L’emploi jeune: une épée de Damoclès sur nos têtes


27 Mar. 2015

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Des jeunes gens qui poursuivent un recruteur, le bousculent, essaient de lui fourrer leur CV dans la main. Le pauvre, apeuré, se réfugie dans un  bureau avec un de ses accompagnateurs. Un troisième homme dehors, fait une barricade de son corps pour empêcher les jeunes assoiffés d’emplois de brutaliser le recruteur qu’on est obligé d’exfiltrer par une porte dérobée, pour que la quiétude soit retrouvée et que l’effervescence retombe. Voici le scénario surréaliste qu’il m’a été donné de voir la première journée des assises de la jeunesse.

Surréaliste parce qu’il est impossible pour moi de concevoir qu’on puisse agresser un recruteur avec un CV. Une fois à l’abri dans son bureau, pensez-vous qu’il voudra se hâter de vous appeler pour travailler avec lui ou qu’il déposera votre CV complet au premier poste de police ?

C’est bien là l’expression du désespoir des jeunes en quête d’emploi qui ont pris d’assaut le palais des Sports depuis le Mercredi 25 Mars. Des jeunes qui ,heureusement, cherchent encore à travailler pour réussir et ne décident pas d’emprunter la voie de la facilité ou de l’immoralité.

Le désespoir, c’est le trémolo dans les propos de cet homme « fraîchement au chômage ». Trois mois seulement d’ « expérience », à écumer les journaux et les sites internet en quête d’une annonce qui colle à son profil. Cet homme qui a contracté un prêt bancaire pendant les jours fastes et qui se retrouve aujourd’hui avec une dette qu’il ne peut pas payer.

« Le chômage ne prévient pas Madame » dit-il le regard triste.

Le désespoir, c’est ce que j’ai vu dans les mains suppliantes de cet autre, qui m’a dit « Madame, ne regardez pas mes diplômes. Si vous avez un job, n’importe lequel, je suis preneur. Madame je suis fatigué. Je n’en peux plus. ». Et moi qui ne pouvais lui offrir que ma compassion, le cœur fendu par sa souffrance. Mais qu’est-ce qu’il en a à faire de ma compassion? Il a besoin d’un salaire. Régulier de préférence. Parce que « l’âge avance et les diplômes vieillissent ».

Tous ces gens, souvent beaucoup plus âgés que moi, m’ont permis de réaliser que j’étais une privilégiée, une exception, alors que je devais être un exemple banal. Le chômage des jeunes, une plaie qui tout doucement est entrain de gangrener. Une épée de Damoclès sur nos têtes. Quand quelqu’un se dit prêt à tout pour s’en sortir, cela signifie ce que cela signifie.

Pas assez d’emplois dans le public. Pas assez d’entreprises privées. Pas suffisamment de personnes « possédées » par l’esprit d’entrepreneuriat. Et les écoles continuent de former des chômeurs. Des chômeurs d’ailleurs couramment mal orientés et mal formés .

Déjà les uniformes scolaires imposés dans la majorité des grandes écoles, veste avec écusson et chemise, ne correspondent pas aux exigences de notre climat tropical pour des salles de classes sans climatiseurs ou ventilateurs. Mais c’est bien le moindre mal. Le contenu de la formation ne correspondant pas aux besoins des employeurs, l’horizon des débouchés est complètement bouché. A telle enseigne qu’une titulaire d’une licence en histoire ne voit aucun inconvénient à mentionner « réceptionniste » ou « secrétaire » dans les fonctions qu’elle espère occuper avec son diplôme.

En outre, une autre plaie de notre école, est l’incapacité même des étudiants à retenir l’enseignement qui leur est administré. Alors que, comme le disait l’écrivain Gauz pendant la Digital Week Abidjan, on les note finalement sur « leur capacité à faire le perroquet » c’est-à-dire à reproduire pendant l’examen ce qui a été déjà vu et revu en classe, certains préfèrent quand même tricher. Avec la complicité des professeurs et/ou des parents, ils sont poussés de classe à classe, malgré leurs lacunes, obtenant des coquilles vides comme diplômes. « Allons seulement » ! Une expression qui trouve tout son sens dans l’école ivoirienne.

