LE FILS DE BARRY KOULEBA (7)


Dès que Moudassirou apporta le repas, Viviane lui fit des remontrances sur son retard et lui intima l’ordre de le déposer sur la table du salon et le congédia pour le reste de la journée. Il était 17 heures. Barry était en voyage et elle avait demandé à sa servante de prendre un jour de repos. Elle voulait être seule et sans témoin pour recevoir son amoureux.
Viviane comptait bien donner un garçon à Barry, mais elle ne pouvait se résoudre à ce que son fils ressemble à cet homme qu’elle ne trouvait pas beau. Elle prenait donc régulièrement la pilule, à son insu. L’enfant qu’elle portait était celui d’un autre.
Le bruit d’un moteur qu’on éteint, le claquement d’une portière, des pas dans l’escalier, trois coups secs frappés à la porte.  L’amant de Viviane la souleva à bout de bras, à peine entré dans la maison.
-Comment va ma colombe aujourd’hui ? murmura-t-il.
-Bien.
Il la porta ainsi jusqu’au lit où il la posa délicatement. Il lui ôta son boubou et se mit à caresser son joli ventre arrondi.
-Tu es la plus belle femme enceinte que je n’ai jamais vu !
-Hum ! C’est un bien grand compliment venant d’un gynécologue, minauda-t-elle.
Le docteur en gynécologie Cyriac Mangué éclata d’un rire guttural.
-Tu m’as manqué.
-Il y a quelques jours à peine que nous sommes allés en consultation dans ta clinique.
-Ce n’est pas pareil. J’ai eu bien du mal à me contenir, même en sachant que cet idiot de Barry Kouléba attendait à côté.
-Ton gros défaut est que tu manques de patience. Aujourd’hui il est en voyage. Je suis toute à toi. Fais de moi ce que tu veux.
Il sourit et lui posa un baiser sur le front.
-J’aime t’entendre dire ça ! Mais il va falloir faire attention au bébé.
***
Enroulés dans les draps en soies vert-pâles, les deux amants serrés dans les bras l’un de l’autre se reposaient. La nuit était déjà tombée, en témoignait le morceau de ciel noir qui apparaissait entre les rideaux tirés.
-Je commence à avoir faim ! déclara Cyriac en s’étirant.
-J’allais oublier, j’ai fait acheter un bon plat de foutou avec de la sauce gombo sec.
-Où ? Au maquis de ta tante?
-Oui ! Je sais que tu raffoles de sa nourriture.
-On va se régaler.
Elle enfila son boubou et se rendit à la cuisine pour réchauffer la sauce sous le regard énamouré de Cyriac.
Cyriac et Viviane était amis depuis le collège. Personne ne savait que leur relation avait cessé d’être platonique à l’université. Ils s’aimaient, se comprenaient, tout en se donnant de l’espace. Elle lui avait spontanément exposé son plan pour séduire Barry et lui soutirer le maximum d’argent.  Leurs parents  tiraient tous les moindres duvets de la queue du Diable. C’était la bourse de Cyriac et les petits boulots de Viviane qui les aidaient à mener une vie presque décente. Ils voulaient d’une vie meilleure.  Le plan de Viviane était simple. Comme donner un fils à Barry Kouléba était le sésame de toutes ses extravagances financières, la clé qui ouvrait son portefeuille, elle lui ferait ce garçon, et amasserait suffisamment d’argent pour s’enfuir vers un autre pays avec Cyriac et leur fils. Ils vivraient heureux jusqu’à la fin de leurs jours comme dans les contes de fées que les blancs lisaient à leurs enfants à la télévision.
-C’est prêt chéri ! cria Viviane depuis le salon.
Cyriac la rejoignit. Elle avait dressé la table et installé un bol plein d’eau juste à côté pour qu’il se lave les mains. Papotant et s’amourachant, ils se nourrissaient mutuellement. Ils vinrent rapidement à bout des deux pains de foutou et de la sauce bien garnie.
-Ah, j’ai failli oublier. Il y a un problème !
-Quel problème ?
-Tu n’attends pas un garçon, mais une fille !
-Quoi ? s’écria Viviane. Mais tu as dit que…
-Ecoutes,  je n’allais tout de même pas dire la vérité et gâcher nos efforts.
-Seigneur ! Pourquoi tu ne m’en as pas parlé plus tôt ?
-Parce qu’il n’y a pas de quoi s’alarmer. C’est moi ton gynécologue et si je dis que tu es enceinte d’un garçon, c’est que tu es enceinte d’un garçon.
-Tu crois que c’est aussi facile que cela ?
-Non, mais ce n’est pas difficile non plus ! Il va falloir agir plus vite et se montrer plus rusé. Je dirai lors de la prochaine consultation que j’ai remarqué quelque chose d’anormal sur l’enfant et que des examens poussés doivent être faits. Je vais m’entendre avec les gars du Labo. On lui soutirera le maximum de sous et on disparaîtra avant que tu n’arrives à terme. C’est tout !
-Tu es sûr ?
-Ne t’inquiète de rien ma chérie. Fais-moi confiance !
Viviane ne pouvait s’empêcher d’être sceptique. Comment pouvait-elle être aussi malchanceuse?
-Je vais dans la chambre. Ne me fais pas attendre !
-J’arrive !
Il se lava les mains et disparut dans le couloir, laissant Viviane débarrasser la table.
Ce fut elle, la première, qui eut mal au ventre. C’était une douleur forte, insoutenable qui se mua rapidement en contractions qui lui tordaient les boyaux. Elle vacilla et faillit s’affaler sur le sol.
« Ce n’est pas encore le moment,  se dit-elle, c’est bien trop tôt. »
Elle cria le nom de Cyriac qui ne répondit pas. Lui-même se tordait de douleurs dans la chambre, et essayait de la rejoindre en rampant. Il fut pris de convulsions. Viviane s’écroula sur le sol, elle sentit un filet de sang lui couler le long des cuisses avant que l’obscurité ne l’engloutisse.
C’est ainsi que Barry les retrouva, quand  rentré de voyage plus tôt que prévu, les bras chargés de cadeaux, il voulu honorer la future mère de son fils avant même de se rendre à son domicile conjugal. Les ambulanciers qui arrivèrent une heure après son appel, ne purent que constater la mort de Viviane et son amant.

