Non au racket, oui aux « souvenirs » sur la route !


23 Sep. 2015

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Minuit. Rue des Jardins. Stations Corlay. La virée mensuelle entre filles a mis plus de temps que prévu. Respecter les feux tricolores ou pas à cette heure est un véritable dilemme. Finalement on choisit de ralentir sans toutefois s’arrêter. C’est alors que surgit sur la route…un homme en uniforme. « Policier or not Policier ». « To Stop or not to stop ».Telles sont les questions. C’est qu’il est tout de noir vêtu le Monsieur. Nos corps habillés ont tellement d’habits que parfois on se perd dans leur garde-robe. Les ordres contradictoires fusent « arrêtons-nous! ». « Hum, il est seul, est-ce que c’est un vrai policier? ».

Il insiste et comme on aperçoit un groupe d’autres types dans le même uniforme pas loin, on gare. Le Monsieur s’approche. Il demande le permis de conduire et la carte d’identité de la conductrice. La routine. Il regarde les papiers et repère son nom d’origine Gouro. Il lui lance un mot dans cette langue. Elle répond. Bingo! Il a trouvé les filles qui vont l’aider à retrouver ou garder la mémoire. En effet il nous demande « vous n’avez pas un petit souvenir là-bas pour moi? ».

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« Souvenirs? ». Il insiste sans toutefois employer des mots clairs comme « pièces », « argent », « billets ». Il veut un « souvenir ». Un « petit quelque chose » pour notre « frère ».  Je regarde ce frère que je découvre pour la première fois. Il est plutôt jeune. Heureusement. Je suis encore plus gênée quand c’est un vieux qui se plie en 8 morceaux pour tendre sa main en guise de sébile.

Sourire obséquieux pour sourire obséquieux, il finit par nous laisser partir, quand il réalise que nous avons aussi dans notre besace autant de tournures pour contrecarrer sa tentative de racket.

Racket, le mot est lâché. Malgré les campagnes incessantes. Malgré les mises aux arrêts et les radiations. Ils ne savent pas lire? Ils s’en foutent? Ou alors ils considèrent que ce n’est pas de la corruption, tant qu »ils ne demandent pas de l’argent mais des « souvenirs ».

Je suis révoltée. Une amie lance « tu as raté une bonne idée de blog, il fallait enregistrer ».  Je me dis que que vais les dénoncer sur POLICE SECOURS, un groupe facebook qui encourage « Tout individu, témoin ou victime de scènes de corruption, de racket, d’abus de pouvoir, d’accident de circulation, d’incendie, d’embouteillage, de corps abandonnés ou de n’importe quel type de dysfonctionnements semblables à ceux cités plus haut, » à le signaler sur le forum.  Je me dis que je vais attendre au moins d’arriver chez moi avant de sonner l’alerte. Sait-on jamais.

Et puis une fois chez moi, j’ai réfléchi. Peut-être que c’est sa première fois. Peut-être qu’il s’est laissé entraîner par son groupe d’amis. Les autres qui arpentaient le côté opposé de la route, raccolant les voitures, comme les tapineuses sur un bout de trottoir.  Et si cet homme, un père de famille peut-être, était radié des forces de l’ordre. Et s’il perdait son emploi. Et s’il ne pouvait plus inscrire ses enfants à l’école. Et s’ils devenaient des déliquants. Bref, je me suis fait tout un film d’horreur qui m’a ôté l’envie d’écrire.

Selon un rapport de Human Rights Watch, l’économie ivoirienne a perdu, en 2014, 340,5 milliards de francs CFA du fait du racket et de l’extorsion de fonds, contre 369,6 milliards de francs CFA en 2012.

A cause, sans doute, des gens comme moi qui n’osent pas dénoncer.  On excuse. On pardonne. Et finalement ce sont de gros trous  dans les caisses de l’Etat et dans les poches des particuliers.

Alors, c’est grave docteur?

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

Un commentaire sur “Non au racket, oui aux « souvenirs » sur la route !

  1. Ce n’est pas intéressant, mais force à constater que la situation a beaucoup amélioré. Les deux étapes dans le racket sont i) un demande gentil pour un ‘café’, ‘souvenirs’, ‘quelque chose’, et ii) la menace qui crée tout sort de problème fictive pour t’amener à payer un amende (par exemple, ‘et ton carnet de vaccination madame ?’). Heureusement, on est encore au niveau 1.

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