LE PARFUM DU SCANDALE


Article publié dans l’Intelligent d’Abidjan du Mercredi 19 Septembre 2012

La logique voudrait que quelqu’un soit innocent jusqu’à preuve du contraire et non l’inverse. Et pourtant !
Les enquêtes n’ont pas encore livré leurs conclusions, l’accusé n’est même pas encore passé devant un tribunal que les médias et le public l’ont déjà condamné à une peine capitale et irréversible : la destruction totale de sa réputation, l’anéantissement de sa carrière professionnelle et de sa vie de famille.

Nous avons regardé assez de films, entendu suffisamment de témoignages pour savoir que parfois, les accusations de témoins oculaires, les preuves dites irréfutables peuvent avoir été manipulées par des mains occultes. Elles peuvent être le fruit d’une machination finement orchestrée. C’est vrai que les enquêtes valent ce qu’elles valent sous nos cieux. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas attendre les résultats et se lancer dans des accusations hâtives. Et la présomption d’innocence ? Imaginons un seul instant que l’accusé soit innocent et qu’on le découvre plus tard, par un heureux miracle. Quelle vie aura-t-il ? 
Si les accusations se font en public, les excuses pour erreurs de jugement ou d’appréciation se font presque toujours dans le plus grand secret. Qui a le temps, les moyens et, disons-le, l’envie, de mener une nouvelle campagne médiatique pour dire : « celui que j’avais accusé des pires atrocités est innocent. Je me suis lourdement trompé. Je n’ai pas fait preuve de professionnalisme, car tout ce qui m’intéressait c’était mon chiffre d’affaire que le scoop permettrait d’accroître » ? 
Non, personne. C’est le scandale qui fait vendre, pas des excuses larmoyantes. Son parfum enivrant attire le public en mal de sensation. Ainsi, on en use et on en abuse à souhait. On lance des allégations. On détruit la vie de X ou Y au passage et tant pis. 
Un Directeur régional d’une maison de téléphonie soupçonné de pédophilie a fait un bien mauvais buzz sur internet le lundi 17 Septembre 2012, après un article de presse relatant l’affaire. Le nom du « soupçonné », sa fonction, l’endroit où il travaille y est mentionné. Les mêmes informations ont été divulguées sur le père de la victime. Il ne manquait plus que le numéro de téléphone et les adresses des protagonistes. C’est bien triste.  
Dans cette affaire le coupable aurait reconnu les faits. Mais on sait aussi qu’il y a des aveux qui ne sont pas obtenus en caressant le prévenu dans le sens du poil. Bref, il faut toujours garder une certaine mesure car la population s’emporte facilement. 
Déjà ce fait social malheureux, cet acte ignoble entraîne des critiques acerbes envers la structure employant le « soupçonné ». Ce sont des injures, des amalgames, comme si le tout était responsable de la vie sexuelle de la partie…comme si l’histoire avait été récupérée pour servir des dessins plus obscures…plus concurrentiels.
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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

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