L’HABITATION NE FAIT PAS LE MOINE !


Article paru dans l’intelligent d’Abidjan du 30 Janvier 2013

Trouver une maison à Abidjan est loin d’être une sinécure. Scruter les panneaux de fortunes dans les rues. Téléphoner au numéro indiqué et convenir d’un point de rencontre. Donner 5000 F CFA à un courtier, communément appelé démarcheur, afin de visiter des maisons jusqu’à satisfaction…pour ne plus avoir de nouvelles après deux ou trois appartements. Vous devez recommencer l’opération avec quelqu’un d’autre au risque d’être grugés de nouveau. Si vous n’y prenez garde l’équivalent d’un mois de caution est sacrifié dans ces transactions.

Certains démarcheurs font visiter des demeures inachevées, jurant qu’une fois la caution remise l’édifice jaillira de terre en un temps record. Comme dirait l’autre : « il y a deux cas ». Soit vous vous faites arnaquer, soit les clés de la maison vous sont remises avec un léger retard et une pléthore de défauts à cause de la précipitation dans la réalisation des travaux. Bien entendu le propriétaire aura déjà empoché l’argent. Quatre, cinq, six mois de caution voire plus, sous prétexte que cette somme sera restituée si vous décidez de partir. Pourtant, une fois l’heure du départ venue, mille et une réparations quelques fois factices engloutiront une partie du pactole. De plus, il faut s’acquitter du paiement de plusieurs mois de loyer à l’avance. A ces frais, s’ajoute encore « un mois d’agence » non remboursable et non explicable. C’est à prendre ou à laisser. La loi de l’offre et de la demande uniquement.

Et la demande est si forte que l’on assiste à de nombreux abus.  Il suffit d’installer des latrines dans un cagibi pour y placarder sans sourciller une pancarte « maison à louer ». Le pire c’est qu’il y aura des personnes pour y vivre. Même si la gaieté du cœur n’y est pas, il faut bien faire avec ses moyens. Et quand on gagne chaque fin du mois un salaire misérable qui n’augmente jamais, on ne regarde plus ni à la qualité ni à la commodité. Seul le besoin à satisfaire devient prépondérant. Un toit sur la tête fait l’affaire, même percé.

Les propriétaires gourmands grignotent sur les autres pièces pour donner de l’allure à la chambre ou au salon. On se retrouve avec des cuisines riquiqui et des salles d’eau pour lilliputiens, où on doit se doucher à califourchon sur les toilettes. Parfois c’est le plafond qui en pâtit au profit d’un étage supérieur. Il est tellement bas qu’il faut se déplacer courbé.

A dire vrai, il y a des locataires qui, malgré des ressources financières leur permettant de s’offrir mieux, sont obligés de se contenter d’un cadre peu enchanteur parce qu’il n’y a rien d’autres de disponibles au moment où ils opèrent leur choix. Et puis l’habitude aidant, ils préfèrent finalement épargner afin de bâtir leur propre villa et ne plus souffrir les affres d’une vie de nomade.

L’immobilier est et sera pendant encore longtemps un secteur porteur. Des personnes qui veulent trouver un logement, il y en aura toujours. Les murmures, les cris, les critiques sont vaines dans ce domaine qui semble uniquement réglementé par l’offre et la demande. Est-ce parce que les personnes ayant le pouvoir de taper du poing sur la table sont d’heureux propriétaires d’immeubles ? On parle de la construction prochaine de logements sociaux par l’Etat. Pourront-ils vraiment résorber le déficit en logement et renverser la vapeur ? L’avenir nous le dira. En attendant l’accomplissement de cette promesse, il serait opportun de créer un cadre de dialogue avec les propriétaires pour un allègement de leurs conditions car « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. »

categories Chroniques

A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


3 thoughts on “L’HABITATION NE FAIT PAS LE MOINE !

  1. bon article, une observation cependant. Tu dis que « Et la demande est si faible que l’on assiste à de nombreux abus » et un peu plus loin « Des personnes qui veulent trouver un logement, il y en aura toujours » ce qui veut dire que la demande est forte ou alors j’ai mal compris ?

  2. Belle article. J’aime bien le titre avec ce petit jeu de mot sympa.
    Mais je voudrais dire que, même si en Cote d’Ivoire, beaucoup reste à faire dans le secteur du logement, on est quand même très loin devant certains pays comme la RD Congo où je vit depuis quelques temps. Intégration oblige, j’ai dû, malgré moi, oublier certains standards que nous offrent une bonne partie des studios d’Abidjan (placard incrusté dans le mur, petite cuisine interne, balcon etc.) et me contenter d’un »entrée-coucher » basique que je loue à 300 $ ( c’est la monnaie utilisée ici). C’est à dire environ 150 mille FCFA ! En plus dans un quartier loin d’être résidentiel. Sans parler des 10 mois de caution que j’ai payé…

    Mais bon… chacun ses problèmes.

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