LE FILS DE BARRY KOULEBA (2)


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 Dès le début de leur relation, Barry avait attribué à Viviane un petit appartement de trois pièces dans un de ses immeubles. Le jour qui avait suivi le coup de fil de Viviane, il s’était rendu chez elle aux aurores.

Elle était fâchée et avait refusé de le recevoir. Le jour suivant également. Le troisième jour elle était venue le voir à son lieu de travail.
-Toi, je sais que tu ne m’aimes pas ! Tu m’as insultée au téléphone et il suffit que je t’annonce que je suis enceinte pour que tu viennes faire le pied de grue devant ma porte.
-Je ne t’ai pas insulté, je t’ai dit la vérité.
-Tu vois, tu continues ! Je m’en vais !
-Ne te fâche pas avec moi ! Dis-moi, tu es vraiment enceinte ? C’est sérieux ?
-Tout le monde connait ton désir d’avoir un garçon, Baba. Comme pourrais-je plaisanter avec un sujet aussi brûlant ? Je suis belle et bien enceinte de six semaines.
Viviane était la seule à l’appeler Baba et il adorait ce surnom.
-Gloire à Dieu ! s’écria-t-il, en se levant de son siège.
-Je croyais que tu ne priais pas !
-Oh, c’est sorti comme ça ! Mais si tu me donnes un fils, je prierai le Dieu que tu m’indiqueras !
Il se mit à caresser son ventre.
-Si je te donne un fils? Dis-moi plutôt ce que tu m’offriras comme cadeau quand ton fils sera là ! Tu t’es renseigné sur ma famille ! Tu sais que nous faisons beaucoup de garçons ! Je suis fille unique parmi 5 frères aînés, ma mère était fille unique parmi 10 frères aînés. Ma grand-mère pareille et mon arrière-grand-mère également. Aussi loin que remonte nos souvenirs, les femmes de ma famille ont toujours été fertiles en fils. Ne t’inquiète même pas. En plus on m’a parlé d’un régime qui va garantir que ce bébé qui est dans mon ventre ne sera pas la fille unique de chaque génération.
-Non, non ! Pas de régime !
Barry gardait  encore en mémoire la déception cuisante qu’une des mères de ces filles, Fatou,  une Camerounaise, lui avait infligée. Elle lui avait parlé d’un régime spécial qui permettait de décider du sexe de l’enfant. Il avait dépensé une fortune pour acheter tous les aliments coûteux qui figuraient sur la liste des mets au menu de ce régime drastique. Elle avait vécu pendant neuf longs mois, comme un coq en pâte. Fatou avait quand même donné naissance à des jumelles de 2 Kg 800 chacune.
Cet évènement et plusieurs autres cas avaient fait comprendre à Barry que certaines de ses maîtresses désiraient uniquement lui soutirer de l’argent. Il avait décidé de changer sa méthode : plus de cadeaux coûteux et de dépenses faramineuses tant que son amante n’était pas enceinte et même là, il modérait ses largesses tant qu’il n’avait pas fait une échographie. C’était après cette nouvelle résolution qu’il avait rencontré Viviane.
-Il n’y a pas de problème ! De toutes les façons, les filles ont toujours été les benjamines ! C’est sûr ce bébé est un garçon!
-On fera quand même l’échographie pour en avoir le cœur net !
-Tu n’as pas confiance en moi ou quoi ?
– Si je l’avais fait avec les autres cela m’aurait évité bien des soucis. Et puis ce n’est pas une question de confiance! Si cet enfant est un garçon, je changerai totalement ton existence. Je t’achèterai un duplex à Paradise Bay. Tu connais, n’est-ce pas ? Cette nouvelle promotion immobilière destinée à la haute bourgeoisie de ce pays ! Je ferai de toi une « haute-bourgeoise ». Tu auras la voiture de ton choix ! Même si elle n’a pas encore été commercialisée ici, même si elle est encore chez son créateur, du moment où elle a été inventé et créée, je te l’offrirai. Je ne parle même pas des bijoux, des vêtements et de l’argent qui va pleuvoir sur toi par flot ininterrompu. Tu n’auras rien à envier à une première dame. Je te paierai les voyages que tu voudras vers les destinations que tu voudras. Je ferai moi-même les démarches pour les visas. Tu vivras le paradis sur terre et ce sera justement à Paradise Bay ! Quelle belle coïncidence !
Viviane lui sourit et lui posa un baiser léger sur les lèvres.
-Dans ce cas Baba, va prévenir ton banquier que tu vas bientôt faire des folies. C’est un garçon, je le sais, je le sens et les échographies je suis sûre confirmeront cela.
Baba retourna vers son bureau en bois massif et sorti d’un tiroir, une enveloppe en kaki qu’il tendit à Viviane.
-Voici 600 000 F CFA pour commencer. C’est pour le trousseau du bébé et tes examens. En cas de besoin, appelle-moi. Et je ne veux plus que tu circules en taxi, je vais te prendre un chauffeur et mettre une de mes voitures à ton entière disposition.
Viviane ressortit du bureau le sac lourd de l’enveloppe, un petit sourire aux lèvres :
« Mon plan marche à merveille ».

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !