LES CHEMINS DE LA RÉUSSITE


J’ai revu une fille de ma promotion au lycée. Plusieurs années après notre baccalauréat et quelques vicissitudes de la vie plus tard, je la retrouve vendeuse dans un marché. Le malaise était évident. Cela sautait aux yeux qu’elle avait honte de sa situation…sans même connaître la mienne…juste parce que j’étais de l’autre côté de l’étalage.
Pourquoi avoir honte d’un métier honnête qui permet de subvenir à ses besoins ? J’ai ressenti de l’admiration pour elle, non de la pitié et encore moins du mépris. Je me suis demandée si j’aurais eu le courage de faire comme elle, si j’avais été dans l’incapacité de trouver du travail. Honnêtement, je n’en suis pas sûre.

Combien sont ceux qui sont prêts à entreprendre quand ils n’arrivent pas à obtenir un travail à la « hauteur » de leur diplôme ? Ils préfèrent se contenter de déposer des dossiers dans des entreprises, attendant que le Directeur des Ressources Humaines ait pitié d’eux. Mais ils ne sont pas les seuls chômeurs et pas forcément les plus qualifiés. En plus, le DRH a peut-être une nièce qui a fait la même formation et qu’il serait ravi d’employer.
Certes, sur les bancs de l’école, tout le monde aspire à être médecin, avocat, architecte…astronaute. Les parents encouragent cette rêverie candide. Mais que fait un avocat quand sa voiture est en panne ? Il l’envoie chez le petit garagiste maculé d’huile de moteur et qui a peut-être arrêté ses études avant d’avoir obtenu un diplôme. Que fait le médecin quand il veut manger équilibré, comme on le lui a enseigné dans sa faculté ? Il s’adresse à la petite vendeuse de fruits qui est peut-être analphabète. Et qui donne vie au croquis de maison que l’architecte a appris à dessiner à l’école ? Le maçon aux vêtements déchirés et poussiéreux qui s’est peut-être reconverti après avoir cherché à valoriser son diplôme d’ingénieur en vain.
Oui, nous désirons tous être celui qui est en position de domination dans les relations humaines. Mais le plus fort n’est pas toujours celui qu’on croit.
La vérité est là. Les temps sont durs. On ne peut se permettre de faire la fine bouche. On prend ce qui nous tombe sous la main même si le poste n’a aucun lien avec nos études. Il y a des comptables de formation qui se retrouvent aujourd’hui, assistantes de direction. Il y a des pères de famille qui prennent leur mallette tous les matins pour se rendre au travail alors qu’ils touchent un salaire de misère. Certains ne sont même pas payés. Mais ils essaient de sauver les apparences. Et les apparences sous nos cieux sont sauvées uniquement quand vous travaillez dans un bureau climatisé. Peu importe si vous passez vos journées à faire des photocopies, téléphoner, jouer au Solitaire et rafraîchir vingt fois votre page Facebook.
Le groupe les garagistes a raison: « Ivoirien content bureaux ». Et on envie ceux qui y travaillent. Nous devons comprendre ceci : il faut que certains produisent pour que d’autres vendent et il faut que certains vendent pour que d’autres achètent. Il n’y a pas de sots métiers. Je préfère diviser les métiers en deux catégories: ceux qui sont honnêtes et ceux qui ne le sont pas.
Tant que vous faites un travail honnête qui vous permet de payer les factures, épargner un peu …et rêver beaucoup, pourquoi être complexés?
Notre statut actuel n’est pas la fin de notre lutte pour un meilleur lendemain. Ce n’est pas la fin du parcours mais une étape. La fin, ce n’est pas quand nous sommes vieux ou pauvres. La fin c’est lorsque nous sommes morts.
Il n’y a pas qu’un chemin menant à la réussite, il y en a plusieurs et cette réussite s’appréhende selon des critères qu’il revient à chacun de fixer.
Que Dieu nous bénisse!
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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


11 thoughts on “LES CHEMINS DE LA RÉUSSITE

  1. vraiment j'ai adoré, ce message est une lumière pour nos sociétés africaines aujourd'hui dans les ténèbres à la recherche du prestige plutot que de la vraie vie où on est vraiment ce qu'on fait croire qu'on est. merci bien que DIEU vous bénisse

  2. C'est le plus bel article que j'aie lu sur un blog ivoirien depuis quelque temps. Merci pour l'exhortation et pour…le régal intellectuel.

  3. Félicitations, je suis devenue une adepte de ton blog par pur hasard;
    et je t'assure que je me regale à chaque fois que je te lis. Je me surprend même par moment, sentir que ton blog me manque.
    Bonne chance pour la suite

  4. Continue toujours d’écrire avec des idées simples. « La simplicité n’est pas le contraire de la profondeur » Bravo!!!

  5. Je viens de lire ton article dont le contenu est fort édifiant et je ne puis partir sans laisser ce commentaire.
    En effet, en matière de métiers, il n’y en a pas de sots, mais plutôt de sottes personnes. Et aussi un problème lié à notre système éducatif qui met beaucoup plus l’accent sur la généralité. Il n’est pas étonnant de voir des étudiants en informatique n’avoir jamais touché à un ordinateur! Et pourtant ça aurait été la moindre des choses… En Côte d’Ivoire, tout le monde le sait, c’est la bureaucratie et si ce n’est pas le cas c’est le suivisme aveugle dans l’exercice de telle activité… Un ami m(a raconté une histoire fort émouvante que je voudrais partager avec tes lecteurs…
    Il s’agit d’un mécanicien qui avait du mal à faire démarrer une voiture qui était en panne sur la voie routière… Un ressortissant ghanéen passant par-là avec sa machine à coudre, se sentant interpellé par la situation présente, s’approcha de lui après s’être débarrassé de son outil de travail habituel… Quelques minutes après, la voiture fut mise en marche sous les applaudissements nourris des témoins… Une telle performance faite par le ghanéen n’est pas venue du néant… C’est que dans son pays le système éducatif est fait de telle sorte que l’élève qui n’arrive pas loin, peut s’insérer facilement dans le tissu social avec ses connaissances diverses en couture, menuiserie, mécanique automobile, etc.

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