Les dépanneurs: à l’affût des flots


28 Juil. 2014

credit photo: Toussaint Santos
credit photo: Toussaint Santos

Depuis quelques mois les pluies diluviennes sont le lot des ivoiriens, avec leur cortège de dommages plus ou moins importants. Comme le malheur des uns fait le bonheur des autres, certains tirent profit de cette pluviométrie exceptionnelle pour se constituer un pécule intéressant. Si on a tendance à penser tout de suite aux vendeurs de parapluies et d’imperméables, qui voient leur chiffre d’affaire réaliser des bonds significatifs, il existe aussi un autre type de bénéficiaires que l’on pourrait surnommer les « dépanneurs ».

Les « dépanneurs » établissent leur camp non loin des endroits creux, où l’eau stagne aisément. Ils sont prompts à dresser des passerelles de fortune, avec de grosses pierres ou des morceaux de bois, que les piétons pourront emprunter moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes. La bourse ou la flotte : il faut payer ou s’aventurer dans les eaux parfois boueuses à ses risque et périls.

Ces jeunes gens ont également des services dédiés aux automobilistes qui jaugent mal la capacité de leur véhicule à traverser les étendues d’eau. Dès lors que les roues du véhicule sont embourbées, ou pis, que le moteur noyé refuse de se remettre en marche, ces « bons samaritains » surgissent, tout en muscles, pour le déplacer sur le trottoir ou le pousser jusqu’à un parking à proximité. Bien entendu, là où d’habitude un simplement remerciement suffirait, il faut encore mettre la main à la poche, car il ne s’agit pas d’un geste altruiste mais d’une activité accessoire et hautement lucrative pour arrondir les fins de mois anguleuses.

Le droit de passage excède rarement 500 F CFA en ce qui concerne les piétons. Toutefois, les voitures bénéficient d’un traitement différent. Les exigences vont parfois jusqu’à 50 000 F CFA.

Lorsque les négociations n’aboutissent pas à une entente, les bienfaiteurs peuvent alors se montrer agressifs et prendre par la force ce qu’on leur a refusé de bon gré. Alors, il est préférable de négocier le prix  à l’avance, autant que faire se peut, pour limiter les querelles.

« Ils ont déjà demandé 50 000 F CFA à un ami pour le dépanner. Il était dans une voiture neuve et vêtu d’un complet veston. Dehors l’eau était au niveau des portières. Il a fini par donner 25 000 F CFA après négociation. »M Kouassi, homme d’affaire.

Des tarifs à vous dissuader de mettre le nez dehors en temps de pluie. Malheureusement, dans l’imagerie populaire, posséder une voiture rime avec prospérité financière, alors pas de pitié.

Les « dépanneurs » jouent donc sur les circonstances pour s’enrichir. En outre, ils ont un argument imparable pour justifier leurs tarifs, tout le moins en ce qui concerne les automobilistes.

« Tonton, si c’était SOAD, vous alliez payer plus que ça ».

Effectivement, cela est bien plus économique de se faire aider par « les dépanneurs » officieux plutôt que par la Société Abidjanaise de Dépannage officiellement préposée à cette tâche. La cherté des prestations  de cette structure fait l’objet de complainte des usagers tant sur internet qu’à travers des certains articles dans la presse. Avec eux c’est vite fait, bien fait et cher payé.

D’ailleurs, la rumeur court que « les dépanneurs » officieux n’hésitent pas à appeler eux-mêmes la SOAD quand l’automobiliste, récalcitrant à accepter leur aide, et veut s’étendre dans un verbiage trop creux à leur goût, histoire de se venger de leur avoir faire perdre un revenu substantielle.

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


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