Les problèmes de notre système sont connus, mais tout porte à croire qu’ici, comme peut-être ailleurs, on n’a pas envie de trouver des solutions aux problèmes, on a juste envie de montrer que l’on « travaille activement et en priorité » à trouver des solutions. Cela conduit donc à certains coups d’éclat médiatiques qui, s’ils font grand bruit, reflètent en réalité le son caverneux de leur intérieur vide.

Avec les élections qui approchent, ces jeunes désespérés ne sont-ils pas des cibles facilement manipulables ? Pour quelques milliers de francs CFA, ils pourraient battre campagne ou se battre tout simplement pour le plus offrant.

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


9 thoughts on “L’emploi jeune: une épée de Damoclès sur nos têtes

  1. C’est tout simplement désolant. En 56 ans de ce que nous appelons indépendance, les horizons sont bouchés pour la jeunesse en matière d’emploi

  2. C’est vraiment dommage. Ton article est plein de vérité et la vérité fais mal. quelles solutions proposer je n’ai meme pas la force de réfléchir tellement le chantier semble immense

  3. A lire votre article je me pose la question de savoir si le vrai problème n’est pas dû au manque de qualification des jeunes. Le Président de la République disait que les investisseurs sont là et les entreprises sont en train d’être crées mais la jeunesse est moins qualifiée. vérité ou excuse ?

  4. C est vraiment triste. Pendant ce temps les politiques qui se donnent comme objectif la reduction du chomage ne sont même pas habilité à le faire techniquement et intelectuellement et au fil du temps cela s accumule. La génération 70 n a pas été épargnée car les crises des années 90 ont réussi à l’ emporter. Sachons que la CI traine une grande vague de chomeur depuis plus de 24 a 30 ans.
    Même l’entrepreneuriat n est plus la grande porte de sortie qu on croit…

  5. Vous avez tout dit, aujourd’hui le chômage n’avertit pas tu peux obtenir un emploi stable ou pas et d’un moment à l’autre le perdre et tombé dans la classe du chômage du désespoir, comme être bardé de diplome et n’ayant jamais eu la chance d’exercer.Ce schéma est desolant pour nous jeunes de Côte d’Ivoire ou ce qui nous est appris et nous autres refusons de suivre c’est la réussite de par la politique. Jeunesse de Côte d’Ivoire que ses gens arrêtent de nous traiter d’ignard, et d’inintelligent, nous savoir de quoi nous sommes capable, montrons leur que nous sommes des êtres vivant qui aspiront egalement a un bien être.Arrêtons d’être manipulé car le chômage est de tous les bords. Demandons des comptes à ceux qui n’ont promis de l’emploi ou des prêts pour nous prendre en charge.Aujourd’hui ils en jouissent de leur parcourt scolaire parce que Houphouet a voulu qu’il en soit ainsi, mais pourquoi à leur tour refuse t’il que nous soyons heureux?Ils ont volé notre envie de vivre s’ils savaient comment nous autres après plusieurs années de longues etudes parce que n’ayant pas obtenu un emploi sont traité dans nos familles.Que tout ça change et ce changement passera par toi jeune qui lire ce message.Disons non à l’otage de notre avenir et par tous les moyens récclamons ce qui nous ai dû l’emploi ou les prêts pour ceux qui veulent entreprendre.J’ai mal chaque fois que j’y pense que ses personnes ont foutu notre devenir en l’air et ce sont eux qui s’enorgueillissent qu’à notre âge ils ne dormaient plus en famille.Vous pensez que c’est un plaisir pour nous de dormir avec des petits frères?Non, nous sommes indignés mais par manque de moyens financiers nous sommes obligé.Que cela suffise, que ça cesse comme on le dit un lion blessé est très dangereux, cabris mort n’a pas peur de couteau.A bon attendeur salut.

  6. Face au chômage, les jeunes devraient unir leurs idées, leurs actions, leurs forces, le peu d’argent qu’il ont pour créer de la richesse, créer des emplois décents…Nous nous l’avons compris et depuis 2013 nous avons créé l’ONG Anoudêh pour nous inciter tous à AGIR contre le chômage qui mine la jeunesse africaine. La solution au chômage est entre nos mains. Il est utopique de croire qu’un chef d’Etat puisse trouver du travail pour plus de 2 millions de jeunes diplômés, quand on sait que ce chef d’Etat a eu lui-même besoin des voix d’au moins 2 millions de jeunes pour être élu…Croyons en nous mêmes et comme les fourmis de feu, formons un radeau humain qui pourra flotter pendant des années et des années alors que les eaux sont en crues.

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