NOUVELLE: LA HONTE…DE YEHNI DJIDJI


01 Juil. 2011

Commençons ce mois littéraire avec une nouvelle, ou plutôt un témoignage. Bien que l’histoire soit fictive, elle parle de faits réels que nous côtoyons tous les jours. On reproche souvent aux femmes d’être matérialistes. Mais qui ne l’est pas? Qui n’aime pas les bonnes choses, la bonne chère, l’opulence, comme se le demande Solange? C’est une réalité avec laquelle il faut compter, si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue fortement. Cependant, tous les moyens sont-ils bons pour avoir de l’argent? Doit-on, hommes ou femmes, être prêts à toutes les ignominies, toutes les bassesses, au nom de l’argent?
Je m’appelles Solange. Sûrement que vous me direz à la fin de ce témoignage que je l’ai bien cherché. Mais qui ne cherche pas l’opulence? Le bonheur?
J’étais jeune et belle, et je le savais.  Mon miroir me le disait chaque jour, les gens aussi. Je ne voulais pas m’encombrer d’un jeune homme sans le sou  dont l’avenir était incertain. Alors quand Athanase, un tonton plein d’argent m’a proposé d’être sa maîtresse, j’ai plaqué mon petit ami Aubin, sans réfléchir.

Athanase m’a offert un appartement meublé, une voiture et plusieurs autres cadeaux de valeur qui me faisait regarder mes paires de haut. Ma vie était plus belle avec « Atito » comme j’aimais à l’appeler. Il était très gentil avec moi et je le lui rendais bien. Il m’emmenait dans des endroits chics, idylliques au point que j’en oubliai totalement Aubin qui continuait lui, à me poursuivre de ses assiduités. Il m’aimait sincèrement et ne se décourageait pas. Il revenait toujours à l’assaut malgré les injures et les humiliations que je lui servais régulièrement. Il voyait en moi la mère de ses enfants et refusait de me laisser partir aussi facilement.:
« Tu vaux mieux que ça » répétait-il inlassablement.
Mieux que quoi? Mieux que la richesse? Est-ce que je valais les invitations au Garbadrome d’Aubin. Était-ce là ma valeur? Est-que je valais les bijoux de pacotilles,  les vêtements cueillis sur l’étal d’un commerçant à Adjamé? Non je ne croyais pas.
Il me suppliait d’ouvrir les yeux. Mais l’argent m’avait aveuglé et m’avait rendue amnésique. J’avais effacé de ma mémoire tous les projets d’avenir qu’Aubin et moi avions élaborés. Je n’étais pas matérialiste ! J’étais ambitieuse ! Et toutes les tentatives d’Aubin pour tenter de faire me retourner avec lui, dans sa médiocrité m’énervait. Je suis persuadée que beaucoup parmi vous auraient fait pareil.
Un jour, nous nous sommes rencontrés dans un supermarché d’Angré. Aubin est venu me parler. Et je lui ai crié dessus devant tout le monde. Je m’en souviens bien :
« Je n’ai rien à faire avec un miséreux  comme toi. J’ai besoin d’un homme, un vrai, alors arrête de m’emmerder compris ? ».
J’étais alors partie, fière de moi. Mais qu’il avait dû avoir honte ce jour là ! En plus, il était au supermarché avec sa mère et ses petites sœurs. Je l’avais humilié. Mais c’était le cadet de mes soucis. Il n’avait qu’à ne pas venir m’embêter. Pourquoi certains hommes ne peuvent se résigner quand on leur dit que c’est fini. Il était responsable de sa propre honte. Je me rappelle du regard que sa mère m’a lancé. J’étais prête à tout pour qu’Aubin me laisse vivre mon amour avec Athanase. Atito avait changé ma vie et ma vision des choses.
Grâce à Atito donc, j’ai fais mon premier voyage en Tunisie. C’était féérique. Les endroits étaient merveilleux, tout comme les mets et les gens. J’étais aussi heureuse qu’une petite fille  devant ses cadeaux de noël. Je croquais la vie à pleine dent. Ensuite je me suis rendue au Sénégal pour voir une amie de longue date : Hortense. Quelle ne fut ma surprise d’apprendre qu’elle s’était mariée. Elle avait épousé un Européen, riche à souhait, qu’elle avait rencontré sur Internet. Elle devait le rejoindre en Allemagne en fin de semaine. Hortense était sur un petit nuage et recevait une longue file de parents venus la féliciter. Elle était la première de la famille à épouser un blanc.
La nouvelle sonna comme une révélation pour moi. Je n’avais aucun avenir avec Athanase ! Je n’arrivais pas à faire d’économie. Je dépensais tout en soins de corps, vêtements et accessoires de beauté pour rester toujours belle et attrayante. En plus Athanase était marié ! Je méritais mieux qu’être éternellement une maîtresse ! Avec un blanc, j’atteindrais l’Eldorado ! Ils savaient traiter une femme, ceux là.
De retour à Abidjan, j’ai commencé à écumer les cybercafés. J’y passais tout mon  temps et  me suis mis à négliger Athanase. Ce dernier las, a fini par me couper les vivres. Trois mois plus tard, la rupture était consommée. J’ai perdue la maison, la voiture et mes avantages. Je suis retournée en famille mais je ne m’en préoccupais pas, car mes efforts avaient portés du fruit. Depuis trois mois, j’avais rencontré Gilbert Martin, un français qui voulait m’épouser. Plusieurs fois il m’avait emmené de fortes sommes, pour mes petits besoins. J’avais touché le gros lot.
Entre temps, Aubin avait commencé à travailler et il paraissait même qu’il avait un bon poste. Seulement, mon cœur ne voyait plus noir, mais blanc. Je n’avais d’yeux que pour Gilbert, dont je gardais la photo précieusement dans mon portefeuille. Je nageais dans le bonheur et faisait les courses pour mon voyage prochain vers la France. Gilbert m’a demandé alors des photos de nue. Je n’étais pas de ses idiotes que les gens pouvaient avoir facilement! Je lui ai proposé de m’envoyer d’abord ses photos et de l’argent pour que je puisse faire les miennes. Ce qu’il fit dans la semaine. Après avoir reçue ses photos j’étais rassurée. Mais j’avais des scrupules à me mettre nue devant un photographe. Alors, j’ai fait appel à ma cousine. Je lui ai envoyé 7 photos par mail un 03 Décembre. Ce fut là mon erreur. 
Le lendemain matin je m’en souviens encore, c’était un Dimanche, sur chaque lampadaire, chaque arbre de mon quartier, trônait une photo de moi, nue. C’étaient les photos que j’avais prises pour Gilbert. Je ne savais pas si je devais les arracher ou me cacher. Comment étaient-elles arrivées là ? J’étais la risée du quartier. Les jeunes gens décollaient mes photos. Certains me lançaient des propos déplacés et se montraient entreprenant. J’ai même craint d’être molestée. Je n’en pouvais plus ! Je me suis enfermée dans ma chambre. J’ai été réveillée par mon père qui m’a battu comme plâtre et jetée dehors. Je me suis réfugié chez une amie au Campus mais là bas c’était pire. Mes photos m’avaient précédée, avec mes coordonnées à l’appui et l’inscription « prostituée » marquée dessus. Je nageais dans un cauchemar grandeur nature ! A croire que le destin s’acharnait sur moi. Mon téléphone ne cessait de sonner. Certains me demandaient mes tarifs, d’autres se moquaient de moi ou m’insultaient. J’ai fini par lancer mon portable contre le mur, en colère. Il n’avait pas survécu.
J’ai appris plus tard que le responsable était Aubin.  Il avait fomenté ce plan pour se venger de l’affront que je lui avais fait publiquement. Je ne sais pas s’il a piraté ma boîte email, ou si c’était lui Gilbert depuis le début, mais je n’ai plus eu de nouvelles de Gilbert après ça. Aubin a gâché ma vie. J’ai été obligé de me réfugier au Ghana, avec l’aide de ma mère et le peu d’argent qui me restait.
C’est de là, que j’écris ce témoignage. J’ai appris la semaine dernière que ma copine Hortense s’est suicidée. Son mari, un proxénète en fait, l’a vendu à une maison close.
J’ai tiré deux grandes leçons de cette expérience. D’une part, Internet est un couteau à double tranchant , il devrait y avoir plus de sensibilisation sur ce sujet et d’autre part, après l’amour, la guerre peut être terrible.
YEHNI DJIDJI
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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


