LES PETITES HISTOIRES DE YEHNI N°18


En pleine cérémonie de mariage. Mais je ne voulais pas rater le RDV du 12. Je ressors donc une vieille lettre. 

LA FEMME SOUMISE

La femme soumise, idéal masculin, gloire de l’homme fier, qui bombe la poitrine tout en l’avilissant. Mais si le sexe dit « faible », est lésé dans le partage de la force physique, son intellect compense ce handicap et peut faire germer les plans les plus machiavéliques quand, le dos au mur, la femme soumise prend conscience des abus dont elle est victime. 
Mon très cher mari, 
Tu dois être surpris que je sache écrire. Permets moi de profiter de l’occasion pour t’annoncer que je sais également lire. C’est pour toi, pauvre insensé, que mes parents ont mis fin à mes études. Il fallait qu’on se marie au nom de je ne sais trop quel accord qui liait nos familles, pour sauver l’honneur. Oui, je me suis sacrifiée pour l’honneur. Mais toi, tu ne voyais pas cette union de cet œil. Tu ne voyais en moi que l’affreuse, l’horrible villageoise qui voulait te séparer de ta Sophie. Sophie que tu aimais tant. Tu ne t’intéressais à aucune information me concernant. Tu ne voulais pas de moi. Le message était clair. Mais devant l’insistance de nos parents tu m’as épousée et tu as fais de Sophie ta maîtresse.

Tu ne m’accordais aucune considération. Tu faisais comme si je n’existais pas. Ton père t’a alors demandé un héritier. Tu n’as rien dit. Comment lui avouer que notre mariage n’avait pas été consommé ? Comment lui dire que nous faisions chambre à part ? Tu n’avais pas ce courage là ! Il n’y avait qu’avec moi que tu te sentais tout puissant. Tu as dû rejoindre le lit conjugal, chose que tu as semblé apprécier. C’est sans doute cette faiblesse qui t’a poussé à devenir carrément inhumain. Tu me battais pour rien. A deux, ou devant tes amis, tu me dénigrais et m’humiliais sans arrêt. Ils n’avaient d’ailleurs plus de respect pour moi. Certains se permettaient de me faire des propositions indécentes. Tout cela parce que toi, tu l’avais cautionné. Et moi je restais soumise et obéissante. Je n’étais pas bête, non ! J’avais le sens de l’honneur, moi. J’étais prête à tenir ma parole donnée, contre vents et marrées. Peut-être aussi que je t’aimais secrètement, sans m’en rendre compte.

C’était un 9 novembre. Tu es rentré ivre, et tu m’as battu si violemment que j’ai fait une fausse couche. Tu ne savais pas que j’étais enceinte, alors tu n’as rien remarqué. Mais pour moi, l’indifférence que je te portais s’était transformée en haine. Mes entrailles criaient vengeance pour la perte de mon premier enfant. Le mois qui a suivi ton infanticide, tu as été promu. En tant que comptable tu as commencé à gérer de grandes quantités d’argent. Tu collectionnais les maîtresses et Sophie s’est suicidé pour cela. Comment je sais tout ces détails ?  J’ai mes sources ! La folie des grandeurs s’est emparée de toi. Tu vivais au dessus de tes moyens. Ou plutôt tu vivais au même niveau que les caisses de ton entreprise dans lesquelles tu puisais frauduleusement de fortes sommes. Tes deux complices et toi, vous n’avez même pas fait d’efforts pour vous cacher de moi. Que craindre d’une analphabète ? Vous pensiez que je n’étais pas un danger. Tu pensais que je n’étais pas un danger.

Pour toi, vous étiez trois à connaître la combinaison du coffre-fort, où tu cachais le fruit de votre travail avant de le déposer à la banque. Mais vous étiez quatre avec moi. Alors ce matin quand tu es parti au bureau, j’ai tout pris, oui tout. J’ai vidé ton coffre-fort. Ne cours pas vérifier tout de suite je t’en prie, fini de me lire. Tu me dois bien cela. Après tant de brimades et de violence, tu me dois bien quelques minutes. Au fait, j’ai vidé notre compte commun. J’ai également pris le soin d’envoyer une lettre anonyme a ton patron alors attends toi à la visite d’auditeurs sous peu. Tu as deux options : la mort ou la prison. Je ne pense pas que tes complices accepteront aussi facilement que tu aies perdu votre argent. Quant à moi, après six années de souffrances à tes côtés, je peux crier enfin « je suis libre ». Je quitte le pays avec la grossesse que je porte de toi. Jamais cet enfant ne connaîtra le monstre qu’il avait pour père.

Adjobi ton épouse,

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


7 thoughts on “LES PETITES HISTOIRES DE YEHNI N°18

  1. Un véritable talent d’écriture et de narration. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un film:mariage forcé,soumission de la femme,violence conjugale,domination de l’homme,relations adultères,escroquerie,humiliations de l’entourage,perte d’un enfant,départ de l’épouse et une liberté retrouvée.La vengence est un plat qui se mange froid.A la fin du texte,il est dit que l’épouse quitte le pays avec la grossesse qu’elle porte de son mari or elle a fait une fausse couche,elle a donc perdu son bébé.Donc l’enfant ne peut pas connaitre son père,si j’ai bien suivi le fil de l’histoire…

  2. Je suis toujours un peu choqué de voir les hommes décrits comme le « grand méchant loup »! Non pas que ce qui est dit sur leurs comptes soit faux, mais je doute que cela produise l’effet de changement escompté. Le changement vient de modèle à suivre et non pas de choses à éviter! Quand à la petite fille, on dit « fais comme Maman », au petit garçon, on dit  » Ne fais pas comme ton père ou comme les hommes »! S’il ne fait pas comme eux, comme qui doit il faire???

    1. Ne sois pas choque de voir les défauts des hommes exposés dans un texte.il en existe également qui depeignent les femmes sous ce même angle peu valorisant. Je ne crois pas que l’homme soit plus méchant que la femme. Chaque être humain porte en lui son lot de qualités et de defauts, de bien et de mal. Le choix lui revient.pour ce qui est du modèle, on aimerait bien que l’enfant copie et imite ce qu’il y a de bon en quelqu un. Il existe des mères qui agissent mal et qu’on ne doit pas prendre en exemple.

  3. Euh j’aime pas l’histoire parce que l’héroine se victimise et surtout parce qu’ayant la tête sur les épaules, elle a laissé faire et a pris une seconde grossesse. C’est malhonnete et immoral d’avoir un enfant dans ces conditions et vouloir assumer seule l’enfant. Il n’a pas demandé à naitre lui!

  4. Une femme enceinte battue,humiliée et trompée par son mari a deux choix possibles:celui de rester ou de partir.Malgré tout ce qu’elle a subit,elle a le courage un jour de prendre son destin en main et d’etre une actrice de sa vie.C’est en tant que Maman Responsable et pensant à l’avenir de son enfant qu’elle décide de quitter le père pour ne pas faire subir à cet etre innocent ce qu’elle a vécu dans son couple.C’est vraiment une héroine des temps modernes qui donne une leçon de vie à toutes les femmes qui souffrent en silence.Ah oui,j’adore ce genre de personnage qui montre que la femme africaine peut se révolter meme quand la situation est désespérée et ne s’y prette pas.

  5. J’adore! Cela montre qu’on ne doit jamais sous estimer une femme et surtout une femme blessée et bafouée.

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