L’OASIS DES CORROMPUS


23 Sep. 2009

C’est une nouvelle présentée aux manuscrits d’or 2007
Le thème était: reconstruire avec la truelle des valeurs une côte d’ivoire nouvelle, si ma mémoire est bonne. C’était ma première participation à ce concours.

TITRE : L’Oasis des corrompus
GENRE : Nouvelles

« Bienvenue au bureau 962. La durée de ton séjour ne dépendra que de toi. Si tu respectes les règles établies, tu resteras sûrement ici jusqu’à ce que tu perdes toutes tes dents. Mais si jamais tu veux faire la forte tête, sache que tu ne feras pas de vieux os ici. Ici, c’est tout simplement l’oasis des corrompus. Un havre de paix pour les racketteurs et les corrupteurs. Ici le pot de vin est roi. Tu dois avoir un seul objectif, sortir plus ventripotent que ton prédécesseur c’est-à-dire moi. » Samuel Amin Dédé passe une main sur sa bedaine qui semble prête à faire craquer les boutons de sa chemise d’un moment à l’autre. C’est le Sous Directeur de la structure gouvernementale où je viens de me faire embaucher. Il me fait visiter l’entreprise.

« Tu es un peu maigre à mon goût mais ça va passer ! On a tous été comme cela ! Avec moi tu seras à bonne école ! Comme je l’ai dit et j’insiste, plies toi aux règles de la maison, c’est ainsi. Sinon tu te feras détester et tout le monde cherchera à te mettre des bâtons dans les roues et croies moi, tu te retrouveras dehors à mendier ta pitance avant même d’avoir le temps de dire « Jésus Marie Joseph ! »
Au fait ici, il y a une seule religion. L’argent est notre seul Dieu. Alors si tu es un de ses illuminés qui passe plus de temps à jeûner qu’à faire bombance, à prier, tomber en transe et débiter je ne sais quel autre charabia, habitue toi tout de suite à l’idée que tu iras en enfer.
Il n’y a pas de place pour les gens honnêtes sur cette terre jeune homme. Crois en l’expérience d’un homme qui en a vu des verte et des pas mûres. Et de toutes les façons la corruption est comme un oiseau de proie. Tu peux toujours courir, mais un jour, elle te rattrapera aves ses griffes acérées. Et tu auras beau te débattre, pas moyen de lui faire lâcher prise »
Il s’arrête, essoufflé, devant une photo de groupe, accrochée sur le mur.
-Regarde ce salopiot ! dit-il en pointant du doigt un homme d’âge mûr, la barbe en couronne. Il a voulu jouer au moralisateur, l’admirable conseiller, comme disait les autres, aujourd’hui, il n’a eu pour seule alternative que le retour à la terre ! Et même la terre n’a pas voulut d’un idiot pareil qui ne sait pas saisir les opportunités qui ne se présente qu’une fois dans la vie. Tu vois ce que je veux dire.
Oui je vois ! Je comprends que lui, n’a pas raté cette occasion et que cela lui a peut être valu son poste si influent. On arrive à son bureau et il m’installe dans un petit salon sobre et bien décoré.
-Tu vois petit, dans tout ce que tu fais, il faut que tu es un objectif claire ! Moi je ne suis pas venu en ville pour regarder la lagune ! D’ailleurs, elle sent mauvais mais bon ! Je suis venu pour me faire de l’argent ! J’étais professeur ! Quel avenir j’avais, racketter des élèves aux examens chaque fin d’années ? Ce n’est pas avec ça que j’allais construire mon château ! Tout le privilège que j’avais c’était peut être ces petites filles fraîches qui étaient prêtes à tout pour des notes ! Mais aujourd’hui encore c’est pareil ! C’est l’argent qui parle !
Un jour donc, je rencontre ce jeune gosse de riche, bête à souhait, continue t-il, Son père me prend sous son aile, il faut que j’aide son fils à évoluer en échange d’une aide financière bien sûr ! Je ne me fais pas prier. Je suis le jeune comme son ombre. Il n’a aucun diplôme, tout est payé par son père avec mon concours bien entendu ! Aujourd’hui, il est médecin. Je me demande bien quel malade il peut soigner ! Mais on s’en fout. Pas besoin d’être compétent ! Aujourd’hui ce sont les relations qui font la différence! Avoir des connaissances dans les hautes sphères, cela vaut tous les diplômes du monde ! »
