Les ponts d’infortune


20 Nov. 2014

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Abidjan est en chantier. On le dit et c’est vrai. Les routes avaient besoin d’un bon lifting et c’est avec plaisir que la population observe les différents travaux qui sont menés dans le but de faciliter les déplacements et doter le pays entier de meilleures infrastructures routières.

Puisque la tâche est grande, les avancées se font pas à pas, par ordre de priorité. Alors que certaines zones sont sujettes à de grands travaux tels des ponts et des échangeurs, d’autres continuent de souffrir du bitume troué, du goudron arraché, de la poussière de la terre rouge et d’avoir pour tout pont que de vieux échafaudages branlants.

Effectivement, pour relier deux endroits séparés par un caniveau trop large pour être enjambé d’un saut, par un ravin trop profond pour tenter la descente on  dresse des ponts de fortunes. Ici, ce sont des planches en contreplaqués, là, des barres de fer victimes de la rouille. C’est à la fois un soulagement pour la population et pour l’ingénieur amateur en ponts et chaussées qui créé la passerelle. En effet, si les premiers trouvent là un raccourci pour ne pas avoir à faire un long détour, le second voit en cela une source de revenu, puisque chaque passage est facturé. Une petite compensation en ces temps où le chômage sévit durement. Il n’y a pas de sot métier.

Toutefois, on ne sait jamais quand les ponts de fortune peuvent se muer en pont d’infortune. Le 02 Novembre 2014 la passerelle reliant la cité Caistab à la cité Marine à Yopougon s’est écroulée, faisant chuter plusieurs personnes dans un profond ravin plein de détritus, engendrant des blessés graves et un mort.

Louis Pockpa, habitant du quartier a écrit sur son blog (MONSIEUR PØCKPÄ Splash of Culture) « En plus, le pont même était dans un état laissant grandement à désirer, il y a toujours un gars à côté avec un morceau de bois pour bloquer le passage, réclamant des pièces (50-100 Frcs CFA) pour l’entretien / La rénovation  mais les gens en majorité ne sont pas  réceptifs à la demande. Alors, le pont est malade, il faut le soigner avant qu’il ne tombe, non ? Mais non … On va prendre le risque de le parcourir, Et voilà ! ».

 

A qui donc la faute ? Celui qui a dressé là ce pont de fortune et n’assure pas correctement son entretien ? La population qui l’utilise tout en sachant que la structure est défaillante et refuse de temps en temps de mettre la main à la poche pour financer une éventuelle rénovation ? L’Etat ? Dieu ?

Quand on ne sait pas qui accuser, il faut au moins se rappeler qui féliciter. Dans un élan de solidarité, les riverains ont volé au secours des victimes, dont certaines revenaient de la Messe d’une paroisse à quelques encablures du lieu de l’incident.

Article publié sur Wazaonline.com

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


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