MORT D’HOMME POUR UNE HISTOIRE DE FEMME !


Une histoire rocambolesque et incroyable qu’un cousin, venu d’un campement vers Akalékro ,m’a relatée aujourd’hui. L’histoire s’est passée il y a deux semaines. Comment pour une histoire de femme, un homme peut mourir et deux villages s’affronter?

Tout commence à des funérailles. Le jeune A.J aperçoit une femme et l’appelle « Mademoiselle ». Celui avec qui il partage la table (une de ses connaissances), le rabroue: « Tu dois dire Madame et non mademoiselle ». AJ rétorque qu’il n’a vu ni bague au doigt de la femme, ni enfants sur ses pieds et encore moins un homme à son bras. Si elle n’est pas libre, elle est la seule habilitée à le lui dire. Un peu plus tard l’AUTRE demande à AJ de lui offrir à boire. Il explique qu’il peut acheter uniquement de la liqueur tradionnelle « le koutoukou », faute de moyens. L’AUTRE refuse et s’achète lui-même de la bière quelques minutes après. Il propose sa bière à AJ qui la refuse. Enervé, il verse le contenu de son verre sur lui. AJ s’énerve. On le calme. L’AUTRE s’empare de la bouteille de bière et la fracasse sur la tête de AJ. Il s’en tire avec une très vilaine entaille et l’AUTRE s’enfuit.

Je détaille bien pour vous faire comprendre l’aberration à la base du drame. AJ se fait soigner et se met en peine quelques temps après de retrouver son agresseur pour qu’il rembourse les frais des soins. L’AUTRE s’enfuit à deux reprises. La troisième fois AJ se fait accompagner de deux FRCI. L’AUTRE est appréhendé dans un village où il y a des funérailles. La population s’interpose et s’en prend à AJ. Peu importe le préjudice qu’il a subi, on lui en veut d’avoir conduit les deux FRCI dans le village. Il n’emportera pas l’AUTRE.

Pour la petite histoire AJ était marié à une femme de ce village et a eu des enfants avec elle avant de divorcer. Les mariages entre ce peuple et celui de AJ sont courant d’ailleurs. Il connait bien les habitants. Cependant on le moleste, même quand il montre la plaie que l’AUTRE lui a faite. Un des FRCI, le seul qui a une arme, tire en l’air. La foule se disperse. Il explique aux villageois que l’AUTRE a mal agit. Ils ne veulent rien lui faire mais juste le conduire au poste pour qu’il s’explique. Là, les villageois commencent à dialoguer dans leur langue maternelle. Ils décident de tuer les deux FRCI et le jeune homme pour mettre fin au problème.

Un fils du village fauche le FRCI armé et se jette sur lui pour prendre son arme. L’autre FRCI sans arme est vite maîtrisé et battu.  Celui au sol se débat et en perd même ses chaussures. Il tient fermement son arme et finit par se relever et tirer deux coups de feu. Son assaillant meurt sur le champ. Les villageois se dispersent en emportant le deuxième FRCI. AJ prend la clé des champs. L’AUTRE disparaît. Le FRCI armé s’enfuit également.

Un Burkinabé prête des habits au FRCI qui se fond dans la masse. Il prévient sa hiérarchie par téléphone qui envoie un renfort armé jusqu’aux dents. Comme les nouveaux arrivants ne connaissent pas le théâtre des opérations ils décident d’aller dans le campement de AJ pour que quelqu’un les y conduisent (il faut traverser le fleuve Bandama). Ils ne trouvent pas âmes qui vivent. La population informée a quitté le campement. Si la requête légitime de AJ a entraîné mort d’homme, personne ne veut être le visage qui sera au devant d’une nouvelle incursion des FRCI dans la zone. Les habitants du campement de AJ ne sont pas des autochtones et ont peur des représailles. Le renfort repart bredouille.

D’autres corps habillés appartenant à une section différente sont appelés pour le constat. Ils ne manquent pas de reprocher aux villageois leur attitude belliqueuse. Ils n’auraient pas dû arracher l’arme du FRCI. L’affaire se tasse un peu, apparemment. Les villageois, armés de fusils et de machettes, programment une expédition punitive sur le village de AJ pour avoir entraîné la mort d’un de leur fils. Informés par des âmes charitables les habitants (dont mon cousin) désertent le campement. Mais un adolescent, appelons le N, est découvert par les assaillants. On le malmène jusqu’au village où a lieu l’enterrement du jeune abattu quelques jours plus tôt. On l’oblige à recouvrir le corps de terre tout seul sous la menace. Ils le relâcheront plus tard.

Or ce jeune N a pour tuteur un membre influent du bureau national des DOZO. Ce dernier appelle du renfort et menace : « si quelque chose arrive à son protégé, le village sera brûlé ». Tout se gâte.

A l’heure où j’écris, l’affaire est encore pendante à la gendarmerie. Ils ont déjà réussi à mettre la main sur quelques membres du village et AJ. Ce dernier a refusé de s’expliquer tant que les deux FRCI qui l’ont accompagné n’ont pas été retrouvés. Selon lui « ces villageois ont l’habitude de tuer les gens et de les jeter dans l’eau ». Quelle histoire! Les enquêtes vont donc maintenant inclure ce fait nouveau. L’individu à l’origine de tout ceci, L’AUTRE, est toujours en cavale.

Mais peu importe l’issue, cette affaire a le goût de celles qui ne finissent jamais. C’est ainsi que les vendettas commencent et que finalement on ne sait plus qui a raison ou tort.

Que Dieu nous protège !

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

3 thoughts on “MORT D’HOMME POUR UNE HISTOIRE DE FEMME !

  1. Euh, je ne vois pas le lien avec une histoire de femme ici. C’est une histoire de boisson qui a mal tournée, il me semble. Ou alors cette histoire de « femme » n’a pas du tout été développée, parce que là, le lien est plus que tenu.

    1. Hello ! Tu penses vraiment qu’il y a matière à s’énerver quand tu invites quelqu’un et qu’il décline la proposition? Tu penses sincèrement que le monsieur n’avait aucune vue sur la femme du début?

  2. Non je pense que l’autre a du être déjà énervé lorsque AJ à voulu draguer la dame!! mais quand même les gens ont un problème de self control hein!!

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