La télévision passe un discours du président de la république fraîchement élu qui attire mon attention. C’est un homme de haute stature, noire de teint et jeune de surcroît. A peine trente cinq ans selon les rumeurs. Contre toute attente, il a été élu devant tous les favoris. Il me rappelle un peu Martin Luther King. Arrivé au pouvoir il n’y a même pas six mois, il mène de grandes campagnes de lutte contre la corruption, l’incivisme et toutes ses tares dont notre société ne tarit pas.
« Je ne suis pas là pour vous promettre le changement ! Non ! Vous avez entendu tellement de faux prophète qu’il est normal que beaucoup crie « crucifiez-le ! ». Je veux seulement partager avec vous l’assurance que j’ai en un lendemain meilleur. Avec de la détermination, du courage et des moyens, on peut tout changer. Mais si les cœurs ne sont pas transformés, si les valeurs éthiques n’existent plus, si les parents démissionnent, si la jeunesse se perd, notre pays connaîtra toujours un perpétuel recommencement!». Des applaudissements fusent de partout en même temps que le crépitement des flashs des journalistes.
« Encore celui là ! dit Samuel Amin Dédé. Ils repassent son discours en boucle on dirait ! Où alors, ils n’ont que cela à montrer ! Et il y a toujours des idiots pour applaudir ce genre de rénovateur. Pouah ! Il éteint la télévision et balance la télécommande.
« Écoute-le un peu parler ce petit avorton ! Il a encore ses dents de laits et il prétend diriger un pays ! Un pays ! Il croit pouvoir faire changer les choses lui aussi ! Personne ne peut faire quoi que ce soit ! Et ce n’est pas un tondu et deux pelés qui vont nous inquiéter. Il prend ses espérances chimériques pour des rêves illusoires ! Assis sur son fauteuil présidentiel, il ne peut pas contrôler tout ce qui se fait ici ! Il paraît même qu’il a mis sur pied une brigade spéciale de lutte contre la corruption ! Il se croit dans une série télé celui là ! Et il y a toujours des tocards pour accueillir ses paroles comme du pain béni. Avec tous ses voleurs sanguinaires qui courent les rues, ils n’ont rien d’autres à faire que de poursuivre les corrompus ! Eh bien je leur souhaite bon courage !
Si je t’explique tout cela mon petit c’est parce que tu m’inspires confiance et que tu m’as été recommandé par un ami ! Que dis-je ! Un frère ce Tia Boiténé! Il m’a beaucoup aidé dans le passé et moi je suis très reconnaissant. »
Il regarde sa montre.
« Bon, il est l’heure de la pause! Je vais t’inviter dans un restaurant dont tu me diras des nouvelles ! Les plats sont bons et les serveuses aussi, dit il en riant. C’est ma façon à moi de te souhaiter la bonne arrivée. Puisque j’étais en voyage quand tu es arrivé ! Et je dois bien cela à Tia ! Il m’a dit de te prendre comme mon fils et c’est bien ce que je compte faire ! » Je regarde l’heure, il est à peine onze heures. Il suit mon regard.
-Mon fils, ici, on ne regarde pas l’heure ! De toute façon on n’est fonctionnaire. C’est l’Etat qui nous paye. Que tu travailles ou non, ton salaire tombe à la fin du mois. Libre à toi de vouloir faire semblant d’avoir de la conscience professionnelle mais très vite tu oublieras cela. Ici les horaires c’est de 9 heures à 11 heures et de 15 heures à 17 heures. Exception faites des vendredis bien sûr, c’est le jour des funérailles. »
Tout le long du trajet je ne dis mot. 11 heures 30, on atteint le petit restaurant dont Samuel Amin Dédé dit tant de bien.
« Tu ne parles pas beaucoup toi ! Tu es timide ! Tu n’iras pas loin hein ! Il faut avoir du bagou mon cher ! Mais je sais que mes petites chéries réussiront à délier ta langue ! » L’endroit est chaud et gaie. Il y a du monde mais tout le monde à l’air de se connaître. On s’interpelle. On s’appelle par les prénoms. C’est une belle et grande famille. La famille des corrompus.
« Ici mon fils c’est notre club ! C’est ici que se prennent les décisions les plus importantes de ce pays ! Tout ce qu’ils font à la télévision c’est du baratin. C’est ceux, que tu vois assis ici, qui tiennent réellement les rennes de ce pays. ».
