chauffeur à ma gauche et deux passagers à ma droite pour une incompréhension sur le montant de la course. Là où le chauffeur affirme avoir prévenu dès la genèse du trajet que son tarif est de 1000 F CFA pour les deux personnes, les deux gaillards soutiennent mordicus que c’est faux et que le prix normal est de 600 F CFA les deux places. Pour 400 F CFA donc, cris, vociférations, engueulades, menaces …et postillons en bonus pour moi. C’est alors que le chauffeur énervé, qui affirme qu’il n’est pas à 1000 F CFA près, redonne le billet de 1000 F CFA aux deux lascars. Ces derniers empochent l’argent sans hésiter (moi j’aurais refusé ou donné l’argent au premier mendiant venu ! ). Et le chauffeur de lancer:
-L’argent tu as pris là, tu vas voir ce qui va t’arriver! ça va rester dans ton ventre. 
Quoi ? On maudit aussi à Abidjan ici à cause de 1000 F CFA ? La malédiction devrait être réservée à des fautes plus graves, si vraiment elle doit avoir lieu. 
Exemple: « Tu as dilapidé tout l’héritage que ton papa a laissé pour s’occuper de la famille, en boîte de nuit! Sois maudit ».
Et encore ! Cela se pardonne aussi !
A ce moment, je pense à la douzième page d’un journal Soir Info que j’ai lu il y a quelques temps . La section « faits et méfaits ». Cette page contre laquelle un de nos professeurs nous a mis en garde.
-Si vous n’étudiez pas et que vous aimez la facilité, vous vous retrouverez un jour à la douzième page de Soir Infos.
J’ai une amie qui consulte régulièrement cette page pour voir si par hasard, elle ne reconnaît pas quelqu’un. Histoire de voir ce que chacun devient. Elle lit pour les mêmes raisons la page nécrologie alors…
« Ah tiens, Amy est devenue chef d’un gang de voleurs de bébé. Pff, elle chipait déjà mes stylos en cours celle-là. « 
« Ah, Adélaïde est décédée ! Elle ne m’a pas ramené mon livre jusqu’ààà elle est morte! Comment je vais aller demander ça à ses parents ».
Je me suis donc souvenue de l’histoire d’un manœuvre qui avait tué son collègue pour 100 F CFA. 1000 CFA =malédiction! 100 F CFA= Assassinat ! Quelle logique? Impossible d’établir une bonne grille tarifaire dans ces conditions. Il est vrai que la valeur de l’homme est d’autant plus difficile à quantifier quand dans certains quartiers pas très éloignés, des jeunes filles à peine pubères permettent qu’on leur touche la poitrine pour 100 F CFA et encaisse le double pour goûter. 
La prostitution aussi connait les vaches maigres et comme je l’écris dans un de mes romans non encore parus « La récession économique frappait tout le monde. Le secteur était saturé, les clients rarissimes et surtout radins. Les tarifs avaient été réétudiés, revus à la baisse et les prestations morcelées. Dans certains quartiers, on regardait un sein pour 50 F CFA, le touchait pour le double et l’embrassait pour le triple…..Que Dieu nous aide!
-Je m’en fous de ta malédiction!
Justement s’il connaissait Dieu ce type, il aurait automatiquement lancé un : » je brise ta parole! » ou  » Tu es vaincu! Le feu sur ta bouche! » ou même  » J’efface ta parole avec le sang de Jésus ». Il n’aurait pas lancé goguenard ce: Je m’en fous de ta malédiction. 
Le chauffeur a continué sa route en proférant toujours menaces et malédictions à l’encontre des deux « voleurs », en précisant qu’il n’était pas à 1000 CFA près, tandis que je me « dépostillonait ». Il a conclu avec ces phrases qui m’ont achevée:

-Je l’ai remarqué, je peux le reconnaître dans la rue! Je fais la même ligne depuis 2004. Un jour il va remonter dans mon  waren! Ce jour là, s’il me donne un billet, je vais bloquer le billet et lui rappeler cet épisode: ça lui fera encore plus mal! Peut-être que ce sera le seul billet qu’il aura sur lui.
Et croyez le ou non, il a sorti son téléphone pour enregistrer la date, l’heure et le sujet dont il doit se souvenir. J’imagine : « 9 Février 2012 : rancune éternelle contre le voleur qui m’a escroqué un billet de 1000 F CFA ! « 

Pff! Et s’il était à 1000 F CFA près ?

J’ai essayé de faire ma « Konan Banny », plaider pour qu’il laisse tomber ses griefs, mais il était clair, qu’il n’était pas près à pardonner. 
Banny a du travail ! Et moi, il y a fort à parier que je commence à lire la douzième page des faits et méfaits, histoire de connaître l’issue de la démêlée entre le chauffeur et son « escroc ».
« Un homme meurt après avoir été maudit par un chauffeur de Waren »
« Un chauffeur bloque l’argent de son passager pour rembourser une vieille dette…et meurt dans la bagarre »
J’ai envie de dire « Bref, j’étais dans un waren »…mais je n’ai jamais regardé la série. J’espère combler cette lacune bientôt! 
categories coup de gueule

A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

4 thoughts on “LA PLACE DU POSTILLON

  1. hmmmm Yehni, tu as embrouillé mon esprit là là hein…ce quie st sur je sais qu'ils ont craché sur toi, ça c l'idée génrale, emm temps, on rentre dans la "prostitutionnerie" et puis pris de prestations, hmmm non ça là, c 'est pas du coq à l'ane, c du bissap au banji mm 🙂 🙂

  2. Eh, tu vas me tuer de rire ! Du bissap au Banji ? lol! Idée principale: palabre entre le chauffeur et les passagers ! Le crachat est un prétexte, tout le reste, de la broderie littéraire ! loool!

  3. j'adhère carrément au nouveau style ! looool le chauffeur la aussi ! il est rancunier ooh! et puis t'es sérieuse avec ton histoire de "prostitutionnerie" là ou c'est le fruit de l'imagination débordante de l'écrivaine que tu es? lol

  4. Bravo Mlle.
    J'aime votre style, tout de simplicité et d'humour. La fibre littéraire est bien présente; s'en ressentent votre capacité imaginative et votre talent dans la construction.
    J'aime.

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