L’ENFANT N’EST PLUS LE BIEN DE TOUS !


L’année dernière, le fils d’une voisine de quartier, environ huit ans, a découvert un hobby fort intelligent: gratter la peinture de la voiture de ma mère avec un morceau de fer. Toujours pour le « gratteur », un seul jour pour le propriétaire. Le jour du propriétaire est arrivé. Pris la main dans le sac, ou le fer à la main, par maman elle-même. Je ne sais même plus s’il a eu le bon sens d’éclater en sanglots pour toucher sa corde sensible.
Je m’attendais donc à ce que cet enfant, à qui on n’avait pas appris la différence entre une ardoise et une voiture, reçoive une bonne leçon de maman, qui soit dit en passant est professeur.  Quelle belle coïncidence, n’est-ce pas ? A mon avis, il devait s’en tirer avec tout le moins une sévère taloche pédagogique. Mais non. Maman l’a conduit chez ses parents. La mère était absente. Pour raccourcir l’histoire, elle est venu s’excuser à notre domicile avec le coupable en se lamentant sur le fait qu’elle n’avait pas les moyens de s’acheter une voiture et que son fils voulait lui créer des problèmes.
« Mais tantie il fallait le corriger. Il fallait le frapper. »
Maman a répondu quelque chose de ce genre :  » Si tu estimes que ce qu’il a fait mérite une punition, c’est à toi de la lui infliger. Je ne peux pas le frapper « . Elle a insisté :  » c’est ton enfant oh, tu peux le frapper ».
Ma mère aussi a persisté : « je ne peux pas frapper ton enfant à ta place. »
La dame est parti en disant que le frère aîné de l’enfant l’avait déjà bien corrigé avant son arrivée. Le lendemain l’enfant a eu droit à une grande fête d’anniversaire.
Je n’ai pas compris pourquoi maman n’a pas corrigé l’enfant elle-même. Je n’ai pas manqué de lui poser la question. Elle m’a dit ceci : « Si je lui donne la fessée, et qu’il rentre chez lui en attrapant son oeil, ou qu’il a un problème de santé, qui sera accusé ? On oubliera ma voiture. On dira que je suis la méchante voisine qui bat les enfants des gens parce que les siens sont déjà  adultes et ne font plus ce genre de bêtises. Peu importe ce qu’un de ces enfants fera, ne le tape pas. Rentre à la maison. Aujourd’hui l’enfant n’est plus le bien de tous. »
La phrase était lâchée. L’enfant aujourd’hui n’est plus le bien de tous. Il est le bien de ses parents. Parents qui souvent n’ont pas le temps et le recul nécessaire pour voir que leur progéniture est un vrai petit « monstre » hors de la maison. Avant, un enfant arrêtait de faire une bêtise quand il voyait une grande personne. Ce n’est plus le cas.Une fillette à peine plus haute que trois pommes débitait des grossièretés non loin de chez moi ( non je n’habite pas un quartier mal famé). Elle était entourée d’enfants plus âgés, qui l’écoutaient insulter ainsi sans réagir. Je me suis arrêtée à son niveau, hésitant entre lui faire la morale et lui donner une claque. Pendant de longues minutes je regardais cette petite fille d’à peine quatre ans. Est-ce qu’elle s’est gênée pour se taire ? Non. Elle a d’abord fini d’exprimer son ressentiment envers sa cible. Les injures que cette petite sortait de sa bouche supposée innocente, je n’ose même pas les réécrire ici. J’ai continué mon chemin en priant intérieurement que mes enfants ne soient jamais comme ça. Jamais.
Où va le monde ? Avant quand on jouait au ballon, on criait « temps mort » pour marquer une pause lorsqu’on voyait un adulte arriver à des kilomètres. Aujourd’hui les enfants continuent de jouer, osent même venir faire des dribles entre vos jambes, au risque de vous faire tomber et s’excusent à peine quand la balle vous heurte. Et lorsque  vous voulez confisquer l’arme du crime, le chaperon des enfants,  un adulte, qui a  assisté à la scène et laissé faire, jaillit de nulle part pour demander pardon. Pas pardon parce qu’ils vous ont offensé, mais pardon pour que vous laissiez le ballon :
« ce ne sont que des enfants. »Plus tard ce sera « ce ne sont que des jeunes », puis « ce ne sont que des adultes ». Des enfants incontrôlés et incontrôlables sans discipline, qui n’ont peur de rien. Même pas de leurs parents qui peinent à avoir une quelconque autorité sur eux. Quels adultes deviendront-ils ?
Si notre jeunesse n’a plus ses repères, c’est pire encore pour nos enfants. Les parents sont tout simplement décevants dans leur manière d’éduquer. Ils encouragent leurs enfants à transgresser la plupart des règles qu’on leur a eux-même inculqué, par un laxisme déconcertant. Nous sommes nombreux à nous offusquer de l’impolitesse des enfants envers leur parents dans les films occidentaux. Alors que cela a lieu chez nous, et que nous ne faisons rien.
« Ne parles pas trop, me dit-on à chaque fois que j’évoque le sujet, tu n’as pas encore fait tes enfants ». Et comme à chaque fois je m’arrêterai là pour ne pas que la malédiction de l’impolitesse chronique s’abatte sur ma descendance. Mais sachez que je n’en pense pas moins.
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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

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