Une serveuse en habit de travail blanc et rouge se déhanche jusqu’à notre table. « Ah Lucie, Lucie ! Comment tu vas ?
-Le boss, j’irai mieux si tu me donnes ce que tu m’as promis. Dit-elle en se collant à lui. Amin Dédé secoue la tête en riant et sort un billet de 10000 francs de sa poche qu’il glisse dans son décolleté.
-Alors ça va mieux ?
-Oui ! Le boss qu’est ce que je te sers.
-Comme d’habitude ma chérie ! Et laisse-moi te présenter mon protégé. Petit, celle là, c’est Lucie Lucie ! Elle m’a couté chère, comme dirait l’autre. Lucie, c’est mon protégé ! Dis à tes copines de biens s’occuper de lui.
-Sans problèmes ! Ici, c’est satisfait ou remboursé. On nous apporte un bon plat, de sauce claire à la viande de brousse accompagnée de riz thaïlandais, auquel on fait honneur !
-Bon, on va monter se reposer maintenant.
Je le regarde perplexe ! Monter se reposer ? Amin Dédé fait un clin d’œil à Lucie et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je me retrouve au deuxième étage du restaurant coquet, dans une chambre, une fille à moitié nue dans les bras. Elle me dit qu’elle s’appelle Perla. Mais je crois que ce n’est pas son vrai nom. Elle est petite de taille, de teint bronzé ! On sent qu’elle est timide ! Je lui demande son âge ! Elle me dit 18 ans, mais je pense que c’est moins. Elle s’approche de moi et plaque son petit corps de femme à peine mature contre mon torse. Sa peau à la douceur veloutée du fruit défendue. Mais j’ai envie de tout autre chose, j’ai envie d’apprendre à la connaître. J’ai envie de savoir comment une fille aussi belle a pu devenir une prostituée. Car oui, c’est bien de cela qu’il s’agit, un petit restaurant chic, bien comme il faut en bas, et, là haut, une maison close où tout est permis. Elle me raconte son histoire. Elle a perdu son père. Sa mère s’est remariée dans une autre ville puis est morte à son tour. Elle s’est retrouvée rapidement comme exclue de cette maison à laquelle d’ailleurs elle n’était point rattachée. Son beau père a tenté d’abuser d’elle. Elle s’est enfuie ! La patronne du restaurant, une tante éloignée lui a proposée ce travail ! Comment refuser ? La question retentit dans ma tête ! Oui ! Comment refuser ? Perla me fait pitié. Mais ce n’est pas que de la pitié. Je crois que j’aime Perla. Mais pour le moment c’est trop tôt pour lui en parler. Elle serait effrayée et je ne suis pas prêt moi-même ! Quand tout sera fini peut être ! Des coups sont frappés à la porte, c’est Lucie qui vient me chercher. Amin Dédé est prêt à partir. Il est 15 heures, je n’ai pas vu le temps passé. Je le suis machinalement après avoir laissé mon numéro à Perla. Tout le long du trajet Samuel Amin Dédé expose sa théorie.
« Après le restaurant, j’ai assez de forces pour supporter la journée et cette femme plus laide que les sept péchés capitaux que j’ai épousée ! dit il un sourire satisfait aux lèvres.
« Il n’y a qu’un idiot, poursuit il, pour ne pas accepter un pot de vin que dis-je, une barrique de vin ! Parce que plus on monte dans la hiérarchie, plus il faut payer le prix fort. Imagine-toi un peu ! Bientôt ce sont les millions que tu brasseras. Avec un minable salaire de 200.000 frs admettons, tu dois faire tes papiers d’identité tu dois donner quelques chose, à la mairie pareil, à la police pareil, dans les hôpitaux pareil, même parfois à la morgue ! Tu te retrouves facilement avec 100000 francs pour payer l’eau, l’électricité, la servante, car tu sais que nos femmes d’aujourd’hui ne savent rien faire de leurs doigts manucurés et vernis. Sans parler des enfants d’aujourd’hui. Ils ont toujours faim et ils tombent vite malade ! La popote, les médicaments, tu te retrouve vite avec des dettes jusqu’au cou. Dit-il, geste à l’appui. Il faut donc rackettés afin de pouvoir soudoyer à son tour. C’est un cercle auquel on ne peut pas échapper. Chacun est concerné. C’est l’argent sale qui circule partout et on na tous les mains pleines de boue !
Ce soir là, on ne retourne pas au travail, il me dépose directement devant le petit appartement que je loue depuis deux mois. C’est vendredi aujourd’hui ! Jour de funérailles. Une semaine est déjà écoulée. Toujours ce même rythme effréné. J’apprends à mieux connaître Perla ! Elle est heureuse d’avoir quelqu’un à qui parler et se confie volontiers. J’ai mal au cœur de ne pouvoir lui parler de moi à mon tour. Je n’ai jamais été très habile avec les mots. Mais en dehors de cela, le moment même est mal choisit l’endroit aussi ! Une fois que tout sera fini peut être ! Ce matin c’est le grand jour, j’arrive au travail un peu tard ! Tout le monde me regarde surpris ! C’est ma tenue qui les étonne. Ils me disent machinalement ce que je veux savoir ! Où est Samuel Amin Dédé ? Il y a eu une urgence ! Sa fille est malade. C’est sa femme qui l’a prévenu, il est partit pour la clinique « SELFISH». Il ne me reconnaît pas d’abord. C’est sans doute dû eu treillis flambant neuf que je porte avec fierté.
-Monsieur Samuel Amin Dédé, au nom de la loi je vous arrête pour fraude, corruption, attentat à la pudeur et aux bonnes mœurs ! Faux et usage de faux ! Vous avez le droit de garder le silence mais tout ce que vous direz sera retenu contre vous… Pendant que dégoûté, je récitais machinalement les droits de mon patron d’un mois, je vois le visage de celui-ci se décomposer petit à petit.
-Toi ! Mais comment est-ce possible !
-Vous avez eu tord monsieur Dédé ! Il existe encore des gens qui peuvent faire changer les choses ! Vous aurez tout le temps de réfléchir en prison ! –
Vous n’avez rien contre moi, je veux appeler mon avocat !
-Vous vous êtes vous-mêmes condamnés monsieur ! Nous avons en notre possession des enregistrements audio, vidéos, des photos, des documents et des témoins qui n’hésiteront pas à témoigner contre vous. Vous en aurez au moins pour quinze ans ! Votre règne est fini ! Embarquez-le ! Alors que mes éléments emportent Samuel Amin Dédé dans la voiture de police, je sens cette petite satisfaction qui m’encourage à continuer ce travail. J’ai été recruté dans la police il y a cinq ans ! Il y a deux ans j’ai commencé à enquêter sur ce bureau ! Les conclusions que j’ai exposées à mes supérieurs hiérarchiques ont miraculeusement disparues et m’ont value d’être rétrogradé. Tous complices ! Et voilà qu’un nouveau président vient au pouvoir ! Par la force des choses, c’est un ami ! Il me propose de participer à une opération d’envergure pour nettoyer la ville de toute sa vermine ! Je ne me suis pas fait prier. C’est la vingtième arrestation depuis le début des opérations. Je suis de la police ! Je gagne un salaire moyen c’est vrai ! Mais cette jubilation que je ressens à chaque fois que j’arrive à mettre un de ses individus sous les barreaux, vaut tout l’or du monde. Le lendemain, les journaux font de cet évènement leurs choux gras. Partout des titres plus accrocheurs les uns que les autres. Quand je pense que personne n’y croyait. J’apprends justement que la fille de Samuel Amin Dédé est décédée ! Le médecin était incompétent ! Ce médecin n’est autre que le fils de riche bête à souhait qu’il a aidé pour qui il a payé les diplômes. Parfois le jugement se fait sur terre avant même de rejoindre les cieux ! Quand à moi, je dois encore changer de ville pour une nouvelle mission ! Je n’ai toujours pas dit à Perla qui j’étais, mais j’espère qu’elle fera bon usage de l’enveloppe que je lui ai laissé avant de partir.

Plus je la relis, plus je la trouve un peu simpliste. Lol! Il est vrai que je l’ai écrite à la hâte. Mais bon, j’attends vos commentaires!!!!!


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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

3 thoughts on “L’OASIS DES CORROMPUS

  1. C’est un portrait amateur dont le sujet valide la beaute meme si les faits depeints (corruption et depravation moeurs) sont induits de laideur morale…mais bientot tres bientot…de jours meilleurs a l’horizon se leveront.Car l’existence de la lumiere n’a de sens que dans la frustration que cree l’obscurite prolongee.

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