10 thoughts on “NOUVELLE: LA HONTE…DE YEHNI DJIDJI

  1. Tu écris très bien. J’ai plus apprécié l’introduction que le texte lui même, mais ce dernier est très beau. Une belle histoire qui j’espère feront prendre conscience à beaucoup de jeunes filles parfoir trop « ambitieuse ».
    Merci Yehni et à bientôt j’espère (pour un nouvelle belle histoire).

  2. Merci @AppyEhi…heureusement que j’ai fait l’introduction alors! LOL!
    Ce mois littéraire te permettra de te régaler d’histoires venant de moi ou d’écrivain encore plus talentueux et renommé!
    Tous les deux jours au moins, tu auras de nouveaux textes! ENJOY!

  3. C’est un témoignage. un bon. bient écrit mais un témoignage qu’on prend plaisir à lire en 4ème de couv de Top visages (histoire d’une vie).
    En lisant le titre, je m’attendais à une nouvelle et je suis un peut resté sur ma faim question style 🙁

    Stéphane K

  4. Merci Stéphane! j’espère faire mieux la prochaine fois.
    Toutes les histoires qui paraîtrons dans le cadre de ce mois littéraire sont regroupées dans le vocable « nouvelles!
    Que ce soit des témoignages, des lettres, ou autres chose….C’est juste pour que les lecteurs puissent se retrouver! Si tu as quelque chose d’autre à me proposer n’hésite pas!

  5. vive le mois littéraire!! j’aime beaucoup!! franchement pour les paresseuses comme moi, les nouvelles ou autres écrits courts sont vrmt un bon moyen de se replonger dans la lecture… j’ai un roman ds mon placard depuis kédi kédi que je n’ai pas encore fini de lire!! shame on me. lol
    keep up the good work c toujours intéressant de te lire

  6. Merci @Carolle! Tu me donnes la force de continuer! lol! Même ma connexion est contre moi! Une autre histoire dès demains. L’auteure se fait appeler Ayyaah! Tu m’en diras des nouvelles!

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