NOUVELLE: L’ENTRETIEN…DE SYMPHONIE


30 Juil. 2011

L’entretien d’embauche, la grande inconnue. En quelques minutes, parfois même quelques secondes, un homme ou une femme déjà professionnellement inséré se fera une idée de vous, et décidera si oui ou non vous avez le droit de le rejoindre dans le club de plus en plus restreints des travailleurs. 
Certains disent qu’il est encore plus aisé pour les femmes d’obtenir un emploi. Si les atouts intellectuels ne  suffisent pas à convaincre le recruteur, les atouts physiques feront le reste. Mais est-ce vraiment un avantage?  Aujourd’hui le droit de cuissage est devenu quasi obligatoire, un genre de bizutage auquel peu échappe. ça suffit, il faut que ça change!
Merci SYMPHONIE!
C’est un jour comme les autres. Elle déambule dans les rues du plateau, le quartier des affaires comme on dit. Elle est plutôt bien apprêtée, jupe gris foncé, chemise rose quelque chose, et gilet gris foncé. On dirait qu’elle se rend à un entretien, pourtant il n’en est rien, mais à sa démarche on remarque qu’elle maitrise les lieux. Elle se dirige vers l’étalage de journaux, en achète un, on peut à peine lire le titre: business graph… qu’elle a déjà ouvert la page offre d’emploi. Ah on devine tout: elle est jeune diplômée à la recherche d’emploi et vient dans ce quartier tous les jours pour saisir les opportunités. Elle s’assied tranquillement sur un banc public, quelques secondes, une minute, tout à coup son regard s’illumine.  Elle a trouvé le job de ses rêves: Pays Alliés (PA), organisme international, cherche jeune traducteur (rice) bilingue, pas d’expérience requise, bien rémunéré, dernier délai aujourd’hui 14h… 
Elle est déjà au plateau, habillée pour ce genre d’occasion, avec son dossier complet dans la main. Mais il est 13h50minutes, si elle était un oiseau, elle aurait pu s’envoler vers cet endroit qui était à quelques mètres en tournant à gauche à la première rue, à droite à la deuxième rue, puis tout droit, elle allait y être dans quelques secondes, son cœur bat la chamade. Elle court plus qu’elle ne marche. Ca y est elle est arrivée, tout à coup elle a l’impression que son cœur est en train de tomber et ses rêves avec. Elle croise des filles sortant de l’immeuble, des filles belles, très belles, trop belles. Un groupe de trois est même en train de discuter en anglais de leurs études à Oxford. Elle commence à douter de ses chances d’avoir cet emploi. Elle est la dernière apparemment à venir déposer les dossiers. La dame au comptoir réceptionne le dossier : CV, lettre de motivation, bla bla bla, prend son nom, son numéro.  »Après une première sélection, dix personnes seront contactées pour l’entretien final » lui dit la dame. ‘‘Excusez moi madame’’, elle ose, ‘‘combien sommes nous a postuler? ».  »vous êtes 1012 postulants, si vous voulez bien m’excuser » La dame fermait son comptoir et s’éloignait avec une liste et quelques chemises à rabats dans les mains. 1012, elle trouvait le chiffre énorme, mais en même temps elle avait sa chance, alors confiante elle sort de l’immeuble, en souriant. Une semaine après, ils l’appellent, elle est parmi les 10 sélectionnés, c’est la fête à  la maison, tout le monde danse, et prie en même temps.
C’est aujourd’hui le grand jour de l’entretien. Elle arrive à une heure raisonnable, ni trop tôt, ni trop tard. 4 sélectionnés sont déjà là. Elle salue poliment avec un petit sourire. Elle s’assied, inspecte un peu les lieux, sort un livre en anglais, s’il vous plait, dont elle commence la lecture. Les autres arrivent, ils sont dix et l’entretien commence enfin. On appelle le premier, ensuite le deuxième et elle comprend qu’elle passera la dernière, parce qu’il suive l’ordre alphabétique et son nom commence par Y, elle soupire, elle s’imagine que le recruteur sera un peu fatigué et ne pourra pas l’interviewer comme il faut et pire encore. Mais bientôt elle se redresse sur la chaise, bombe un peu la poitrine pour se donner de l’allure et continue la lecture de son livre, elle s’était souvenu que pour obtenir un job il fallait être positive, tout le monde lui avait répété cela, alors pourquoi craindre, elle allait obtenir ce job, elle en était sûre. Deux heures après c’était son tour, enfin elle allait pouvoir prouver qu’elle était faite pour ce poste. C’est un homme à l’âge indéfini, plutôt beau et élégant mais à la mine fatiguée qu’elle trouve.  »Présentez-vous svp? » Elle se présente, avec une mine sérieuse, mais douce et amicale. Il pose une question, puis une deuxième et une troisième, elle se demande maintenant s’il écoute vraiment les réponses qu’elle donne, soudain il lui fait un large sourire, rapproche sa main et la pose sur la sienne sur la table.  »Vous me faites bonne impression, vous savez, vous convenez à ce poste, et après tous ceux qui sont passés, c’est vous qui convenez le plus, c’est un secret mais je vous le livre quand même. Mais tout va dépendre de vous, de ce que vous êtes prête à faire et à démontrer pour l’avoir ». Ses doigts commence  se balader autour de ses bras, il veut la caresser. Elle les retire et s’excuse, elle n’est pas ce genre de filles, qu’est ce qu’il croit. Et contre toute attente, le monsieur à l’âge indéfini lui lance  »ce sera tout mademoiselle ». Quoi? Comment ça ce sera tout? Ah non, ça ne va pas se passer comme ca? Tout de suite elle se tient debout.
Ecoutez, Monsieur KISSI » ; elle avait lu en rentrant le nom sur le chevalet sur le bureau.  »Tout ce que je veux, c’est un job. Je ne demande pas la lune quand même non. J’ai bossé dur pour avoir mon diplôme, les études ont coûté une fortune à mes parents. Entre parenthèses ma mère m’a toujours dit : ‘‘ma fille sois décente, sois une femme correcte’’ et c’est pour cela que je me suis habillée de cette façon, pas sexy, pas trop près du corps, mon tailleur ne vous plait-il pas? Ça ne fait rien, parce que moi je l’aime bien et il m’a coûté une   petite fortune. Alors votre avis sur mes fringues, ça ne m’intéresse pas. Mais revenons à nos moutons svp, j’ai besoin de ce job, pour vivre, m’épanouir et peut-être m’acheter une Cadillac comme celle-ci, alors j’ai besoin de ce job » En parlant elle avait soulevé et reposé un modèle miniature d’une Cadillac XLR. Avant qu’il ait pu se rendre compte, elle avait posé un genou sur la table et l’avait saisi par le col tout doucement.  »Vous savez ce n’est pas si difficile de vous faire des gâteries et de vous caresser pour obtenir ce poste. » Elle se redresse rapidement et avec sa plus grande assurance:  » Mais je ne ferai rien, parce que je pense que je mérite ce poste, j’ai le diplôme, la carrure, la détermination, la volonté, la compétence et l’efficacité requis, alors vous devez me le donner. Et je n’ai pas besoin de vous montrer mes fesses pour l’obtenir. Voici ce que je tenais à vous dire, monsieur ». Le monsieur encore sous le choc de cette furie avait pu remarquer qu’elle avait fait tout ce speech dans un anglais parfait, mais il n’en a cure. Il se lève calmement, la toise quelques instants et d’un ton sec presque brûlant, on entend même à des kilomètres de là:  »Miss….
I don’t know, first I am not M. KISSI, I’m just using his office today and second GET OUT.
Elle croyait devenir sourde et ce GET OUT résonnait encore dans ses oreilles, mais elle pouvait toujours parler. Alors dignement elle prend son sac, présente respectueusement ses excuses pour le trouble qu’elle vient de causer et s’empresse de rejoindre la porte. Elle a perdu ce poste, elle le sait, ce poste chéri, le job de ses rêves. Elle n’a pas le courage de chercher d’autres offres d’emploi ou de faire quoi que ce soit d’autre, elle a juste besoin de rentrer à la maison. Elle arrive dans la cour, elle salue à peine, ne répond à aucune des questions qu’on lui pose,  entre dans sa chambre, ferme la porte à double tour et commence à pleurer comme une rivière: chienne de vie de chômeuse, salopards de recruteurs, ce monsieur l’avait mis hors d’elle c’est vrai mais elle aurait pu garder son calme, essayer d’expliquer. En fait ça devait arriver tôt ou tard, tout le monde voulait quelque d’intime avant de donner un job, elle était exaspérée et ce monsieur était la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Elle venait de perdre une chance inespérée de travailler dans la plus grande organisation mondiale.
Finalement elle s’endort, c’est la sonnerie du téléphone qui la réveille.  »Allo mademoiselle YAMI? » demande une voix de femme au bout du fil.  »Oui, c’est bien elle ».  »C’est le bureau des Pays Allies (PA), vous avez réussi le test, passer demain au bureau pour commencer le travail. On vous donnera toutes les informations nécessaires. A demain. » Elle a à peine pu dire merci, elle n’a plus de voix, ah si, elle vient de crier, crier si fort, que toute la maison accourt, on essaie d’ouvrir la porte, c’est fermé à clé, on tente encore et encore et finalement on force la serrure, elle est là par terre couchée sur le ventre en train de répéter  »je l’ai eu, j’ai eu le poste, je l’ai eu… ».
categories Les mois littérairesLittérature

A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.