PAR YEHNI DJIDJI
Comme vous pouvez le constater, Barry Kouléba n’a toujours pas retrouvé son fils ! Proposez une fin à cette histoire où Barry découvrira l’existence du fils que lui cache sa femme et les retrouvailles…
Si votre texte est choisi comme le meilleur et que vous résidez à Abidjan, vous pourrez remporter un exemplaire gratuit du livre : Côte d’Ivoire cinquante ans d’indépendance en 10 nouvelles, publié par Frat-Mat éditions ou un roman de la collection ADORAS « Nolivée ma folie ». 
Si vous êtes à l’étranger, recevez dans votre boîte mail, une nouvelle inédite. A vos claviers !
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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

14 thoughts on “LE FILS DE BARRY KOULEBA (7)

  1. Bonsoir,

    Le concours est terminé à ce jour et nous sommes très impatients de connaitre le dénouement de l'histoire.
    Comptez-vous le publiez? Si oui pouvez-vous nous dire quand s'il vous plait.

    Merci

  2. Toutes mes excuses de ne pas avoir relayé l'info plus tôt! Je n'ai reçu aucune participation pour le concours de suite! Donc en toute logique, il n'y a aucun gagnant! Toutefois, si vous êtes intéressés pour proposer une suite, vous pouvez toujours le faire en me l'envoyant à mon adresse : yehnidjidji@yahoo.fr
    Je la publierai sur mon blog !

    Bonne journée !!!

  3. Bonjour,

    Si je comprends bien, vous n’avez pas l'intention d'écrire une suite? C'est bien dommage. 🙁
    Je ne sais pas qui aura autant d'imagination que vous. Qui pourrait bien nous peaufiner un bon dénouement…

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