LES PETITES HISTOIRES DE YEHNI N°7


12 Juin. 2011

Inspirée d’une histoire vraie….
AU PIED DE L’AUTEL
Qu’est-ce qui peut pousser une femme à dire « non » devant l’autel? Je me suis souvent posée cette question.
Les films à la télévision nous montrent sans cesse le stéréotype de la future mariée qui n’aime pas son futur époux, et qui en proie à une terrible lutte intérieure finit par abandonner le pauvre au pied de l’autel. Et nous trouvons cela tellement romantique. Elle soulève sa robe et se met à courir vers l’homme que son cœur aime. C’est soit le Best Man de l’ancien futur marié, soit un invité,  ou carrément un anonyme loin des festivités en train de se morfondre dans un bar en regardant une photo de sa bien-aimée qu’il croit perdue à tout jamais. Elle débarque alors là, avec en fond sonore une de ces musiques dont les américains ont le secret, qui ont l’art d’exciter vos glandes lacrymales. Ce genre de musique qui vous ferait pleurer même s’il s’agissait d’un petit garçon en train de se brosser les dents, dixit Gad Elmaleh.
Et alors dans un ralenti qui arrive à point nommé, elle se jette dans les bras de celui qu’elle aime vraiment, et ils s’embrassent à en perdre haleine alors que nous les regardons. Transporté sur un petit nuage nous ne nous rendons même pas compte que nous sourions béatement.
A cet instant, on ne pense plus, spectateurs que nous sommes à ce que le pauvre homme  ou la pauvre femme abandonné(e) au pied de l’autel devient. On ne pense pas à son embarras, à sa gêne, son humiliation, lui qui reste pour faire face aux invités.
On ne pense pas aux parents de la fugitive, qui ne sauront plus où se mettre et qui en cet instant souhaiteront disparaître dans le sol.
On ne pense pas à la prochaine relation que le conjoint abandonné aura du mal à avoir parce qu’il ne pourra plus faire confiance au sexe opposé, au temps qu’il passera plongé dans l’alcool ou la dépression à batailler pour ne pas se suicider.
On ne pense pas à tout l’argent investi, aux invités qui ont effectué le déplacement et qui ont pris la peine d’acheter de nouveaux vêtements et des cadeaux.
On ne pense qu’à ce couple égoïste qui bâti son bonheur sur le malheur d’autrui sur fond de musique romantique.
Qu’est-ce qui peut pousser une femme à dire « non » devant l’autel? Je me suis souvent posée cette question. Et à aucun moment je ne voyais de réponse valable. Il y a tellement de moment propice pour dire « non » à un mariage arrangé, forcé, non désiré.
Pendant les fiançailles, les cérémonies traditionnelles, la préparation de la cérémonie civile, la veille même du mariage. Mais pas le jour J, devant tout ce monde! Je trouvais cela sans cœur.
Mais aujourd’hui, c’est mon tour de descendre de ma belle voiture décorée aux couleurs de mon mariage. Abritée derrière mon voile, milles pensées me traversent l’esprit. Mes pieds sont pris d’un léger tremblement alors que je monte les marches de la mairie de Cocody. Tous les yeux sont fixés sur moi. Je vois mon fiancé à l’autre bout de l’allée, il m’observe en souriant et je ne sais pas quelle réponse je donnerai au maire quand il me demandera: « Mlle Assi Yolande, voulez-vous prendre pour époux Monsieur Théodore Djékanou?
Il y a une semaine encore, je croyais connaître cet homme par cœur, mais là je ne sais plus. Il a été mon premier homme et je souhaitais ardemment qu’il reste le seul et l’unique. Je lui ai offert trois années de ma vie. Trois années dans la vie d’une femme ce n’est pas rien!
Je l’ai épaulé, soutenu, aimé au point parfois de négliger mon entourage. Et à une semaine du mariage, alors que je devais quitter la maison pour ma » mise au vert », monsieur m’a dit qu’il voulait me parler. Il préférait que je l’apprenne de lui-même et non de quelqu’un d’autre. Son ex petite amie était enceinte de lui. 
Cette fille est son amie d’enfance et après leur relation amoureuse, ils ont gardé de bon rapport. Il me l’a présentée, nous étions devenu amies sous son insistance.
« Mimi me connait par cœur, tu gagnerais à être proche d’elle, elle te donnera certains tuyaux. »
Mimi avait quitté la ville il y a six mois. Elle m’avait même appelée pour s’excuser de ne pas pouvoir assister à notre mariage. Or, c’était parce qu’elle était enceinte, enceinte de Théo qu’elle était partie!
J’ai essayé de remonter dans ma mémoire à la période potentielle de conception de cet enfant. Avais-je fais quelque chose pour pousser Théo à me tromper? On dit toujours que quand un mari trompe sa femme c’est qu’elle l’a cherché. Mais je ne voyais rien! Théo et moi nous nous entendions bien, aucune dispute, aucun écart de langage.
Qu’est-ce qui pousse une femme à dire « non » au pied de l’autel? Dans les films on nous suggère comme cause principale le fait que l’un des conjoints ne soit pas réellement amoureux de l’autre et s’enfuit rejoindre son vrai amour. On montre rarement le mensonge comme motif de fuite. J’aimais Théo, j’aime Théo. 
Quand il m’a annoncé cela j’ai pleuré, j’ai crié, je l’ai frappé, je me suis sentie trahie. J’ai quitté la maison comme prévu. J’ai voulu tout laisser tomber. J’ai pensé à mes parents, à la famille de Théo, aux dépenses faites! Tout était fin prêt. Je ne savais pas à qui me confier. Les jours sont passés et aujourd’hui je suis là, remontant cette allée avec tous les regards fixés sur moi, sans savoir la réponse que je vais donner au maire quand il me posera la question fatale: « Mlle Assi Yolande, voulez-vous prendre pour époux Monsieur Théodore Djékanou?

