LES PETITES HISTOIRES DE YEHNI N°12


L’HOMME IDÉAL 
Bénis sois celui qui a inventé Internet et les sites de rencontres. C’est un peu comme entrer dans un grand magasin bien achalandé où des vendeuses compétentes vous guident pour trouver le produit de vos rêves. Avec Internet, pas besoin de tâtonner et d’embrasser plusieurs grenouilles avant de tomber sur le prince charmant. Il vous offre l’homme idéal sur un plateau en or massif.

Il y a eu des moments, dans mes précédentes relations, où je ne connaissais même pas le vin ou le parfum préféré de mon chéri. L’occasion ne s’était jamais présenté pour que je pose la question. Or, sur le site, chacun remplit un formulaire détaillé qui aide l’ordinateur à isoler, dans la multitude de demandes, les personnes qui correspondent le plus à votre profil. On sait tout de l’autre en un clic.

J’ai installé la connexion chez moi pour mener à bien ma recherche de l’homme idéal. La somme que je dépensais dans les cybercafés était trop élevée pour la qualité de service qu’ils délivraient. J’avais besoin de confort et de calme. Je vivais seul dans un studio américain. C’était parfait. Comment j’en suis arrivé à rechercher l’âme sœur sur internet? C’est un choix. Je ne recherchait pas d’hommes blancs en particulier. Je n’avais pas connu de chagrin d’amour. D’ailleurs, c’est moi qui rompais à chaque fois. J’avais des prétendants, comme cette sangsue de Célestin qui pensait qu’il pouvait réussir à me convaincre en touchant ma corde sensible.
-Célestin, en amour on ne fait pas la charité. On aime ou on n’aime pas. Je ne t’aime pas. Je ne peux pas me mettre en couple avec toi parce que tu fais pitié !

Il continuait d’insister. Ma grande sœur trouvait que j’étais trop difficile.

-Arrêtes d’être aussi exigeante. L’homme idéal n’existe pas. Tu vieillis ma chérie. L’horloge biologique tourne.
-elle peut continuer de tourner je n’ai aucun pouvoir pour arrêter sa course. Mais j’ai le pouvoir de choisir celui avec qui je veux passer le reste de ma vie et je compte bien choisir la qualité supérieure. Je ne veux pas d’un mari de troisième main.
-Les femmes aussi difficiles que toi finissent toujours avec des gars laids, qui ne ressemblent en rien à leurs critères.
-Ta parole est vaincue.

Au bout de quatre mois de recherche, j’ai rencontré Jim Kobla. Nous nous accordions parfaitement. C’était comme si je me regardais dans un miroir. Nous avions les mêmes passions, les mêmes goûts, la même vision du monde. En plus sa photo de profil était canon.  Nous avons échangé nos contacts et nous avons commencé à nous parler en dehors du site de rencontre, via nos adresses mails respectives. Je passais des nuits blanches à discuter avec lui. Le matin je somnolais au travail.
Nous sommes alors passés au téléphone. Jim avait une voix envoûtante qui me faisait rêver. Il avait un léger accent hérité de son Burkina natal, accent qui donnait du charme à sa voix. J’étais impatiente de le rencontrer enfin. Jim m’a annoncé une bonne nouvelle. L’entreprise pour laquelle il travaillait aux Etats-Unis avait décidé d’ouvrir une filiale à Abidjan. Il avait été plébiscité pour en être le Directeur général adjoint. J’étais ravie.

Il a souhaité qu’on profite de sa venue pour faire les démarches pour le mariage traditionnel. J’étais aux anges. J’ai annoncé la nouvelle à ma famille. J’ai commencé à préparer sa venue. Je devais aller le chercher à l’aéroport. Le jour de son arrivée, Jim m’a appelée. Il était déjà en Côte d’Ivoire depuis la veille. Il se trouvait dans un restaurant et voulait que je l’y rejoigne. Je tremblais de joie. J’ai mis un soin particulier dans le choix de ma tenue. Je voulais vraiment qu’il garde un bon souvenir de cette première rencontre. Tous mes habits m’ont paru inappropriés. Je voulais lui taper dans l’œil. Finalement j’ai trouvé ce qu’il me fallait. Une robe volante, à petits motifs floraux, qui s’arrêtait bien au-dessus de mes genoux. J’avais de belles et longues jambes, qui étaient un de mes atouts de séduction.

