LES ADMIRABLES CONSEILLERS


01 Sep. 2011

J’étais en classe de troisième. Il faisait excessivement chaud et on avait une séance de travail au Lycée, pour préparer un exposé. J’ai enfilé un short  large (qui n’était pas d’ailleurs si court quand je regarde les ras-de-…que les filles portent aujourd’hui dans les rues. Je ne voyais franchement pas le problème, vue que j’avais même fait un bout de chemin avec mon père, qui ne m’avait pas demandé d’aller me changer.
Une fois à l’école,  je me  suis rendue compte qu’une de amie musulmane était dans un grand boubou, voilée jusqu’aux oreilles. Je n’ai pas pu me taire.

-Tu n’as pas chaud? Moi je suffoque à ta place.
Elle a sourit et m’a dit gentiment.
-Les gens pensent qu’on a chaud à l’intérieur mais la température est bonne. Je ne sais pas si c’est le tissu ou l’habitude mais je n’ai pas chaud en tout cas.
C’est alors qu’une autre amie de classe avec laquelle nous devions préparer l’exposé a fait irruption dans la discussion: 

-Donc tu vas dire que c’est à cause de la chaleur que tu t’es habillée comme ça?
-Oui! Où est le problème? Tu ne vois pas qu’il fait chaud?
-Vous les filles d’Abidjan quand vous voulez commencer à chercher garçon là, c’est sur la chaleur vous mettez! Tu ne vois pas que c’est trop court. C’est comme ça qu’une chrétienne doit s’habiller?
Chers lecteurs, vous devinez aisément l’état dans lequel j’étais, surtout que nous n’étions pas seules quand la moralisatrice a décidé de venir justifier son salaire. Je ne sais plus si l’exposé a mal fini ou pas, ni la note qu’on a eu, mais ce que je sais c’est  que quelques mois plus tard mon admirable conseillère a commencé à se faire rare en classe. Même quand elle venait, elle était bizarre, maladive, dans un gros pull-over. 
On a appris, à notre plus grand étonnement, qu’elle était enceinte. Je rappelle que nous étions en classe de troisième, donc notre âge variait autour de quatorze ans.
Je n’aurais pas dû, mais j’avoue que je me suis moquée d’elle dans mon cœur, parce que moi au moins je mettais mes jambes dehors, mais personne ne les touchait à plus forte raison parler de mettre au monde un enfant.
Elle était devenue l’exemple à ne pas suivre dont les éducatrices nous rabâchait les oreilles. Quand elle est revenue à l’école quelques jours après, je l’ai regardé en souriant. Elle n’a sans doute pas compris pourquoi.
Certaines personnes se prennent pour l’admirable conseiller. Elles usurpent le titre du Saint-Esprit et ont des critiques à faire à tout le monde, sur tout. Même si leur avis n’est pas requis, même si elles sont en opposition totale dans les faits avec la doctrine qu’elles défendent.
Avant de faire la moral à quelqu’un, il faut s’assurer soi-même d’avoir une bonne vie sinon, on s’expose au ridicule. L’adage « fais ce que je dis mais ne fais pas ce que je fais », est caduc et l’apanage des personnes irresponsables. Vous savez ce qui est bien, vous le conseillez aux autres mais vous ne le faites pas alors que rien ne vous en empêche. Quelle est votre crédibilité?
Et puis même quand on veut faire des reproches, il y a la manière, le ton. Un bon reproche mal dit peut créer énormément de dégâts. Pourquoi ne pas appeler la personne en aparté afin de lui parler? En tant qu’être humains, imparfaits, nous ne sommes pas infaillibles! Ce qui arrive à l’autre, l’attitude que l’autre adopte, aurait pu être la nôtre, si nous avions connu le même parcours que lui, si nous étions nés dans la même famille, si nous avions fréquentés les mêmes milieux.
Quand j’étais plus jeune (11 à 13 ans), j’ai dit un jour à ma cousine que je n’aimais pas les gens qui fument. C’étaient des irresponsables qui jouaient avec leur vie et la vie des autres et que Dieu condamnait cette pratique. Il ne fallait pas qu’on compose avec ce genre de personnes. Elle m’a regardé perplexe avant de me dire que son père et sa mère fumaient. J’ai été bien embêtée.
Peut-être que si mes parents avaient aussi cette habitude, j’aurais eu un avis différent.? Peut-être même que je me serait moi aussi mise à fumer.
Le conseiller, n’est pas mieux que celui à qui il prodigue ses conseils. Il a seulement emprunté à un moment « m », une voie différente et ce n’est souvent pas par mérite mais par un concours de circonstances. Il n’est pas à l’abri d’une chute. Il doit pouvoir se le rappeler afin de ne pas être traité durement et esseulé, si jamais il tombe. Car de la mesure dont tu useras pour les autres, on usera aussi pour toi.

Stay blessed!

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

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