Une suite compilant les premières propositions des lecteurs



Devrais-je accepter et être méfiante ? Ou être méfiante et ne pas accepter ? Devrais-je avoir une vie sans confiance ? Ou avoir une confiance sans vie ?
Oh ! Impuissance ! Oh ! Tourments ! Ma tête bouillonne, je pleure à l´intérieur, je meure presque.   Je crie ma rage par mon silence face aux remarques de mon père qui a remarqué ma gêne.
Qu’est-ce qui peut pousser une femme à dire « non » devant l’autel? Je me suis souvent posée cette question. J´ai aujourd’hui´hui la réponse sous le nez. Mais j´avance, portée par ma raison et les regards de la foule qui de leurs bras invisibles poussent mes pieds vers l’autel.

Le moment fatidique est arrivé, me voilà en face du Maire. Théo a répondu oui à la question et la foule présente dans la salle a poussé des cris de joie. C’est à moi de répondre maintenant. Comme s´il tente de percer le secret de mon regard, le maire me fixe droit dans les yeux et me pose la question fatale: « Mlle Assi Yolande, voulez-vous prendre pour époux Monsieur Théodore Djékanou? 
Des perles de sueur froide ornent mon front fardé malgré l’air conditionné.sueur, témoin silencieux de ce combat intérieur que mènent mon amour et ma raison…Je suis consternée, pourquoi, comment et quand? Arriverais-je à retrouver les valeurs consubstantielles à une vraie union si je dis oui? je suis à tout jamais transformée, déformée par cette nouvelle dont je me serais volontiers passée…Perdue dans le labyrinthe de mes pensées, mes oreilles omettent de me rapporter le murmure grossissant, devant mon silence qui perdure. »Mlle?Mlle? », m’entendis-je appeler. »Répondez à ma question s’il vous plait ».  Mon silence commence à inquiéter.
« M le maire, un verre d’eau s’il vous plaît », dis je à demi voix,la gorge sèche après le marathon de mon cerveau. Réagir avec raison face à cette trahison ou avec lucidité devant  une  telle infidélité? Chaque gorgée, un sursis…
 Théo me connait bien, il devine le combat qui se mène dans mon esprit et me supplie du regard de dire Oui. Oui! ce serait pourtant si facile à dire, j’aime Théo, je l’aime vraiment; et tous nos proches, amis et collègues suspendus à mes lèvres, semblent deviner ma réponse… mais voilà je n’y arrive pas. 
 « Merci M le maire », dis je en remettant le verre.

Je me tourne ensuite vers l’assistance de plus en plus inquiète et impatiente.Je regarde ma mère qui pour la circonstance a mis ses plus beaux bijoux, moi sa première fille, le sujet de sa joie. Mon père avait pour l’occasion invité presque tous ses amis et avait sorti son smalto qu’il portait avec une fierté mal dissimulée. A cet instant précis, leurs regards figés en disait long sur leur gêne face aux paires d’yeux interrogateurs qu’ils devaient supporter.Je ne pouvais pas faire marche arrière, « une femme, ça souffre en silence »,me disait grande mère. Je ne serais pas la première femme à hériter d’un enfant hors mariage, adultérin. Je dois sauver mon couple, ma famille ne doit pas perdre la face.
Arrêtée devant le maire, je réfléchie une dernière fois. Le cœur qui bat dans mon cœur me force à pardonner. Le sang qui coule dans mon sang me force à accepter. La présence de cet être dans mes entrailles – Je n´ai pas eu le courage d´annoncer à Théo que je suis enceinte de lui – me force à dire OUI.
 Torturée, je prononce un douloureux et à peine audible »oui M le maire ».Une salve d’applaudissement fait écho à cette réponse. Place à l’interminable séance photos. J’ai longtemps rêvé de ce moment, devant ma glace, j’avais passé des heures à prendre la pose pour mon heure de gloire. Pourtant là, je n’en pouvais plus de cette mascarade, la tête baissé de fatigue et d’exaspération, j’eus juste le temps d’attraper un mouchoir pour m’éponger avant la prochaine photo…Quand j’entendis, « mimi ma fille, bonne arrivée, mais tu as raté la cérémonie? suivi d’une chaleureuse accolade de la tante de Théo. « Attends », dit-elle le sourire en coin en la faisant reculer pour avoir un meilleur angle de vue sur ce ventre arrondi « tu as grossi, tu as une bonne nouvelle à nous annoncer? ». Mimi la grande absente du mariage venait de faire son entrée de façon ostentatoire, le ventre proéminent accentué par sa cambrure, »Tata, en effet, j’ai même une très bonne nouvelle » la voix haute de Mimi réussit à capturer l’intérêt de la foule.Une fois l’attention gagnée, elle continua « ou devrais-je dire, NOUS avons une très bonne nouvelle à vous annoncer, n’est-ce pas? »…Mimi articula ces derniers mots, le regard enjoué, la main droite invitant de Théo à la rejoindre,la main gauche sur le ventre…

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

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