LE FILS DE BARRY KOULEBA (5)


Ils étaient arrivés avec une heure d’avance. Barry impatient, s’était mis à avoir les mains moites, puis à transpirer à grosses gouttes, et à regarder sa montre chaque trois minutes. Les aiguilles semblaient tourner en sens inverse. Quand il s’était mis à arpenter la pièce de long en large, puis à trépigner d’impatience comme un enfant, Viviane avait donné le signal du départ. Ils avaient pris la direction de la clinique, sans qu’aucun embouteillage ne vienne ralentir leur allure.
Barry avait été sceptique au début. Il voulait prendre un rendez-vous chez un Gynécologue fort réputé, qu’on lui avait chaleureusement conseillé, mais Viviane avait refusé.
-Je préfère continuer de me faire suivre par mon gynécologue !
-Mais je peux t’offrir le meilleur.
-Pour ces choses-là, les femmes préfèrent rester fidèles. Tu ne veux tout de même pas que tous les gynécologues de la ville voient mon intimité quand même !
-Non ! Bien sûr que non !
-Je le connais depuis longtemps. Son père était le gynécologue de ma mère. Il m’a mis au monde. Quand il est parti à la retraite son fils a pris la relève. J’ai entièrement confiance en lui.
Barry avait fini par capituler. Il avait même reporté de quelques jours un voyage important, afin de pouvoir assister à cette consultation prénatale.
Viviane frissonna quand le gel glacé entra en contact avec son abdomen. Son Gynécologue, le Docteur Cyriac Mangué était assis près d’elle, sur une petite chaise noire et passait l’appareil sur son ventre avec des mouvements précis. Sur un écran, apparaissait des images floues, un dégradé confus, allant du noir au gris, qui ne semblait pas troubler le médecin. Il arrivait à déchiffrer ce rebus et pointa même fièrement du doigt une partie de l’écran.
-Voici la tête de votre petit bout de chou.
-Est-ce qu’on peut déjà voir le sexe ? C’est une fille ou un garçon ?
Le docteur hésita un instant, puis sourit.
-Il n’y a pas de doute, c’est un garçon.
Barry sentit un poids s’ôter de sa poitrine comprimée. Il bondit de joie dans le bureau, animé d’une vivacité inattendue pour un homme de son âge. Ses yeux s’embuèrent de larmes. Il voulut parler mais les mots, capricieux, insaisissables, lui échappaient. De toutes ses forces, il serra le médecin dans ses bras. Ce dernier, surpris, éclata de rire. C’était la première fois qu’un père manifestait sa joie avec autant de véhémence. Il vint embrasser Viviane. Le médecin imprima l’image.
-Voilà votre petit cadeau. Vous pouvez l’emporter avec vous, partout où vous voulez !
Barry lui arracha presque le papier des mains. Les siennes tremblaient, il était émue.
-Enfin ! Enfin ! murmurait-il.
***
Rukayat se servit une bonne rasade de Whisky et l’avala d’un trait. Elle sentit une douce chaleur envahir sa gorge puis sa poitrine. Elle se servit un autre verre et alla s’assoir dans un fauteuil. Barry ne savait pas qu’elle buvait et s’était mieux ainsi. Elle le faisait quand elle était extrêmement stressée  et c’était le cas aujourd’hui.  Elle ne voulait en aucun cas entacher son image d’épouse exemplaire. Il y avait bien des choses que Barry ignorait sur son compte.
Barry avait changé. Ces derniers jours, un sourire de bienheureux était constamment plaqué sur ses lèvres. Rukayat sentait le danger tapis dans l’ombre comme un félin, près à lui sauter à la gorge à tout moment. L’échographie de Viviane avait sans doute révéler ce qu’elle craignait depuis longtemps. Mais elle voulait en avoir le cœur net.
Trois coups furent frappés à la porte de la petite chambre d’hôtel qu’elle avait louée pour quelques heures. Elle ouvrit la porte la mine impassible.
-Tu en as mis du temps !

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !