Le jour où j’ai failli perdre mon fils


27 Fév. 2018

Un jour j’ai failli perdre mon premier fils. Nous vivions au 2ème étage d’un immeuble. J’étais sortie. La nounou était occupée à faire je ne sais trop quoi. Je lui avais pourtant demandé de maintenir cette porte fermée.  C’était la période où un petit garçon était tombé d’un balcon au Plateau. J’avais insisté. Elle avait oublié et mon fils était sur ce balcon.

Il essayait d’enjamber la balustrade. Un homme en bas l’a vu et l’a menacé. Il n’a pas écouté. Il a continué de se pencher vers le vide. Le monsieur a grimpé les escaliers en trombe. Il a frappé à la porte bruyamment. La nounou a pris peur et ne le connaissant pas a refusé d’ouvrir. Il lui a demandé par la fenêtre de la cuisine:

« -il n’y a pas un enfant dans la maison? »

Elle a dit « non ».

Elle ne savait pas pourquoi il posait la question.  Il a insisté. Elle a continué à nier. Il lui a dit:

« en tout cas si il y a un petit garçon ici, sache qu’il veut sauter du balcon ».

C’est à ce moment qu’elle a couru vers le salon. Elle a vu mon fils presque de l’autre côté de la rambarde. Panique. Quelle attitude adopter ? Crier au risque de l’effrayer? Aller à pas de loup sans savoir si cela lui donnerait le temps de passer à l’action ? Elle a fini par choisir l’option 2 et a réussi à le saisir par derrière.

Quand je suis rentrée le soir d’une longue journée de travail et qu’elle a eu le courage de m’expliquer ce qui s’est passé, je n’ai pas même pas pu la gronder ou crier.

J’ai eu mal au ventre. Un mal sérieux et intense. Comme si mes boyaux se tordaient. J’ai eu mal au coeur. Des palpitations incompréhensibles. Je me suis imaginée la scène. J’avais les jambes lourdes. Heureusement que j’étais assise, sinon je serais sans doute tombée. J’ai repensé à toutes les souffrances que j’ai endurées pour que cet enfant vive. J’ai pensé à une vie sans mon bébé. Une vie où je verrais ses vêtements, ses jouets, où je sentirais son odeur, alors qu’il ne serait plus là. J’ai imaginé la scène. Comment si le drame avait eu lieu j’aurais trouvé des gens le visage défait, au bas de l’immeuble. Les mains sur la tête ou peut-être sous le menton, par petits groupes, se relatant les faits. J’ai imaginé le sang sur le sol, tout près du pressing où on lavait nos vêtements. Je me suis fait tout un film. C’était un film d’horreur. Un cauchemar dont l’écho funeste a retenti jusqu’au plus profond de mes entrailles. Mon fils était là, bien vivant, mais mon Dieu, ce que j’ai ressenti, je ne le souhaite à personne.

Et depuis lors, quand je vois les histoires d’enfants partis trop tôt par négligence, par la pure méchanceté de l’homme ou pour toute autre raison, je ressens cette douleur, j’ai ces larmes qui montent et manquent trahir mon émotion.

J’ai vu les photos du corps qui circulent sur internet. Cet enfant de 3 ans qui est parti trop tôt. Arraché trop brutalement à ses parents par un monstre en quête de gain facile, se moquant de semer la désolation derrière lui. Il n’a pas sacrifié qu’une vie. C’est toute une famille qui ne sera plus jamais la même.

J’ai repensé à cet épisode douloureux. Un épisode que je n’aurais pas aimé voir circuler sur les réseaux sociaux . C’est déjà assez pénible pour les parents. Pas besoin qu’internet en rajoute. Je ne partagerai pas ces photos. Si j’avais pu, j’aurais même aimé ne pas les voir. Dors en paix petit ange.

Que Dieu nous aide à voir nos enfants grandir. Dans ce monde de plus en plus cruel, nous avons plus que jamais besoin de lui.

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

8 thoughts on “Le jour où j’ai failli perdre mon fils

  1. Très beau récit et très explicite sur le résenti d’une mère dans pareille situation.
    C’est déjà assez douloureux de savoir cette triste nouvelle et les faits sont reçus comme des coups de poignards dans le coeur.
    Mais pourquoi ne pas se gêner de publier sur les reseaux siciaux, ici et là ces images qui peuvent pousser au suicide une pauvre mère déchirée par tant de méchanceté sur son môme.
    Ce monde n’a plus aucun respect pour rien.
    J’ai même pas pu commenter, ni regarder un seul post sur ce faits
    Mes enfants…..ça auraient pu être l’un d’eux.
    Oh Seigneur jusqu’où iront ces monstres.

  2. Très beau texte remplis d’émotions.
    On ne peut souhaiter ce genre de situation à personne, pas même à son ennemi.
    Nos enfants sont tout pour nous.
    Beaucoup de courage à tout ceux qui ont connu cette situation.
    Dieu nous protège tous….

  3. so deep ..avec les enfants en général on est mieux d’opter pour le Rez de chaussé dans un immeuble sinon l’ideal d’avoir sa propre propriété avec une belle cour ou ils pourront dépenser leur énergie.Courage Mum,nous sommes les meilleures

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