Quand je suis entrée dans le magasin, je n’ai pas vu Jim. Je l’ai cherché des yeux, en vain. Un homme s’est approché de moi. Il était laid comme un pou. Je me suis dit en moi-même, que s’il osait venir me draguer j’allais l’insulter.
« Stéphanie ? »

Ce n’était pas possible. C’était la voix de Jim, mais le visage d’un parfait inconnu ! Et quel visage ! Il ne ressemblait en rien à la photo.
-Jim ?
-Oui !
-Mais qu’est-ce que cela signifie ?
-Je peux tout t’expliquer. Viens t’assoir !
-Non, ce n’est pas la peine !

Les autres clients commençaient à nous regarder. J’ai fini par accepter de discuter avec lui.

-Je sais que j’ai mal agit en te trompant sur mon physique. Je m’excuse. Je sais pertinemment que mon visage n’est pas attrayant. Je suis désolé !
-Pourquoi tu as fait ça ?
-Les gens ne prennent pas la peine de voir au-delà des apparences. Je suis convaincu que je ferai un bon conjoint. Mais aucune femme ne veut me donner une chance.
-Franchement, tu es vilain. Je ne t’apprends rien. Mais ce sont des choses qu’on aurait pu surmonter si tu avais été sincère dès le début.
-Tu es sûre que tu aurais donné suite à ma demande si je m’étais présenté ainsi ?

J’ai dû reconnaître que non.

– Je voulais avoir la chance de connaître la femme de mes rêves. Je te prie de m’accorder trente minutes. Rien que trente minutes de ton temps. Si après cette discussion tu ne veux pas me revoir, je comprendrai et je te laisserai en paix.
-Ok !

Nous avons discuté comme de vieux amis. Jim était très intelligent. Il avait de l’humour, nous avions tellement de point commun. J’ai passé un moment agréable. Je ne voyais plus sa laideur. A la fin de la discussion il m’a demandé si je voulais l’épouser. Si je répondais « non », il allait partir sans rancune et me donner quand même la bague de 1000 dollars qu’il avait prévue pour moi. Ce serait un dédommagement parce qu’il m’avait fait perdre mon temps.

J’ai réfléchi, j’ai bien réfléchie et j’ai du « oui ». Mes parents ont été choqué par mon choix. Ma sœur s’est moquée de moi.
-Je t’avais prévenue !

J’ai tout accepté, les moqueries amicales ou non, les remarques acerbes ou non. Après plusieurs années de mariage, je ne regrette pas d’avoir épousé Jim. Je ne pense pas que j’aurais été plus heureuse avec un autre homme. Il me couvre de cadeau. Il est à mes petits soins et vice versa. Croyez-le ou non, nos deux enfants sont d’une beauté remarquable. Pour couronné le tout, Jim est d’une fidélité exemplaire. J’ai une confiance absolue en lui. La plupart des femmes s’arrêtent à son apparence. Tant mieux ! Mon petit bijou est à moi toute seule !

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

7 thoughts on “LES PETITES HISTOIRES DE YEHNI N°12

  1. Très belle histoire …
    nous nous attardons un peu trop sur les apparences de nos jours plutôt que de chercher a réellement connaitre la personne qui est devant nous.
    merci pour cette très belle leçon Yehni

  2. Très belle histoire …
    Telle que décrite elle met en évidence un avantage des rencontres en ligne et aussi une phénomène ( MASQUERADE ATTACK )de plus en plus présence qui rompt toute la magie d’une rencontre en ligne qui pourrai s’avérer intéressante et qui aboutirai comme celle que tu décrit à une union parfaite entre un homme et une femme.

  3. A défaut de grives, faut se contenter de merles !

    le train de l’amour passera à nouveau le 22 2 22 ! Et il faudra être à l’heure cette fois ! lool

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