SOS POUR NOS CENTRES DE SANTE PUBLICS


16 Fév. 2012

Il y a quelques semaines, je me suis rendue au CHU de Cocody voir le père d’une amie, qui était malade. Ascenceur et moi n’avons jamais fait bon ménage. Je n’ai donc  pas perdu de temps à attendre avec la foule agglutinée devant les portes de l’engin métallique, espérant qu’elles s’ouvrent d’un moment à l’autre même si le panneau électronique était au point mort.

J’allais au dixième étage. J’ai gravi les escaliers avec peine. Certains m’ont emboîté le pas et ils ont eu raison. Les ascenseurs étaient en panne. Celui du milieu était même bloqué au deuxième étage, les portes ouvertes, et l’on voyait clairement les fils de la cage d’ascenseur, et la cavité vide où elle était censée se loger. Les amies qui m’accompagnaient ont poussé le courage jusqu’à se pencher au dessus du vide. Et j’ai pensé aux petits enfants qui bien souvent accompagnent leurs parents malades à l’hôpital. Ces enfants qui ne prennent pas toute la mesure de la raison de la présence de la famille dans ce lieu, se mettent souvent à jouer, à courir un peu partout. Le danger de cette cage d’ascenseur béante m’a donnée froid dans le dos.

Nous avons continué notre ascension et j’ai vu un jeune homme, quitter le dixième étage avec une malade dans les bras. Il avait visiblement l’intention de la porter jusqu’au rez-de chaussée. 10 étages! J’ai imaginé la souffrance de cet homme et de tous ceux qui à cause de la défaillance de l’ascenseur devraient suivre le même chemin. Ou pire ! Ceux qui n’avaient aucun parent avec une force physique suffisante pour les porter.

Cela pose le problème des infrastructures. Combien de milliards faut-il pour changer les ascenseurs du Chu de Cocody pour que depuis, aussi loin que remonte ma mémoire, ce soit la peur au ventre que l’on soit obligé de s’y engouffrer ?

En dehors des ascenceurs, il y a un gros manque de matériels médicaux.

Un de mes parents était hospitalisé là l’année passé. Un soir, il a commencé à étouffer. Quelle gymnastique avant de pouvoir mettre la main sur l’appareil qui pouvait aider à sauver sa vie. Il nous a fallu courir de service en service, parce qu’il y en avait qu’un seul et qu’on ne voulait pas nous le donner. Quand nous avons pu enfin avoir l’appareil, c’était sans les câbles nécessaires. Ces câbles là, ne pouvaient être passés d’un service à un autre, de peur qu’ils ne soient pas ramenés. Et les câbles de notre service étaient portés disparus depuis longtemps. La veille de l’incident,  un patient était mort parce que personne n’avait voulu reconstituer « l’aspirateur ». Après de longues tractations nous avons pu obtenir les câbles. Il fallait encore les désinfecter. Pour le désinfectant aussi nous avons perdu du temps, un temps précieux qui Dieu merci n’a pas été fatal à notre malade.

 En outre il y a un problème de gestion même des acquis. Il y a des petites choses élémentaires qui je pense ne sont pas faites. J’ai passé plus d’un mois au CHU et pendant tout ce temps, il y avait un robinet défaillant d’où de l’eau s’échappait en permanence. Personne pour réparer ! On préfère laisser la facture d’eau augmenter au lieu de faire appel à un plombier parce que c’est l’Etat qui paye. Les ordures s’amoncellent sur les paliers attirants mouches et microbes moins amicaux. Si c’est pour prendre deux fois plus de maladies à l’hôpital autant se soigner avec les décoctions traditionnelles à la maison.

Je sais que ce ne sont que des exemples parmi tant d’autres. Les anecdotes tristes, amères voire même macabres, on en a beaucoup et sans doute sur tous les CHU, sur tous les centres de santé publics. Il faut vraiment faire quelque chose pour nos hôpitaux. Sinon, il y aura plus de gens qui en ressortiront morts, que vifs.

Image: http://sosride.org/

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A propos de l'auteur

Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, entrepreneur web et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Je crois qu'avec la foi on peut tout accomplir, même s'accomplir !

4 thoughts on “SOS POUR NOS CENTRES DE SANTE PUBLICS

  1. Ca donne froid dans le dos en plus d’etre desolant. Pourtant resorber de tels problemes contriburait plus a la reconciliation que des matchs de football, puisque la au moins ca affecte le quotidien de tous les ivoiriens.

  2. Ma mère a perdu la vie dans ce CHU, il y avait un telle manque d’appareil de soin que l’on ne sait jusqu’à présent la cause de son décès… Selon le docteur  » il n’y avait pas de câble pour la radio » que de tristesse , il m’ont prescrit toute une pharmacie de medoc qui ont servit à rien…Vraiment quelle déception , que d’impuissance..

    1. Allez plus loin dans votre analyse. Qui est vraiment responsable de cette situation? tant qu’on ne le saura pas, je pense qu’on ne pourra pas régler ces problèmes. Par ailleurs avez vous au moins cherché une explication auprès de la Direction de cet hôpital?

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