LES PETITES HISTOIRES DE YEHNI N°16


15 Mar. 2012

Quoi? Deux petites histoires  ce mois-ci ? Oui, le 12 Février, nous étions encore dans la spirale CAN2012. Il n’y a pas eu de petites histoires de Yehni. J’en publie donc deux ce mois-ci. 
TEL PERE… 

Il n’y a pas vraiment de différence entre l’odeur de la chair humaine qui brûle, et celle des moutons que l’ont passe au feu pendant les fêtes de tabaski. C’est la même odeur âcre, qui irrite la gorge et provoque un haut-le-coeur.
Comment pouvait-il penser à son enfance alors qu’il était sur le point de mourir ? Était-ce donc cela, cette fameuse vie qu’on était censé voir défiler avant de passer de vie à trépas? Il se revoyait déambulant dans les rues du vieux Bassam avec ses amis, traîner dehors pendant des heures et des heures, nourrissant le secret espoir de se faire gronder, une fois à la maison.

 « Tu es stupide comme ton père ! » 
 Cette phrase Zacharie l’avait entendu des centaines de fois. Pourtant, il n’avait jamais vu son père.  Il ne l’avait jamais serré dans ses bras. Il ne s’était jamais assis sur ses genoux. Il ne l’avait jamais vu en photo. Il ne connaissait même pas son nom. Il savait seulement, qu’ils avaient un point commun, un héritage qui les unissait : la stupidité. Sa mère le lui balançait à la figure à chaque fois qu’il commettait une bêtise. 
Plus jeune, il avait naïvement crû que la mention « inconnu » sur son extrait de naissance était le nom de son père. Alors un jour en classe, il avait fièrement répondu : « Ma mère s’appelle Reine Ségui et mon père s’appelle Inconnu » quand la maîtresse lui avait demandé le nom de ses parents. Personne ne fut assez méchant pour lui enlever son innocence ce jour-là. Mais bien plus tard, il découvrit de la plus dure des manières, que « Inconnu » n’était pas un nom propre,  ce qui n’était pas le cas de « Bâtard ».

Quand il posait des questions à ses tantes ou ses oncles, il avait juste droit à des  » tu es trop petit pour parler de ces choses-là. » 

A mesure que le temps passait, Zacharie compris que pousser sa mère jusqu’à l’énervement était le seul moyen pour lui de l’entendre parler de son géniteur. Il avait remarqué que, à chacune de ses incartades, il en apprenait d’avantage sur lui. Plus la faute était grave, plus le sermon était long, et les informations juteuses. Il avait soif de savoir qui était son père et il buvait les injures de sa mère. Il mourait d’envie de connaître les raisons de son abandon…parce qu’il devait avoir des raisons. On ne laissait pas une femme et un enfant sans explications valables. Sa mère bien que coléreuse était très belle et Zacharie lui-même était intelligent et studieux. Il fallait absolument un motif pour que son père ait abandonné une famille aussi modèle. 
 Un verre cassé : « tu es comme ton père, tu détruis tout ce qui a de la valeur.». Une leçon mal sue « Tu es stupide comme ton vaurien de père ». Un tapis tâché « tu ne peux pas faire attention ? Tu es maladroit comme ton père ». Il s’adonna au vol, histoire de voir quelles informations il pourrait en retirer. « Tu es un petit voleur comme ton père, ce sale repris de justice. Tu veux finir comme lui, c’est ça ? »
Il essaya l’alcool « sale ivrogne, tu vas finir dans un caniveau comme ton père ». Son père était-il mort dans un caniveau après une nuit bien arrosée?

Et Zacharie avait continué à aligner menus larcins, délits, crimes sans savoir que sa mère n’avait elle-même aucune idée sur l’identité de celui qui l’avait droguée, violée, et mise enceinte au cours d’une fête au lycée.  Attribuer tous les maux du monde à cet inconnu était sa façon à elle d’exprimer sa colère, de tenter de surmonter son traumatisme. Elle luttait ainsi contre les sentiments contradictoires qui l’habitaient lorsqu’elle voyait son fils, le fruit de cette abomination, moitié elle, moitié diable.

« Toujours pour le voleur, un seul jour pour le propriétaire » dit l’adage. Zacharie et ses complices s’étaient fait prendre la main dans le sac alors qu’ils tentaient de cambrioler une villa. Visiblement, ceux qui les avaient surpris n’avaient pas l’intention de les conduire au commissariat. Il était incroyablement calme malgré les coups reçus. Était-ce dû à la drogue qu’ils avaient consommée avant de venir accomplir leur forfait? Il avait l’impression que ce n’était pas lui qu’on était entrain d’enserrer dans des pneus superposés. L’odeur d’essence, les cris. Les cris de la foule en liesse, les cris de ses complices devenus des torches humaines déchiraient l’atmosphère.. La foule réclamait du sang…
« Est-ce que voleur a pitié ? Tuons-les ! »
« Ils vont payer pour tous ceux qui ont volé ici auparavant »

Quand il vit la flamme danser au bout du briquet allumé, il se demanda si son père avait déjà été dans cette situation…s’il serait fier de lui.

photos: http://samia-zik.skyrock.com 

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


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