RUMEURS URBAINES


Mon article paru dans l’Intelligent d’Abidjan du 14 Mars 2012.
En Côte d’Ivoire, les rumeurs naîssent, grandissent, enflent même, et on a bien du mal à identifier la part de vérité qu’elles contiennent avant qu’elles ne disparaîssent. Elles se répandent comme une traînée de poudre. Quiconque veut remettre en cause la véracité de l’histoire, trouve toujours quelqu’un pour soutenir mordicus que l’oncle du cousin de l’ami d’une amie l’a vécue personnellement. Pendant les conflits armés et les moments de crises politiques surtout, on en reçoit des messages via internet et nos téléphones. «L’eau de la SODECI est empoisonnée. Ne buvez pas !». «Ne sortez pas avec votre carte d’électeur, il y a des gens qui les déchirent.» 
Bien entendu, il y a le très classique : « Faites vos provisions, la crise n’est pas encore finie. Il paraît que X veut attaquer.» Automatiquement tout le monde se précipite dans les marchés et les supermarchés. Quand il n’y a aucune attaque, personne n’ose se plaindre d’avoir fait des provisions pour rien. On est trop heureux « d’échapper» à un nouveau conflit armé…Surtout les commerçants de denrées alimentaires qui voient leur stock diminuer en un temps record. 
Il y a quelques jours, c’était l’histoire d’un taxi qui affolait Abidjan. Ah, le numéro 2055FK01…Qui ne le connaissait pas par cœur ? Qui ne l’avait pas dans son téléphone ? 
«2055FK01, c’est le matricule d’un taxi-compteur. Attention, il est armé». 
Psychose, méfiance ! Plus de taxis-compteurs jusqu’à nouvel ordre. Quand on est forcé d’en emprunter, on note bien le numéro de la plaque. On reste aux aguets, prêt à sauter du véhicule en marche au moindre mouvement suspect du chauffeur. 
Aux dernières nouvelles, on aurait identifié et immobilisé le véhicule. Le taxi serait donc sous les verrous,… et non le taximan. On se demande bien à quoi cette prise servirait si ce n’est à permettre à l’assassin, toujours en cavale, de changer de véhicule pour opérer? 
Une fois la frayeur passée, le moment d’indignation sur « ces gens qui tuent leur prochain sans vergogne» surmonté, on est déconcerté par la simplicité avec laquelle on peut faire du mal à son prochain dans ce pays. En effet, il suffit d’écrire le numéro matricule de quelqu’un dans un message et de le balancer à des inconnus en y accolant des mots comme «grand violeur, tueur sanguinaire, un assassin armé, faites attention à lui», pour que tous le perçoivent comme tel. Quelle preuve y a-t-il que ce conducteur n’est pas victime d’un complot ourdi contre son activité ? 
En attendant la réponse à ces questions, j’ai reçu un autre message. Cette fois ce sont deux hommes et une femme à bord d’un véhicule deux portières immatriculé 8923EL01 qui dépouillent. On se refera peur, on se méfiera à nouveau…pour un temps. Rien ne sera fait, ou alors pas grand-chose pour savoir la vérité…jusqu’à ce qu’un jour on reconnaisse le numéro de notre propre véhicule dans un SMS…
categories Chroniques

A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir !


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